Troubles de la vision chez l’enfant

Troubles de la vision chez l’enfant

Des examens cliniques précoces s’imposent

EN ALGÉRIE, LES TROUBLES VISUELS FIGURENT PARMI LES PATHOLOGIES LES PLUS RÉPANDUES. SELON UNE ÉTUDE, EFFECTUÉE EN 2010 EN MILIEU SCOLAIRE EN ALGÉRIE, PAR L’ASSOCIATION ALGÉRIENNE DE LA LUTTE CONTRE LA CÉCITÉ (AALC), QUELQUE 30% D’ENFANTS SONT AFFECTÉS PAR DES TROUBLES DE VISION TELS QUE LA MYOPIE OU LE STRABISME. CES DERNIERS NE PORTENT PAS DE VERRES CORRECTEURS EN DÉPIT DE LEUR ATTEINTE. LES FEMMES NE SONT PAS ÉGALEMENT À L’ABRI DE CE TYPE DE TROUBLES. EN EFFET, UNE ÉTUDE DATANT DE 2011, MENÉE PAR L’ASSOCIATION ALGÉRIENNE D’OPHTALMOLOGIE, AFFIRME QUE 25% DES FEMMES MÉNOPAUSÉES SOUFFRENT DE SÉCHERESSE OCULAIRE. À LA LUMIÈRE DE CES CHIFFRES, LES SPÉCIALISTES NE CESSENT DE METTRE L’ACCENT SUR L’IMPORTANCE DE L’EXAMEN DE L’ACUITÉ VISUELLE AINSI QUE D’AUTRES EXAMENS COMPLÉMENTAIRES. NOUS AVONS RENCONTRÉ LE DOCTEUR ABDELKRIM FERRADJI, OPHTALMOLOGUE QUI A BIEN VOULU RÉPONDRE À NOS QUESTIONS.

Propos recueillis par Bilel Boudj

optitienDziri : Bon nombre de parents ignorent l’importance de l’examen de l’acuité visuelle, alors que plusieurs enfants souffrent de troubles visuels à l’école. Des troubles qui sont souvent décelés par les enseignants. En tant que spécialiste, comment convaincre les parents de faire procéder des examens oculaires à leurs enfants, notamment en début d’année scolaire ?
Docteur Abdelkrim Ferradji : Les parents doivent avoir conscience qu’il est facile de passer à côté d’une baisse d’acuité visuelle surtout quand elle est unilatérale chez un enfant, ce qui représente un véritable drame car cela engendre des conséquences graves. L’enfant risque de développer une amblyopie, c’est-à-dire un œil fainéant. Il faut alors impérativement procéder à un dépistage le plus vite possible pour éviter ce genre de situation et aider l’enfant dans le cas où il souffre d’un trouble visuel.
Quelles sont les anomalies que vous avez le plus fréquemment rencontrées lors de votre exercice ?
Les troubles les plus répandus sont : les hypermétropies, les astigmatismes et les myopies. Le problème se pose quand ces troubles sont unilatéraux. Dans ce cas, l’enfant ne se rend pas compte tout seul, et encore moins les parents. C’est là où l’examen de l’acuité visuelle s’impose. Le dépistage de ces troubles doit commencer au préscolaire. Les spécialistes sont très bien équipés pour le dépistage. Nous avons des autos-réfractomètres pour adultes et même pour enfants.
Vous vous déplacez donc vers les écoles pour ces examens médicaux, n’est-ce pas ?
Pas du tout. Nous demandons aux écoles de soumettre les enfants à un examen d’acuité visuelle qui peut facilement être accompli par un généraliste. Ce dernier, dans le cas où il suspecte un trouble, oriente directement l’enfant vers un établissement public ou privé.
L’examen de l’acuité visuelle est-il suffisant pour déceler les anomalies ?
Non. Je viens de prendre en charge un enfant qui souffre d’hypermétropie. Les examens préliminaires ne montraient rien. Nous avons donc poussé l’examen plus loin. Il faut savoir qu’il arrive qu’un enfant ait une bonne acuité visuelle, mais qu’il souffre d’un trouble de la réfraction en mesure de le handicaper et compromettre sa scolarité. On va prendre l’exemple de l’hypermétropie qui est un trouble de la vision. D’un point de vue optique pur, l’hypermétropie est le contraire de la myopie : quand l’œil est au repos, il donne d’un objet distant, une image qui serait focalisée en arrière de la rétine. L’œil hypermétrope est donc un œil dont le système optique n’est pas assez puissant.
Le processus de rétablissement de la vision est-il partiel ou total ?
Quand on souffre d’un trouble oculaire, c’est à vie. Ce qui nous intéresse en tant que médecins ophtalmologues, c’est de veiller à ce que le processus de développement visuel se fasse normalement et que l’enfant ne développe pas une amblyopie, une diminution de l’acuité visuelle d’un œil ou des deux yeux qui, en l’absence de dépistage dans la petite enfance, peut occasionner un strabisme. Je vous donne l’exemple d’un petit garçon de 8 ans ou 10 ans qui souffre d’un trouble de la réfraction qui n’est pas décelée à un âge précoce. Si à l’âge de 10 ans on découvre qu’il a au niveau d’un de ses yeux une acuité de 2/10, il vivra avec cet handicap toute sa vie. Il existe des amblyopies profondes où l’enfant n’arrive même pas à un dixième, donc, il est quasiment borgne. Imaginez qu’il y ait un souci au niveau du deuxième œil, c’est un drame. L’amblyopie en Europe est prise très au sérieux, le souci chez nous, ce n’est pas seulement de guérir ces troubles de l’acuité visuelle, mais surtout permettre à l’enfant d’avoir un développement visuel normal grâce au dépistage pour qu’il puisse suivre une scolarité normale.
Que conseillez-vous aux parents ?
Soyez vigilants et ne négligez pas l’examen de dépistage des troubles visuels qui demeure une priorité. Il s’agit là d’un examen de dépistage routinier comme chez le dentiste et qui permet de déceler la moindre anomalie.

Quand consulter ?
Les spécialistes sont unanimes. Le mieux est de découvrir les troubles visuels à un âge très précoce. Ainsi, le premier examen de la vue est recommandé à six mois dans le cas d’un bébé prématuré ou d’un indice d’Apgar bas. Les parents sont appelés à se montrer vigilants face au premier signe inquiétant chez leur enfant. Par exemple, s’il a une tendance à la déviation, que l’un d’eux a déjà souffert de myopie, de strabisme ou d’amblyopie. Dans le cas où l’enfant ne présente aucun symptôme, c’est à 3 ou 4 ans qu’il doit consulter l’ophtalmologue pour la première fois, ensuite avant sa première rentrée scolaire et annuellement ou tous les deux ans par la suite.

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