mardi , 25 avril 2017
Son excellence, Omar Abou Eich, ambassadeur d’Egypte en Algérie

Son excellence, Omar Abou Eich, ambassadeur d’Egypte en Algérie

«Nos relations avec les dirigeants et le peuple d’Algérie sont excellentes»

L’AMBASSADEUR D’EGYPTE À ALGER, SON EXCELLENCE OMAR ABOU EICH, EST REVENU, DANS CET ENTRETIEN QU’IL NOUS A ACCORDÉ, SUR L’ÉTAT ACTUEL DES RELATIONS ENTRE NOS DEUX PAYS. UNE RELATION QU’IL QUALIFIE D’EXCELLENTE. IL NOUS EXPLIQUE ÉGALEMENT COMMENT LES DEUX PAYS ONT SU TOURNER LA SOMBRE PAGE DES INCIDENTS SURVENUS APRÈS LE MATCH ALGÉRIE-EGYPTE. M. OMAR ABOU EICH ÉNUMÈRE LES POINTS EN COMMUN QUI LIENT LES DEUX PAYS, LES FACILITÉS À LA CIRCULATION DES PERSONNES ENTRE L’EGYPTE ET L’ALGÉRIE ET LE CONFLIT LIBYEN.

Interviewé par Arezki Ibersiene


Dziri :
Omar Abou Eich 3Cela fait presque un an que vous avez été nommé ambassadeur de la République arabe d’Egypte en Algérie. Quel est votre sentiment à ce sujet ?
Son excellence Omar Abou Eich : Vraiment je suis très heureux d’être ici. L’Algérie est un pays avec lequel l’Egypte partage de bonnes relations, non seulement sur le plan politique, mais aussi sur les plans économique, culturel et stratégique. L’Algérie pour nous est un grand partenaire dans tous les domaines. Donc, cela veut dire que l’Algérie est un pays de valeur pour l’Egypte, au niveau présidentiel et gouvernemental et même entre nos deux peuples. Donc, pour un ambassadeur qui exerce dans cette atmosphère favorable, c’est un atout très important qui peut faciliter son travail. Parce ce que, quand on évolue dans un climat d’amitié et de fraternité, d’intérêts communs, cela incite à améliorer davantage les relations pour le grand bien de tous. Cela est un avantage considérable pour n’importe quel ambassadeur.
Les relations entre l’Egypte et l’Algérie sont ancestrales. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Les relations entre nos deux pays, actuellement, vont dans le bon sens. Parce que tous les points sont clairs pour les deux partenaires. Il y a des éléments qui favorisent ce partenariat stratégique qui existait déjà avant la visite de notre Président. Le contact entre les ministres algériens et égyptiens sont de bon augure. La fréquence des visites mutuelles est un élément qui prouve l’importance dont jouit cette relation. Nous sommes en phase de préparation du suivi du comité mixte qui a eu lieu au mois de novembre 2014, après une absence de 7 ans. C’est un cas spécial. On a signé 16 accords, et maintenant nous sommes en phase de préparation pour le prochain comité qui aura lieu, très probablement, ce mois de décembre. J’attends toujours la confirmation de grands responsables, avec lesquels on est constamment en contact. Il y aura aussi, dans les jours qui suivent, une réunion du comité consulaire. L’ordre du jour de cette réunion va englober toutes les questions consulaires, à savoir, les visas, les ouvriers, les investissements mixtes et aussi la question de la solidarité sociale, les assurances. Car, quand on a des relations qui se rapprochent de plus en plus, on a besoin de conformer le cadre juridique dans un cadre consulaire pour accompagner cet avancement.
Justement, parlons des relations commerciales et économiques entre les deux pays. On a l’impression que, depuis les regrettables évènements qui ont suivi le match Algérie-Egypte et ce qui s’est passé avec Orascom, les investisseurs égyptiens sont assez réticents envers l’Algérie. Quelles sont vos impressions ?
Non, je ne le crois pas. Orascom est toujours opérationnel en Algérie et son chiffre d’affaire a même augmenté. Le malentendu qui a eu lieu à cette époque était lié au football et l’événement a été politisé à des fins obscures. On a mélangé les investissements avec le football. Ce qui a provoqué des fissures dans les relations entre les deux pays. Actuellement, Dieu merci, on a tourné définitivement cette page. Il y a trois signes qui prouvent cela : la visite qu’a effectuée le Président Al-Sissi en Algérie a permis de ramener le calme et la sérénité qui avaient disparu lors de la prise de pouvoir par les frères musulmans, lesquels ont mis l’Egypte en péril. Grâce à Dieu, tout est rentré dans l’ordre.
Sur le plan sportif, il y a eu la rencontre entre Al-Ahly et l’ESS dans le cadre de la super coupe d’Afrique. On a essayé de faire de ce mach un beau retour du sport égypto-algérien. Ce qui a été réellement fait. Quand j’étais en Egypte, durant la préparation du match, j’ai rencontré le responsable du club égyptien et on s’est mis d’accord pour que cette rencontre soit une occasion de rapprocher les deux pays. Donc je lui ai dit que les martyrs de la guerre d’Algérie représentent un symbole très important pour les Algériens. Je lui ai dit que l’équipe d’Al-Ahly doit faire un geste pour rendre hommage à ces martyrs. Le responsable du club s’est tout de suite mis d’accord avec moi, et l’a inclus dans le programme de son déplacement. On a décidé que le club fasse une visite au monument des martyrs, Maqam Echahid, juste après son arrivée en Algérie. J’ai appris de la part de M. Raouraoua que l’équipe égyptienne s’installerait à l’hôtel Sheraton, on s’était entendus que, sur son chemin vers l’hôtel, l’équipe d’Al-Ahly se recueillerait au Maqam Echahid. L’entraîneur de l’équipe m’a dit qu’il n’a pas assez de temps, et qu’il ferait ça le deuxième jour, mais moi j’ai vraiment insisté que ça soit la première chose qu’ils fassent en Algérie. Et donc on a fait le geste de déposer une gerbe de fleurs à la mémoire des chouhada algériens. Après ce geste, on a eu une impression très favorable et positive de la part de nos frères algériens. Cela prouve que l’amitié entre les deux peuples est très solide, et au-dessus de tous les conflits. J’ai vu moi-même que, des deux côtés, on a honte de ce qui s’est passé. Et que nous n’accepterons jamais que cela se reproduise.
Le troisième signe c’est, quand les deux entraîneurs, Saâdane et Shehata, furent honorés par le journal sportif El Haddaf et le Comité olympique algérien. Le message de réconciliation devait être perçu par notamment les jeunes. Je l’ai moi-même signalé à ce moment, car la jeune génération est la plus concernée, qu’ils sachent que la relation qui lie les deux pays est toujours au-dessus de toute autre considération. Hassan Shehata m’avait dit qu’il avait peur de venir au début, qu’il avait des craintes sur ce qui allait se passer, mais quand la rencontre s’est terminée, il a constaté à quel point cette rencontre fut un symbole d’amitié et d’amour entre les deux pays. Il était sous une grande émotion, il avait même eu des larmes aux yeux lors de son départ à l’aéroport. Il a été très touché par l’accueil que lui ont réservé les Algériens.
En ce qui concerne la circulation entre les deux pays, à un certain moment l’Egypte avait supprimé le visa pour les Algériens. A présent, les conditions sont-elles plus Omar Abou Eich 4faciles pour l’obtention d’un visa égyptien ?
Quand deux pays atteignent un niveau de relations aussi bonnes, comme l’Algérie et l’Egypte, cela doit être accompagné par des facilitations de circulation entre les deux peuples. On a besoin d’améliorer quelque peu le système qui a été déjà établi. On a signé un accord récemment pour faciliter la circulation entre les deux pays. Mais en même temps, il y a, actuellement, des défis en Egypte qui nous contraignent à faire un filtrage. Cela ne veut pas dire que l’Algérie fait partie des pays à risque, mais les conséquences de la situation actuelle, de ce qui se passe en Egypte, nous poussent à être prudents. Mais malgré tout ce qui se passe depuis le Printemps arabe, l’Algérie est un cas exceptionnel et nos deux peuples s’entendent à merveille. Nous avons également élaboré un autre plan pour faciliter l’accès aux Algériens en Egypte. Si un Algérien veut aller avec un groupe composé de dix personnes et plus, via une agence de voyage, il n’a pas besoin d’un accord préalable ni de visa. Le visa pour lui est une simple procédure. Mais celui qui veut aller individuellement, il suit le chemin ordinaire des dix jours ouvrables. On a fait des exceptions aussi pour les entrepreneurs après une rencontre avec le FCE. Il y a eu une visite de notre ministre de l’Intérieur, car c’est lui qui s’occupe de ça. J’ai parlé de ce sujet avec lui, et on a eu un avis favorable.
Je vous signale aussi que depuis octobre 2014, on a eu une augmentation de 105% en matière d’obtention de visas par rapport à l’année d’avant. On sait très bien combien les Algériens aiment visiter l’Egypte, notamment Sharam Echeikh.
L’Algérie et l’Egypte partagent la même vision des choses concernant le conflit Libyen ; à savoir, trouver une politique au conflit. Est-ce que les deux pays travaillent ensemble dans un même cadre, ou chacun de son côté ?
L’Egypte et l’Algérie ont toujours et continuent à appeler à une résolution pacifique de la crise libyenne basée sur les efforts du représentant des Nations unies. Les deux pays affectés directement par la situation libyenne, sont contre toute intervention militaire pour résoudre ce problème. C’est pour cette raison que nous partageons les mêmes principes et les mêmes idées sur cette affaire et que nous sommes engagés dans une coordination avec les pays voisins ainsi que l’Italie pour tenter de réconcilier les frères libyens. La réunion des pays du voisinage, prévu à Alger le 1er décembre, confirme cette coordination. Aujourd’hui, le problème des Libyens se manifeste par le manque de confiance entre les différents acteurs libyens. La communauté internationale est invitée à renforcer et soutenir les institutions de l’Etat et ce, pour créer un vrai pays fondé sur des institutions légales et pour mettre fin à l’extension de l’Etat islamique sur le territoire libyen.
Comment évaluez-vous la suite du Printemps arabe dans votre pays actuellement ?
Le Printemps arabe a vécu un grand changement en Egypte, puisque la révolution qui a eu lieu à partir du 25 janvier 2011, constituait au début, un mouvement social et révolutionnaire de la part de la classe moyenne égyptienne. Néanmoins, les frères musulmans, pendant leur année de pouvoir, se sont emparés de cette vague et l’ont redimensionnée et réorientée vers une voie contraire aux aspirations du peuple égyptien, portant ainsi atteinte à leur identité. Cette phase transitoire est délicate puisqu’elle se déroule dans une atmosphère pleine de défis, notamment celui du combat contre le terrorisme dont l’organisme des frères musulmans constitue la base intellectuelle. Cependant, je suis sûr qu’avec la persévérance et l’unité du monde arabe contre ces défis, on pourra aboutir à des fins positives.
Quelle est la place qu’occupe la coopération dans le domaine culturel entre nos deux pays ?
Je peux vous dire que le volet culturel est l’un des domaines les plus importants dans la coopération entre les deux pays. Que ce soit dans le domaine du cinéma, de la littérature, des arts, et même religieux. J’ai eu beaucoup d’entretiens avec son excellence Mohamed Aissa, ministre algérien des Affaires religieuses. C’est quelqu’un de très important, et il est un invité honorable en Egypte, puisqu’il est invité dans les grands évènements en Egypte. Il doit d’ailleurs participer à la conférence du conseil suprême des affaires religieuses en Egypte. On essaie d’avoir un cadre de formation mixte dans le domaine religieux. L’Algérie a reçu, il y a quelques mois, le grand mufti d’Al Azhar, lequel a décroché son magistère et son doctorat sur le rite Maliki, qui très répandu en Algérie. Il y a beaucoup de liens similaires entre nos deux pays dans ce domaine, notamment pour lutter contre l’extrémisme religieux.
Le ministre algérien de la Culture, son excellence M. Mihoubi, est un grand ami de l’Egypte et de moi-même. Avec lui, je nourris un grand espoir d’élever le niveau de coopération culturelle entre les deux pays, sur tous les plans. La dernière fois, on a participé à la semaine culturelle de l’Egypte à Constantine, dans le cadre de « Constantine, capitale de la culture arabe ». On a participé au spectacle donné par les plus célèbres musiciens d’Egypte. Dans la soirée, un hommage a été rendu également à la défunte diva, Warda El Djazairiya. Le 20 décembre prochain, une autre soirée rendra hommage à la monumentale Oum Kalkhoum, avec la participation de plusieurs chanteurs et chanteuses arabes. L’orchestration sera exécutée par l’opéra égyptien et l’orchestre symphonique national algérien qui sera dirigé par le maestro Amine Kouider.
On se prépare également pour la production d’un grand film égypto-algérien. Mais il y a des secrets que je ne vais pas vous révéler actuellement, ça sera une bonne surprise. Je laisse l’annonce de ce film à son excellence M. Mihoubi, qui est le principal acteur de ce projet. C’est un Monsieur que j’apprécie beaucoup, et je rends hommage à ses efforts pour le renforcement des relations entre nos deux pays.

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