mardi , 25 avril 2017
Étudiants algériens en France

Étudiants algériens en France

Désarroi et souffrance

De notre envoyé spécial à Paris : Farid Bouhatta

Précarité, solitude et parfois même dépression, telle est la situation des universitaires algériens en France. Ils sont environ 26 000 à rejoindre chaque année les universités françaises. La quasi totalité d’entre eux, décident de renoncer à l’idée de retourner au pays. Ils mènent une vie austère et difficile tout en gardant l’espoir de s’en sortir un jour. Un rêve brisé par une réalité amère.

Salah. B, étudiant Master 1 en politique et philosophie des sciences à l’université Paris 8, arrivé en France depuis une année, affirme que malgré ses capacités intellectuelles, valider son cursus universitaire parait presque impossible.
«L’inaccessibilité aux œuvres universitaires et la cherté des loyers sont les principaux facteurs de mon échec, voire même de mon désintéressement aux études», nous dit cet étudiant de 29 ans d’un air abattu. «La clandestinité a fini malheureusement par devenir mon refuge», poursuit-il. S’entassant dans un studio qui n’excède pas les 20 m 2 , loué à 80 euros le mois, Rafik est obligé de partager cet espace très étroit avec Salim, son ancien camarade de l’université de Bejaia. Ce dernier arrivé sur le sol français depuis octobre de l’an dernier, nous dira : «C’est loin de ce que j’avais imaginé. J’avais espéré continuer mes études dans + conditions plus décentes, mais la cherté de la vie, associée au climat rude et au rejet de certains individus, ont vite fait de me démoraliser. Malgré cela, j’ai trouvé la force d’aller de l’avant».
Le Crous (Services d’hébergement des Centres Régionaux des Œuvres Universitaires et Scolaires), un organisme censé assister les étudiants étrangers, notamment les boursiers algériens, n’apportent que peu d’aides en matière d’hébergements. «Certains sont réduits à dormir dans des transports publics, dans des centres d’hébergement d’urgence ou tout simplement dehors», témoigne un membre de l’Association des Étudiants Étrangers (AEE), rencontré dans un café à Bastion, dans la région parisienne.

environ 26 000 étudiants algériens rejoignent chaque année les universités françaises. La quasi totalité d‘entre eux, décident de renoncer à l’idée de retourner au pays.

Il y a trois ans de cela, Nassima, native de Constantine, avait décroché une bourse d’études dans le cadre d’un partenariat signé entre l’université Mentouri de Constantine et celle de Saint-Denis. Rencontrée par le biais d’un ami, après une longue discussion avec elle, qui a duré presque six heures, Nassima décide enfin de nous raconter sa souffrance. Aujourd’hui, elle se retrouve «sans-papiers». Une situation qui n’est pas si facile pour une femme trentenaire. Elle vit un calvaire insupportable. «Il y a presque cinq mois de cela, j’ai failli tomber dans la prostitution, si ce n’est une association qui m’avait récupérée», déplore-t-elle, les larmes aux yeux.
«Ma situation financière est précaire», ajoute-t-elle. Habitant Paris depuis deux ans, elle s’obstine à ne pas retourner en Algérie, son pays natal. Pour elle c’est de la «h’chouma» (la honte). Pour renouveler son titre de séjour, elle doit se réinscrire dans l’une des universités françaises. Une procédure qui n’est pas aussi facile que l’on ne pense.

Stigmatisation                                                                                                                                                                                                    Selon un rapport rédigé par l’Association Algériens Des Deux Rives et leurs Amis (ADDRA), dont Dziri Magazine détient une copie, les étudiants algériens, contrairement aux autres communautés, vivent une situation accablante quant au renouvellement du titre de séjour. Pour le renouveler, l’étudiant doit impérativement valider son année universitaire. Or ce dispositif, selon l’ensemble des étudiants, est «répressif». «Nous sommes entre le marteau et l’enclume. Le renouvellement de la carte de séjour auprès des préfectures est une barrière supplémentaire que nous rencontrons», se plaint un étudiant abordé dans le métro, qui déplore la lenteur administrative quant à la demande du renouvellement de la carte de séjour.
«Les étudiants algériens, quand ils arrivent en France, avec un visa d’une durée de trois mois, doivent faire une demande de la carte de séjour dans les deux mois qui suivent leur date d’entrée en France», souligne un employé à la préfecture de Bobigny.
«Devant cette situation, on se sent stigmatisés. On ne peut ni travailler, ni voyager, et ce, jusqu’à la délivrance du premier titre de séjour», déplore Madjid S., étudiant inscrit en première année en communication, arts et lettres à l’université de Nice Sophia Antipolis.

Changement de statut, l’ultime solution
Pour bénéficier d’une carte de séjour, les étudiants algériens optent souvent pour le changement du statut d’«étudiant» par celui de «professionnel». Une manière pour la majorité d’entre eux d’échapper à la clandestinité, en intégrant le marché du travail. Pour ceux qui arrivent à obtenir leurs diplômes et souhaitent décrocher un travail dans une entreprise française, une période de six mois leur est consentie pour régulariser leur situation.

«C’est loin de ce que j’avais imaginé. J’avais espéré continuer mes études dans des conditions plus décentes, mais la cherté de la vie, associée au climat rude et au rejet de certains individus, ont vite fait de me démoraliser. Malgré cela, j’ai trouvé la force d’aller de l’avant», s’exclame Salim, étudiant algérien, arrivé sur le sol français depuis octobre 2015.

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