RENCONTRE AVEC YAZID BENMOUHOUB DG de la Bourse d’Alger

RENCONTRE AVEC YAZID BENMOUHOUB DG de la Bourse d’Alger

LA BOURSE DANS L'IMPASSE

Bourse d’Alger. Comment ça marche ? Pourquoi y a-t-il aussi peu d’entreprises cotées ? Rencontré en marge
du Forum de l’industrie algérienne, Yazid Benmouhoub, directeur général de la Bourse d’Alger, revient sur les
fondamentaux du fonctionnement de la Bourse d’Alger,
Propos recueillis par Aboubaker Khaled

DZIRI Magazine : Pourquoi, selon vous, les grandes entreprises algériennes doivent-elles aller en Bourse ?
Yazid Benmouhoub : Il y a plusieurs raisons d’aller en Bourse. Mais la plus importante, c’est que lorsque les entreprises ont besoin de financements, elles entrent en Bourse pour chercher des fonds à moyen et long termes. Contrairement au financement des banques, le financement au niveau de la Bourse n’est pas limité. La Bourse est une alternative, un autre moyen de financer les entreprises qui n’arrivent pas
à satisfaire leurs besoins en liquidités au niveau bancaire.
Pourquoi les entreprises algériennes sont-elles peu nombreuses à la Bourse d’Alger ?
Je dirai que c’est une question de manque de culture boursière chez les opérateurs privés et publics algériens. Une Bourse, ce n’est pas seulement des sociétés cotées, mais c’est aussi des investisseurs qui peuvent ramener des fonds dans ces entreprises. En parallèle, les autorités
publiques ont facilité l’accès à des crédits bancaires à des taux bonifiés. Cela a créé une forte concurrence et ne favorise pas le développement des autres solutions qu’offre le système financier. Les entreprises ont la possibilité de contracter des crédits à des taux moins chers, ce qui fait qu’elles préfèrent aller vers la banque au lieu d’ aller en Bourse.

Quelles sont les exigences
pour une entrée en
Bourse ?
La principale exigence pour
aller en Bourse, c’est la
transparence. L’entreprise
doit rendre publics ses
bilans financiers. Ce n’est
pas encore dans les moeurs
des entreprises algériennes
d’exposer leurs chiffres et
statistiques, bien que la
réglementation le prévoit en
dehors du marché boursier,
à l’image des déclarations au
registre de commerce dans
la publication des comptes
sociaux chaque année.
A quoi servent les
Intermédiaires des
opérations en Bourse ou
IOB ?
Les Intermédiaires des
opérations en Bourse
(IOB) sont des personnes
morales spécialisées dans
le commerce des valeurs
mobilières. Comme leur nom
l’indique, les IOB jouent le
rôle d’intermédiaire entre
l’acheteur et le vendeur
de titres. Pour exercer son activité, un IOB doit être
inscrit auprès de la Cosob .
Cette dernière exige pour
l’inscription des IOB certains
critères en rapport avec leur
compétence, leur moralité et
leur assise financière.
Il faut savoir que la Bourse
appartient aux IOB, puisque
pour être IOB, il faut
participer au capital de la
Bourse. Dans le cas de la
Bourse d’Alger, les IOB sont
les six banques publiques
BDL, BEA, BADR, CPA, BNA
et Cnep Banque, les banques
privées Société Générale et
BNP Paribas El-Djazaïr, ainsi
qu’un IOB privé hors secteur
bancaire, en l’occurrence Tell
Markets.

Comment se fait la
cotation d’un titre ?
Il existe deux systèmes de
cotation à la Bourse d’Alger.
Soit on cote en continu, soit
au fixing. La cotation en
continu s’établit au fur et à
mesure que se présentent,
pendant toute la séance, les
offres et les demandes du
produit en question. C’est le système utilisé dans les
grandes places financières
telles que Wall-Street,
London Stock Exchange,
Euronext, etc.
Mais comme nous n’avons
que cinq entreprises cotées
en Bourse avec deux séances
de cotations par semaine,
l’activité n’est pa s assez
dense pour une cotation
en continu. La Bourse
d’Alger adopte le mode de
cotation au fixing, c’est-àdire
confronter les offres et
les demandes enregistrées
par le marché à un moment
donné et fixer le cours du
produit concerné au prix
d’équilibre entre toutes ces
offres et ces demandes.
Pourquoi les offres
d’achats et de ventes sontelles
souvent rejetées ?
Quand la Bourse applique
le système de fixing, les
transactions doivent se
faire dans une fourchette.
Si l’offre est inférieure ou
supérieure aux limites de la
fourchette, elle est classée en
« hors-fourchette » et, par

conséquent, l’offre est rejetée.
Certains considèrent que ce
système de fourchette pénalise
l’activité boursière. Mais d’un
autre côté, il faut savoir que
le système de fourchette
protège l’entreprise cotée et
l’investisseur.
Il faut préciser que cela n’est
pas propre à l’Algérie ; ce
système existe un peu partout
dans le monde.

Donc, nous répondons aux standards
internationaux.
Des mécontents à la
Bourse ?
Oui, c’est une réalité qu’on
ne peut pas nier. Nous avons
un problème de liquidité du
marché. Quelqu’un qui a acheté
des actions d’une entreprise
et qui décide de vendre, il lui
faut beaucoup de temps pour trouver un acheteur.
Le nombre d’actionnaires de
toutes les sociétés cotées se
comptent par milliers, mais les
ordres d’achats et de ventes
qui parviennent à la Bourse ne
dépassent pas une trentaine
par mois. Ce qu’il nous faut,
c’est augmenter le nombre de
sociétés cotées. Il faut que
la Bourse atteigne une taille
critique.

Pourquoi je ne me sépare pas de mes actions ?

Quel actionnaire voudrait vendre
une action à perte ? À moins
d'être en grande difficulté
financière et d'avoir un besoin
urgent en liquidité, aucun
détenteur d'une action Aurassi,
par exemple, n'acceptera de
s'en séparer au prix établi par la
Bourse d'Alger. Au moment où
cet article est rédigé, le cours
de référence fixé par la Bourse
d'Alger pour une action Aurassi
est de 545 DA. En 1999, lors
de l’introduction en Bourse de
l’Aurassi, la société avait émis des
actions au prix de 400 dinars par
action. Or, en valeur patrimoniale,
le cours de référence représente
une valorisation de 25.000 dinars
le m2 pour le terrain de 125.000
m2, propriété de l'Aurassi et ce,
sans compter la valeur attribuée
à l'exploitation de l'hôtel
construit sur ce terrain. Pour ce
titre, actuellement, les acheteurs
proposent 1.000 dinars l'action.
Ces ordres d'achat sont tous
classés dans la catégorie « Ordres
d’achats hors fourchette », à
cause du fonctionnement de la
Bourse d’Alger qui ne permet pas
aux actionnaires de vendre à ce
prix. Ils ne peuvent vendre qu'à
545 dinars +/- 5%.

Les déçus de la Bourse d'Alger

L'assureur privé national Alliance assurances compte parmi les derniers
arrivés à la Bourse d'Alger. Son introduction date de 2011. Satisfait de
cette introduction en bourse ? « Oui et non », répond Hassen Khelifati,
P-DG d’Alliance assurances.
Pour lui, si l'opération d'introduction s'est bien déroulée, le reste n'a pas
suivi. « Le marché primaire a bien répondu lors de notre introduction
en Bourse. Nous avons pu mobiliser plus d’un milliard 400 millions de
dinars. Par ailleurs, ça coince au niveau du marché secondaire qui, lui,
reste figé. »
Hassen Khelifati entend par « marché secondaire figé », l'absence
d'échanges à la Bourse d'Alger. Les ordres d'achats et de ventes
des différentes actions sont rares, et pour la plupart, ils restent sans
preneurs.
Pour cet entrepreneur, c'est le manque d'engagement et de formation
des Intermédiaires en opérations de Bourse (IOB) qui paralyse le
marché des échanges des valeurs mobilières. « Les IOB qui sont tous
des banques publiques sont dans la réserve. A cause de la pénalisation
de l'acte de gestion, les banquiers ne prennent pas de risques. Or, la
Bourse, ce sont des achats et des
ventes basés sur le risque. »
Hassen Khelifati relève également
le problème des cotations. « Peu
importe le résultat de l'entreprise
et peu importe le montant des
dividendes versés aux actionnaires, la
valeur de l'action n'évolue pas ! »
Le P-DG d’Alliance assurances n'est
pas le seul entrepreneur déçu par
l'inertie de la Bourse d'Alger. C'est
également le cas pour NCA Rouiba,
Saidal et Biopharm qui n'ont enregistré
que très peu de transactions voire
même aucune transaction depuis le
début de l'année...

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