Mohamed Skander

Mohamed Skander

Fondateur et Directeur du cabinet algérien de conseil Bravehill

«Il y a un dynamisme du secteur privé sans précédent»

MOHAMED SKANDER EST DIPLÔMÉ DE L’EDHEC BUSINESS SCHOOL EN FRANCE ET DE LA STOCKHOLM SCHOOL OF ECONOMICS EN SUÈDE. AVANT DE FONDER BRAVEHILL, IL A TRAVAILLÉ NOTAMMENT CHEZ ERNST & YOUNG À PARIS, EN FRANCE, ET CHEZ BNP PARIBAS À GENÈVE, EN SUISSE. DANS CET ENTRETIEN QU’IL NOUS A ACCORDÉ, IL NOUS PARLE DE SES ACTIVITÉS ET DE SA PERCEPTION DU MONDE DES AFFAIRES EN ALGÉRIE.

Entretien par Arezki Ibersiene

Mohamed Skander (2)Dziri : En votre qualité de directeur de Bravehill, pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste l’activité d’un cabinet comme le vôtre ?
Mohamed Skander : Le cabinet Bravehill accompagne ses clients sur toute leur chaîne de valeur. Nos principales offres sont le « Business Dévelopment », le « Performance Improvement » et le « Consumer Studies ». L’activité Business Development consiste essentiellement en l’accompagnement à la croissance interne (plan de financements, études des opportunités d’investissement, Etude des marchés…), et à la croissance externe (Due diligence, M&A, intégration…) de nos clients, afin de résumer l’accompagnement au développement du chiffre d’affaires. L’activité Performance Improvement consiste en l’optimisation des organisations et des structures de coûts : pilotage de projet, tableau de bord, optimisation des systèmes d’information. L’indicateur, dans ce cas, est plutôt la rentabilité (maîtrise des coûts). Enfin l’activité Consumer Studies accompagne les entreprises dans la découverte de leurs consommateurs et dans l’amélioration de l’interaction avec le consommateur : étude de comportement consommateur, focus group, études post-campagnes…
Les entreprises algériennes sont-elles prêtes à faire appel à ce genre d’expertise ?
Oui, une partie des entreprises ont déjà saisi l’intérêt de faire appel à de l’expertise externe et leur nombre devraient se développer. En effet, quand il s’agit de gérer de la croissance ou d’optimiser sa rentabilité, l’appel au conseil externe est un outil efficace. Les consultants qui ne sont pas « englués » dans les problématiques quotidiennes, comme le sont certains managers, peuvent établir des diagnostics neutres basés sur des faits et des indicateurs. Ce que nous leur apportons principalement, c’est le recours aux bonnes pratiques. En effet, même si toutes les entreprises sont spécifiques, les grands défis qu’elles rencontrent sont souvent similaires et le fait d’avoir à traiter des problématiques comparables, permettent de gagner en délai et en efficacité.
Vous exerciez précédemment les mêmes fonctions en Europe. En quoi le marché algérien est-il différent de ceux européens ?
Les marchés sont tous différents et se ressemblent tous en même temps. Si votre question porte sur les opportunités, elles sont indéniables en Algérie. Si elle concerne le climat des affaires, certes, le peu d’informations financières et une certaine bureaucratie peuvent laisser penser qu’il est très difficile de faire des affaires en Algérie. Je pense que ce constat est amplifié par le phénomène que j’évoque, tel que l’absence de bourse des valeurs dynamiques qui pourrait constituer un « thermomètre » de notre économie. Enfin, il y a la question du management des équipes. Je suis persuadé qu’il existe un modèle algérien de management, où il convient de développer l’esprit d’appartenance des employés afin de tirer parti au mieux de leurs compétences.
Quel est votre constat de l’économie algérienne ?
L’économie semble traverser une période charnière. Malgré le contexte macroéconomique, Il y a un dynamisme du secteur privé sans précédent. Nous accompagnons des projets d’ampleur qui devraient définitivement changer le rapport de l’Algérie avec le monde. Le pays devrait passer du statut d’énorme marché n’exportant que des hydrocarbures à celui de puissance industrielle. Mon discours peut paraître trop optimiste, mais si les énergies continuent à être libérées comme à présent, c’est un scenario très probable.
Votre optimisme ne semble pas être partagé par la population, n’est-ce pas ?
Oui, vous mettez le doigt sur quelque chose d’important : le déficit de communication. L’accès à l’information économique reste limité et il est difficile pour l’Algérien de faire la différence entre les effets d’annonces et les réels projets qui vont créer de l’emploi et de l’expertise en Algérie. Par exemple, beaucoup pensent que l’industrie automobile est inaccessible pour notre pays alors que des acteurs comme celui d’Ival (Iveco) sont en train d’élaborer des projets ambitieux en termes d’intégration.
Par ailleurs, la déception de certains provient d’une impression de manque d’accès à l’entreprenariat. Sur ce volet, je pense que les administrations doivent continuer leurs efforts pour faciliter l’acte d’entreprendre. Les états d’esprit d’entrepreneurs doivent aussi être diffusés, rôle que prennent actuellement les associations patronales comme le FCE.
Vous faites partie du projet Jil’FCE, pouvez-vous nous en dire plus ?
Le projet Jil’FCE vise à créer une communauté de jeunes entrepreneurs. Les créateurs de start-up ou de jeunes entreprises rencontrent les mêmes difficultés : le financement, le positionnement, les débouchés… Se fédérer nous permettra d’échanger et de mettre sur la table nos problématiques, nos ambitions, nos réflexions. Je crois aussi beaucoup en la motivation par l’exemple. En étant au contact de grands capitaines d’industrie, les jeunes entrepreneurs estiment que c’est possible.
L’actualité de votre cabinet est marquée par les travaux sur le label Bassma Djazairia. Pouvez-vous nous en parler ?
Oui, le FCE nous a confié l’étude pour la mise en place de ce label qui va garantir l’origine locale des produits. Le label s’assimile à une marque d’initiative privée qui permettra aux consommateurs qui souhaitent consommer local (pour créer de l’emploi et favoriser l’économie locale) de repérer les produits dont l’essentiel de la valeur ajoutée est algérienne. J’espère de tout cœur que cette initiative soit un succès mais l’intérêt pour le label semble déjà au rendez-vous.
Pour conclure, pensez-vous que l’Algérie pourrait un jour exporter de manière conséquente ?
En fait, il existe déjà certaines entreprises capables d’exporter. L’enjeu aujourd’hui est de constituer ou reconstituer les circuits d’exportation. Certains produits algériens sont déjà compétitifs en termes de rapport qualité/prix, il suffit que les opérateurs mettent en contact producteurs et importateurs dans les pays cibles.
En ce qui concerne les autres entreprises, le développement de la culture de l’export va prendre du temps mais c’est possible. En Allemagne par exemple, très rapidement, les PME, même petites, exportent, il n’y a pas de barrières psychologiques. C’est un état d’esprit à développer chez nous.

Les commentaires sont fermés.

Revenir en haut de la page