vendredi , 26 mai 2017
Sila 2015

Sila 2015

Quelle place pour les jeunes auteurs ?

Par Farid Bouhatta

« Vingt ans à la page », tel est le slogan choisi pour cette vingtième édition du Salon International du Livre d’Alger (Sila), qui devient un rendez-vous incontournable pour les amoureux du livre. Le Sila 2015, qui s’est tenu au Palais des expositions des Pins Maritimes (Safex) du 29 octobre au 7 novembre dernier, a été marqué par la participation de 53 pays, 910 maisons d’éditions, dont 290 algériennes et par la présence de 175 invités pour prendre part aux débats et aux conférences organisés en marge du salon. « Pour cette 20e édition, on constate un très léger recul, puisqu’on enregistre 910 exposants présents, soit 16 exposants de moins par rapport à l’année dernière. Le nombre d’exposants algériens a augmenté, passant à 290 maisons d’éditions, soit 23 de plus », a déclaré M. Hamidou Messaoudi, commissaire du Sila, lors d’une conférence de presse tenue deux jours avant l’ouverture officielle du Sila 2015.
En matière de fréquentation, le Sila se classe parmi les plus fréquentés au monde. Le Sila se classe à la 2e place mondiale avec un chiffre de plus de 1, 4 million de visiteurs pour cette année, après celui de Calcutta, en Inde, avec environ 3 millions de visiteurs. Le salon algérien a ravi la 2e place à celui du Caire, en Egypte, qui était fréquenté par deux millions de visiteurs, mais qui voit son nombre de fréquentations reculer en raison des perturbations sécuritaires que connaît ce pays.

Les jeunes auteurs algériens à pied d’œuvre

Les jeunes auteurs algériens ont-ils eu vraiment leur part de participation qu’ils souhaitaient ? La réponse est oui si l’on se réfère à leur nombre. Kamel Daoud, Mayssa Bey, Amina Mekahli, Salim Bachi (Prix Goncourt du premier roman en 2001 pour son livre « Le Chien d’Ulysse »), Yassine Temlali, Malek Chebel, Anya Merimèche et bien d’autres ont marqué de leur présence ce Salon. Des rencontres purement littéraires et culturelles, en effet, entre les jeunes auteurs nationaux et étrangers ont eu lieu. « Certes, c’est une occasion pour les éditeurs et écrivains de promouvoir leurs œuvres. Personnellement, voir mon nouveau livre présent au Sila, c’est tout simplement extraordinaire », se réjouit Anya Merimèche, jeune écrivaine âgée seulement de 18 ans, lauréate du prix Livrescq du plus jeune auteur, abordée lors de la vente-dédicace de son quatrième ouvrage intitulé : «  Transition, suivi d’un voyage de Suleiman ».

Sellal plaide pour la coédition et la traduction des livres

A l’occasion de l’inauguration du Salon international du livre d’Alger (Sila), le premier ministre, Abdelmalek Sellal, a mis l’accent sur la nécessité de la coédition et la traduction du livre algérien vers l’arabe et tamazight. « Il faut encourager la traduction par les deux langues nationales, l’arabe et tamazight, car les écrivains algériens renommés qui publient en langue étrangère sont parfois méconnus par notre jeune génération », a-t-il souligné. « Il faut qu’on dépasse cette problématique en traduisant davantage, afin de rapprocher le livre du lecteur, car la génération d’aujourd’hui a beaucoup de mal à lire. Ils sont plus attirés par la technologie et tout ce qui est facile à manipuler », a-t-il encore soutenu. En visitant les différents stands au Palais des expositions des Pins maritimes, accompagné du ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi, et d’autres représentants des gouvernements algérien et français, M. Sellal a eu une longue discussion avec Mme Fleur Pellerin, ministre française de la Culture, sur la coopération dans le domaine de l’édition. « Nous souhaitons travailler de manière très concrète et très opérationnelle et pouvoir donner un nouveau souffle à notre coopération culturelle, notamment en matière d’édition (…), la promotion de la lecture publique et l’aspect industriel du livre sont nos finalités», a-t-elle souligné.

Prix « Assia Djebbar » du Roman…Un hommage, une distinction

Un prix à son honneur, à sa plume engagée qui porte bien son nom, Assia Djebbar. Pour glorifier sa mémoire, on a institué un prix littéraire, celui du « Roman », financé par l’Anep et l’Enag. En effet, dans la soirée du 4 novembre dernier, trois jeunes écrivains ont été primés lors d’une cérémonie organisée à l’Hôtel Hilton d’Alger. Dans la catégorie arabe, le prix Assia Djebbar du Roman a été attribué à Abdelawahed Aissaoui, pour son roman « La Sierra de muerte » (La montagne des morts), édité par la maison de la culture de la wilaya d’El-Oued. Dans la catégorie Roman en tamazight, c’est Rachid Boukhouroub qui a remporté le même prix pour son livre « Tislit N’ou Ghanim (La poupée de Roseau) édité chez El-Amel. Amine Ait El Had s’est, quant à lui, arrogé le premier prix pour son roman écrit en français, intitulé « L’aube de l’au-delà », paru aux éditions Aden.

Pourquoi avoir choisi la France comme « invitée d’honneur » ?

Le Sila a accueilli pour la première fois, cette année, la France en sa qualité d’invitée d’honneur. Une programmation exceptionnelle a caractérisé la participation française durant ce salon. « Le choix de la France comme invitée d’honneur pour cette nouvelle édition est un choix rationnel, qui est purement culturel », souligne M. Messaoudi. « Nous ne sommes pas ici pour faire de la politique », précise-t-il lors de la conférence de presse. L’Ambassadeur de France en Algérie, son excellence Bernard Emié, avait également exprimé sa joie quant à ce choix. « Nous sommes ravis d’être reçus pour la première fois en tant qu’invité d’honneur au Sila 2015. Nous vous en sommes très reconnaissants », s’est-il réjoui.
Sous le signe d’un échange intellectuel, l’ambassadeur français a également expliqué que : « Cette manifestation vise à renforcer les liens éditoriaux entre les deux pays et multiplier les traductions d’une rive à l’autre, d’autant que l’Algérie représente l’un des plus gros marchés du Maghreb pour l’exportation du livre français ».
Au final, qu’apprend-t-on de cette nouvelle édition ? Pour certains observateurs, l’engouement manifesté par le nombre impressionnant de visiteurs, exposants, écrivains et auteurs, ne traduit pas forcément une bonne réussite du salon. Cela ne peut également être témoin que la société algérienne lit en masse, comme notamment dans les pays nordiques et européens. Mais ce salon reste une occasion pour inculquer la culture du livre pour les différentes couches sociales en Algérie. Un travail de fond reste à accomplir par tous les intervenants dans le domaine du livre afin d’asseoir une politique du livre plus rationnelle et adaptée à même de mettre à la fois en exergue l’aspect industriel du livre, l’importance de la lecture publique et la valorisation des travaux de recherches faites par les historiens, les philosophes, les penseurs et les hommes et femmes de lettres Algérie.

Le budget « Sila 2015 » revu à la baisse

« Austérité oblige  », ainsi argumente d’emblée le commissaire du Sila, à propos du financement de cette mani­festation culturelle, en disant qu’il était temps de « rationaliser les dépenses ». En effet, le budget injecté pour cette 20e édition a été réduit « de moitié pour être fixé à 91 millions de dinars ».
Plus de 30 000 livres exposés et 106 autres sous réserve
C’est le nombre de livres communiqué par le commissaire du Sila, Hamidou Messaoudi, à l’occasion de l’ouverture officielle du salon. Selon lui, 30 000 ouvrages ont été exposés dans les différents halls de la Safex. « La priorité est donnée à tout ce qui est nouveauté, à la littérature et aux livres scientifiques et universitaires ainsi qu’aux livres pour enfants » a-t-il souligné avant de continuer que « cette année, 70 % des livres exposés sont nou­veaux. En effet, chaque éditeur doit exposer 200 exemplaires de chaque livre nouveau ».
En ce qui concerne les livres « interdits d’expositions », le commissaire du Sila a fait savoir qu’« au moins 106 ouvrages ont été interdits d’expositions. Il ne s’agit pas là d’une censure mais de réserve », a-t-il expliqué, en laissant entendre que le comité interministériel de lecture, que préside Gana Yasser Arafat, a pris cette mesure eu égard au « non-respect au règlement intérieur du Sila ».

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