mardi , 25 avril 2017
Bombino au 17 e festival européen de la musique

Bombino au 17 e festival européen de la musique

Du sable de Tam à la neige d’Ottawa

 

INVITÉ POUR L’OUVERTURE DE LA 17e ÉDITION DU FESTIVAL EUROPÉEN, OUMARA AL MOCTAR, ALIAS BOMBINO, A MIS LE FEU À LA SALLE IBN ZEYDOUN. DANS CET ENTRETIEN, IL REVIENT SUR SES DÉBUTS EN MUSIQUE, SON PASSAGE À TAMANRASSET ET SON AMOUR POUR L’ALGÉRIE.

Interviewé par Ghania Berki

Dziri : Présentez-vous à nos lecteurs
Al Moctar Oumara : Je m’appelle Al Moctar Oumara, on m’appelle Bombino. Je suis originaire du Niger, plus précisément de Agadez. Avec le groupe, nous avons sorti notre 1 er album en 2004. Nous sommes aujourd’hui au 4 e album et nous sommes satisfaits de notre travail.

Comment définissez-vous votre musique ?
C’est très difficile de définir une musique dans laquelle il y a toutes les origines de la musique. Quand vous regardez la musique du désert, elle est composée de plusieurs influences, tels le Rock, le Blues, le Jazz, donc on ne peut pas la définir, c’est une musique universelle, une musique du monde.

Comment avez-vous baigné dans la musique ?
Tout a commencé dans les années 90. Notre pays fut victime d’une rébellion de mon peuple (Touareg).

A cette époque rien n’allait à Agadez, et c’est la première fois que je sortais de mon quartier et même de mon pays. Je suis donc allé à Tamanrasset pour me réfugier avec ma famille et j’y ai vécu 6 mois. Mon cousin, qui y vit, jouait de la guitare acoustique et c’est ainsi que tout a commencé. C’est à Tamnrasset que j’ai eu mon premier contact avec la guitare. Je faisais l’école buissonnière et quand la maison était vide, je prenais la guitare et m’entraînais. A Agadez, les musiciens sont très rares, donc c’était une fierté de pratiquer un instrument. Avec mon groupe d’amis, on essayait des nouveautés, J’avais l’envie parce que tout était nouveau. On s’inspirait de la musique traditionnelle, à laquelle on ajoutait des rythmes tendé, ou ceux des chants des femmes, c’était comme une école.

bombino 3

Comment votre groupe s’est fait connaître mondialement ?
J’étais parmi les premiers jeunes à pratiquer de la musique dans ma ville. De nombreux groupes me sollicitaient pour les accompagner dans des mariages ou des baptêmes, puisque il n’y a pas de festival dans ma ville, donc j’ai joué pendant longtemps avec les autres et j’ai beaucoup appris de ces expériences. En 1998, un groupe d’espagnols est venu à Agadez pour faire un documentaire sur le désert qui a été diffusé en 2004. Le soir, avec mes amis, on jouait de la musique et ils nous ont proposé d’enregistrer une maquette de l’album Agamgam qui signifie l’œil du désert, puis un producteur nous a repéré, et c’est lui qui a produit notre album, Agadez, qui s’est fait connaître partout dans le monde. Nous avons aussi réalisé un documentaire qui s’intitule «Touareg, rébellion  et musique». C’était une façon d’expliquer en image les raisons de la rébellion Touareg.

Depuis, vous avez fait le tour du monde, et on vous appelle toujours «L’homme du désert»...
Faire des tournées est pour moi du nomadisme, et ces voyages m’ont libéré, ils m’ont permis de connaître des artistes et de me familiariser avec de nouveaux sons. Et bien sûr, pour moi, tout était nouveau, je venais du désert, je ne connaissais rien, et du coup, j’ai découvert les buildings, le goudron... J’ai aussi découvert la neige à Ottawa, et je n’aime pas ça (rires).

Vous êtes un habitué de la scène algérienne, qu’est-ce qui vous fait revenir à chaque fois ?
Pour moi, nous faisons partie de la même terre, on n’a rien de différent et le public est super. C’est en Algérie que j’ai découvert que l’on avait beaucoup de fans, surtout à Tamanrasset, et pour moi c’est toujours un honneur. Je demande toujours à mon manager de commencer par les dates de concerts en Algérie. C’est aussi un pays qui a toujours été présent aux côtés des Touareg, nous savons que l’Algérie nous aidera toujours quand on en aura besoin, qu’elle nous
donnera à manger dans les pires moments, alors que les autres pays ne l’ont jamais fait. Quand j’étais petit, j’entendais souvent parler de l’Algérie, et cela m’a marqué. C’est le seul pays qui ne nous jamais fermé ses portes. Quand je rencontre un Algérien, je le considère sincèrement comme mon frère.

Vous avez fait l’ouverture du festival européen, quelle est l’importance de ce genre d’événement ?
C’est très important pour ma carrière, surtout pour la coopération européenne. Venir jouer à un festival aussi important est un honneur pour nous, pour l’avenir de notre groupe. Je pense que c’est le genre de chances que l’on doit donner à certains jeunes groupes, et pas seulemnet dans le domaine musical.

Quels sont les messages que vous faîtes passer par votre musique ?
Les messages qu’on envoie sont des messages de paix, Bombino, a travers sa jeunesse, a connu certaines vagues de rébellion. Certaines personnes pensent que le plus important est d’avoir les moyens, mais le plus important est d’avoir la paix et de bons amis, et en Algérie il y a plus de bons que de mauvais amis.

Est-ce que vous vous présentez comme un ambassadeur des Touareg ?
Pas officiellement (rires), mais peut être d’une manière artistique, je suis là pour parler des artistes, de leurs problèmes, de mon peuple et surtout pour véhiculer un message de paix. Je souhaite que tous les pays frères soient stables et vivent en paix, comme le Niger a réussi à le faire, ces dix dernières années.

L’Algérie a toujours eu de bonnes relations avec le Niger ...
Oui c’est vrai, mais j’aimerais souligner un petit point. Je trouve un peu bizarre que les Nigériens demandent le visa pour venir en Algérie, alors qu’on ne le demande pas pour partir au Maroc, qui est un pays plus éloigné. Je suis voisin de l’Algérie,
j’aimerais passer par l’Algérie pour rentrer chez moi, pour voir l’Algérie à chaque fois. Moi, Oumara El Moctar, j’ai honte qu’on me demande à chaque fois une lettre d’invitation, un hébergement pour avoir un visa.

 

 

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