OMAR HASNAOUI PDG du Groupe des sociétés Hasnaoui

OMAR HASNAOUI PDG du Groupe des sociétés Hasnaoui

« LES ENTREPRISES FAMILIALES PEUVENT SURVIVRE À LA SUCCESSION »

Il est des success stories inspirantes ! Celle du Groupe des sociétés Hasnaoui compte parmi ces ascensions où audace, persévérance et sens des affaires ouvrent les portes de la réussite. Non sans efforts bien sûr. Tout commence en 1974. A l'époque, Brahim Hasnaoui, fondateur du Groupe, crée sa première entreprise : ETPH Hasnaoui Brahim. Une société spécialisée dans les travaux de bâtiment et de petit hydraulique. Un peu plus de trente années s'écoulent et le résultat est éloquent. 17 filiales réparties en trois pôles d'activité. Un Groupe familial dont la holding est aujourd’hui dirigée par Omar Hasnaoui. Deuxième du nom. Son objectif : la pérennité.

Dziri Magazine : Raconteznous comment votre père, Brahim Hasnaoui, a fait pour développer son entreprise et arriver aujourd’hui au Groupe des sociétés Hasnaoui. Quel a été son secret ?

Quand je pense au contexte dans lequel mon père a créé sa première entreprise. C'était osé de sa part. J’en suis à la fois fière et admiratif. C'était
dans les années 70. Le privé n'avait pas sa place sur le marché. Les conditions étaient sévères. L'Etat pratiquait une idéologie qui rejetait l'initiative
privée. Mais finalement, avec du recul, je pense que c'est cette adversité qui a poussé à la création et à l'évolution du Groupe. Le secret de mon
père, c'est la persévérance et la recherche permanente de solutions innovantes avec une vision à long terme, au service du citoyen.

L'idée du Groupe c'était,
à chaque fois, de se
suffire et de mettre à la
disposition du marché
algérien des produits et
des solutions innovantes.
Nous avons fait d'une
pierre mille coups.

notre ambition, c'est aussi
d'exporter le marbre et
le granit algériens. Car
ça aussi c’est important
pour notre Groupe. Il faut
pouvoir engranger ses
propres devises à travers
l'exportation.

Comment sont nées toutes ces filiales ?

A l'époque, le secteur public refusait de travailler avec les entreprises privées. Il était impensable de soustraiter quoi que ce soit chez le public. Du coup, la petite entreprise de mon père a investit régulièrement dans des petits ateliers. D'abord dans une centrale à béton, puis dans un atelier de ferraillage, une unité de préfabrication, un atelier de menuiserie puis de la ferronnerie et ainsi de suite… Tous ces petits ateliers ont bénéficié d’investissements continuels et ce, tout simplement, parce que nous n’avions pas le choix. Il fallait répondre à nos propres besoins en sous-traitance. Nous voulions être autonomes. Nous avons, donc, créé ces ateliers. Avec le temps, les ateliers sont devenus les entreprises
qui forment aujourd’hui le Groupe des sociétés Hasnaoui. Le petit atelier de ferraillage est devenu Hasnaoui transformation de fer. La menuiserie
est devenue la société MDM où on fabrique actuellement les portes … Toutes nos sociétés sont des SPA. Le Groupe compte aujourd'hui 17 filiales, structurées en trois pôles. Le pôle construction, le pôle agriculture et le pôle services. Avec ça, nous arrivons aujourd'hui à intégrer 70%
de nos produits dans nos constructions. Nous n'avons rien inventé. Néanmoins, c'est ça la force du Groupe : avoir su adapter des produits fabriqués à l'étranger au contexte algérien pour acquérir l'autonomie dans la réalisation de nos projets et ainsi apporter de nouvelles solutions au
marché.

Le Groupe compte aujourd'hui 17 filiales,structurées en trois pôles.  Le pôle construction, le pôle agriculture et le pôle services. Avec ça, nous arrivons aujourd'hui à intégrer 70% de nos produits dans nos constructions. Nous n'avons rien inventé. Néanmoins, c'est ça la force du Groupe : avoir su adapter des produits fabriqués à l'étranger au contexte algérien pour acquérir l'autonomie dans la réalisation de nos projets et
ainsi apporter de nouvelles solutions au marché.

12 filiales composent le pôle construction. Quel est l’objectif d’une telle diversification ?
L'objectif ça a toujours été l'indépendance du Groupe. Au début, c'était parce que nous n'avions pas le choix. Par la suite, c'est devenu une constante pour le Groupe. Aujourd'hui, nous essayons d'intégrer au maximum. Mais ce n'est pas intégrer pour intégrer. Nous ne fabriquons pas les produits déjà existants sur le marché. Nous essayons à chaque fois de ramener de nouvelles solutions, d'être innovants et de se placer à l'avant-garde du marché. Aujourd'hui, je peux le dire, nous avons au moins dix ans d'avance par rapport aux concurrents sur le marché algérien en termes
de techniques de réalisation et de produits innovants. Exemple : l'isolation des murs par l'extérieur. C'est un système allemand que nous avons adapté en local et généralisé à toutes nos réalisations depuis 2008. Autre exemple : la production de portes. Nous sommes les premiers à l'avoir fait. Encore une fois, pour répondre à nos propres besoins mais aussi aux besoins du marché. Parce que nous savions que si nous avions un problème à nous fournir en portes, c'était forcément le cas pour tous les concurrents. L'idée du Groupe c'était, à chaque fois, de se suffire et de mettre à la disposition du marché algérien des produits et des solutions innovantes. Nous avons fait d'une pierre mille coups. Au fur et à mesure, nous avons mis en place une organisation du chantier de façon à ce que tous les éléments soient préparés en usine et qu' il ne reste plus qu'à les assembler sur le chantier. Cela nous permet de réaliser des économies d'échelle, de maîtriser les coûts, de respecter les délais de livraison et, surtout, d'offrir un rapport qualité-prix défiant toute concurrence.

Vous avez également investi dans le domaine minier, pourquoi ?
Le slogan du Groupe c’est la solution globale. Donc, on essaye d'apporter une solution globale au marché de la construction. Aujourd'hui,
100% du granit mis sur le marché algérien sont importés. Il s'avère que les pouvoirs publics plaident actuellement pour la réduction des importations et encouragent la production locale. Nous avons trouvé ce gisement de marbre et granit à Tamanrasset. Nous y avons découvert des couleurs de marbre et de granit uniques. Moi j'y vois une véritable mine d'or. Cela va nous permettre de développer la production locale, d'intégrer notre propre marbre et granit dans nos projets, de créer des emplois et de la richesse dans le sud du pays et ça, c'est très important pour nous. C'est un important projet d'autant que nous possédons déjà une unité de transformation de marbre. Cela va nous permettre de fournir notre propre marbre. Mais notre ambition, c'est aussi d'exporter le marbre et le granit algériens. Car ça aussi c’est important pour notre Groupe. Il faut pouvoir engranger ses propres devises à travers l'exportation.

L'agriculture, c'est la
passion et le domaine de
qualification de votre père,
mais c'est aussi le pôle le
moins développé. Pourquoi ?
L’agriculture c’est,
effectivement, un de nos
métiers de base. Le Groupe des
sociétés Hasnaoui a très tôt
acquis une certaine notoriété
dans l'installation des systèmes
d'irrigation au goutte-à-goutte,
puisque nous avons été parmi
les premiers à vulgariser cette
technique. Mais comme on dit,
l'appétit vient en mangeant.
Après l'irrigation, nous sommes
passés à la culture de plants, à
la multiplication des semences,
au greffage pour adapter les
variétés importées au contexte
local jusqu'au stockage et à
la commercialisation. Nous
avons voulu faire à la SODEA
la même chose qu'au Groupe,
intégrer au fur et à mesure
et couvrir toute la chaîne
de valeur dans l’agriculture.
C'était ça l'idée. Nous avons
pu vendre de la pomme de
terre à 3 dinars le kilo en
1999. En arriver à ce qu'elle
se retrouve à 100 dinars le
kilo en 2017, c'est décevant.
Dans ce secteur stratégique,
en particulier, il faut pouvoir

travailler en collaboration avec
l'Etat. A l'époque, il n'y avait
pas la volonté politique d'aller
dans ce sens et de développer
l'agriculture. C'est ce qui a
freiné le développement de la
SODEA. Aujourd'hui, nous ne
sommes plus dans le contexte
des années 2000. La volonté
politique de développer
l'agriculture est là. L'Etat
veut réduire les importations.
La SODEA veut elle aussi
récupérer les parts de marché
qu'elle a perdues. C'est mon
prochain défi.
Il y a aussi le pôle services.
Quel est son apport au
Groupe ?
La logistique est un facteur
déterminant dans le secteur du
bâtiment pour pouvoir respecter
les délais et les coûts. Avec
le développement du Groupe,
nos besoins en logistique
sont devenus importants. Le
petit atelier mécanique s'est
ainsi transformé en Hasnaoui
Logistique. D'abord, pour
répondre aux besoins du
Groupe. Ensuite, l'entreprise
s'est mise à couvrir une bonne
partie du besoin en logistique
dans la région ouest du pays.

Vous disposez également
d'un centre de formation.
Comment est-il passé de
l'agriculture aux autres
métiers ?
Effectivement, le Groupe des
sociétés Hasnaoui est doté
d'un centre de formation
agréé par l'Etat depuis 2005.
Autrefois, il s'appelait « El
Filahya » puisqu'il avait été
créé pour le développement
de la partie agricole. Les
ingénieurs agronomes
venaient suivre des cursus
qui duraient jusqu'à un an.
C'était nécessaire de les
former pour les spécialiser
parce qu'ils sortaient
de l'université avec une
formation généraliste. Il fallait
surtout les mettre à jour sur
les nouvelles technologies
et des nouvelles solutions
agricoles qui existaient sur le
marché international. Par la
suite, ce centre a commencé
à couvrir les autres besoins
en formation pour l'ensemble
des collaborateurs du Groupe.
Nous l'avons donc appelé « Le
Phare », parce qu'il r ayonne
sur l'ensemble des sociétés en
terme de formation.

Vous-même vous avez créé
une des filiales du Groupe.
Quelle a été votre ambition ?
Je suis ingénieur en
informatique, spécialité télécom.
L'opportunité de
faire de la fourniture
de service Internet
répond au besoin du
marché. Aujourd'hui,
le seul opérateur
que nous avons c'est
Algérie télécom. C'est
l'opérateur historique
mais tout le monde se
plaint aussi du service d'Algérie
Télécom. Offrir une solution de
remplacement. Oser le faire alors
que le marché reste fermé par
les pouvoirs publics. Ça répond
à l'envie de prendre les devants,
d'investir dans un service pour
être prêt à l'offrir dès que ce sera
possible. L'objectif c'est d'offrir
la triple-play. Nous n'avons rien
inventé. C'est la même offre
que Free ou SFR en France.
C'est-à-dire, la télé, l'nternet et
le téléphone via le même câble.
Comme toujours, c'est en lien
avec le bâtiment. En Algérie, le
problème des façades amochées
par les paraboles est réel.
Comment éradiquer les paraboles
et respecter l'esthétique du
milieu urbain ? Il faut câbler
la télévision. Le numérique le
permet. Nous avons décidé d'être
précurseurs. Avec cette société,
HTA, nous avons énormément
appris. Nous avons transféré et
acquis beaucoup de savoir-faire.
Pour le moment, nous offrons la
fourniture internet pour 2.000
abonnés. Mais à terme, dès que
les lois le permettront, nous
sommes prêts pour couvrir
l'ensemble du territoire. Au

sein de HTA, nous appliquons la
même philosophie du Groupe,
en diversifiant les activités. Nous
sommes provider mais aussi
intégrateur de solutions réseaux,
serveurs, vidéosurveillance…
Nous
offrons aux PME/
PMI des solutions
technologiques
pour leur faciliter
leur management.
Comme pour le
bâtiment où nous
offrons une solution
globale, en informatique, nous
voulons être le partenaire
technologique de la PME/PMI en
Algérie.
Vous êtes le cadet d'une
fratrie de cinq enfants. Mais
c'est vous qui prenez la tête
du Groupe. Pourquoi ?
J’ai commencé à travailler au sein
du Groupe dès l'âge de 17 ans.
J'ai occupé de nombreux postes
tout en poursuivant mes études
d'ingénieur en informatique. Par
la suite, j'ai fait un master en
économie et management. Mon
objectif, c'était d'apporter et
d'utiliser les outils technologiques
pour le management du Groupe.
Le Groupe prenait de l'ampleur,
avec un grand nombre de filiale.
La gestion devenait difficile.
L'utilisation du numérique était
incontournable. J'ai d'abord dirigé
une unité ensuite une filiale. Ce
qui m'a permis de me familiariser
avec le management. J'ai fait
mes preuves. Prendre la suite
de mon père en étant le cadet
était mérité. Je suis né dans le
Groupe, j’ai ouvert mes yeux
dedans. Mon apprentissage a
duré longtemps.

Quel regard portez-vous sur
l'évolution du Groupe ?
Quand j'étais plus jeune, je
voyais très peu mon père. Une
fois que j'ai travaillé à ses côtés
et maintenant que je suis à la
tête du Groupe, je comprends
les raisons de son absence. Il est
tellement impliqué, constamment
à se renseigner, à s'informer, à la
recherche de nouvelles solutions
pour régler les problèmes
rencontrés sur les chantiers. C'est
tout simplement une passion
dévorante. Cette passion, il faut
la faire vivre dans le temps. Il
faut la nourrir. Il faut toujours
être à la hauteur, être en avance
et à l'écoute du marché.
Quelle est votre ambition pour
l’avenir du Groupe ?
Aujourd’hui, toutes les sociétés
familiales se voient confrontées
à la question de l'avenir.
Comment passer d'une gestion
familiale à une gestion purement
économique de l'entreprise ?
C’est ça l'équation à résoudre. Au
Groupe des sociétés Hasnaoui,
nous mettons en place un
système de gestion basé sur
un management moderne avec
des outils technologiques pour
changer de culture d'entreprise
et passer d'une gestion familiale
à une gestion économique. Bien
sûr, en gardant la liberté de
décision du privé. Nous voulons

moderniser sans bureaucratiser.
Nous n'avons rien à envier à
une multinationale. Mon objectif
c'est de contredire la règle qui
veut que 70% des entreprises
familiales n'atteignent pas la
deuxième génération.
Vous venez de participer au
20e Batimatec. Un bilan ?
Nous avons connu une forte
affluence des professionnels
du secteur, promoteurs
et industriels, et surtout
les architectes et maîtres
d'ouvrages, qui à l'occasion
de cette édition ont pu se
familiariser avec notre cahier
de prescription technique.
Beaucoup de besoins et
d’attentes des différents acteurs

du bâtiment ont été identifiés
à l’occasion de ce salon. Le
renforcement de la capacité
de production nationale des
matériaux de construction
et l'efficience énergétique
ont été au coeur de notre
participation à cette 20e édition.
Les visiteurs ont fait part de
leur satisfaction quant à la
qualité des produits proposés
par le Groupe. Nos portes
intérieures en bois ont connu
un large succès et beaucoup
d'intérêt a été noté aussi
pour nos systèmes d’isolation
thermique par l'extérieur et nos
menuiseries en aluminium. Cette
20e Edition a malheureusement
été marquée par la perte de
Sadok Stiti, président et l'un
des fondateurs de ce salon. Je
tiens à lui rendre hommage et
à m'incliner devant la mémoire
ce grand monsieur, que j'ai eu
l'honneur de connaître et pour
lequel j'ai une très grande estime.

Groupe des sociétés Hasnaoui
En chiffres :
- 3 pôles d'activité
- 17 filiales dont 7 en
partenariat
- 4.227 employés
- 40.000 logements réalisés
- 250 infrastructures
publiques livrées
17,2 Mds DA de chiffre
d’affaires en 2015, en
progression de 35% par
rapport a 2014

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