mardi , 25 avril 2017
Algérie 2030

Algérie 2030

Si loin et si proche

UNE PROJECTION DANS LE FUTUR N’EST PAS TOUJOURS AISÉE, MÊME AVEC UNE BOULE DE CRISTAL. NOUS ALLONS TOUT DE MÊME ESSAYER D’IMAGINER CE QUE 2030 NOUS RÉSERVE.

Par : Bilel Boudj

Après une journée épuisante, je me suis assoupi pour reprendre des forces … Nous sommes en 2030 et l’Algérie patauge en pleine austérité. Le baril de pétrole a atteint les 15 dollars à la moitié de l’an 2017, ce qui a forcé les autorités à freiner certains projets de logements sociaux devenus coûteux pour ainsi dire inefficaces face à la hausse du prix de la farine et du lait.
En effet, le kilo de farine a atteint un prix de 300 dinars, les subventions n’ont pu faire le poids face à la grogne des boulangers qui ont, eux aussi, augmenté le prix de la baguette à 50 dinars. Aujourd’hui, le sandwich de « garantita » s’achète au prix fort, même la harissa n’y échappe pas. Donc si vous avez des goûts de luxe, il faudra les mettre au placard.
En ce qui concerne le lait, aliment essentiel et élément indiscutable de notre quotidien, son sachet d’un litre a atteint les 200 dinars, dites aussi au revoir aux glaces pendant la saison estivale. L’Etat a cessé de subventionner les produits de première nécessité.

Augmentations salariales vs inflation

Le SMIG connaîtra une hausse significative atteignant les 35 000 dinars. Malgré cela, le travailleur n’arrivera pas à joindre les deux bouts. Le chômage ne diminuera pas, car le système éducatif aura produit moult jeunes « hittistes », diplômés ou pas. Ils auront beaucoup de difficultés à trouver une situation professionnelle stable. Les plus téméraires risqueront leur vie, comme d’autres l’ont fait avant eux, pour traverser la Méditerranée et rejoindre l’utopique Eldorado européen. Ils seront confrontés aux forces armées qui ont été déployées depuis l’implosion de l’Union européenne en 2020.

Une météo moins clémente

L’Algérie sera aussi la victime des dérives climatiques, des étés caniculaires. Le littoral enregistrera des températures atteignant les 45°. Les hivers seront de plus en plus rudes, ce qui fera que les producteurs de textiles se tourneront vers une ressource inespérée et inestimable, les chats, que les Chinois auront abandonnés après leur départ des chantiers de constructions en 2016. En effet, les nouvelles règles d’investissements n’auront pas aidé les Asiatiques qui avaient autrefois monopolisé les investissements étrangers et fait disparaître une grande majorité de ces félins domestiques, qui faisaient partie de leur menu préféré.
Revenons à nos chats, dont la peau est devenue la matière première d’habillement en hiver. Mais en 2029, un grand chamboulement fera que la fourrure de chat sera interdite à la vente. Les Algériens devront chercher un autre moyen pour se réchauffer pendant la saison rude.

Et ces projets d’aménagement ?

Dans une Algérie qui aura aussi connu le boom du « dernaha djazaïriya » (nous l’avons faite algérienne), les citoyens auront peu de choix concernant l’achat d’un véhicule. Les anciens modèles se vendront à prix d’or. Imaginez une 205 GTI années 90 à 1 million de dinars au marché d’El Harrach. Le dispositif créé par Amara Benyounes aura porté ses fruits mais n’aura pas fait que des heureux.
Nos trajets en ville coûteront un bras, le simple fait de poser son postérieur dans un taxi coûtera 50 dinars. Ne parlons de la place de bus privé, car l’Etusa aura connu un ultime redressement qui ne l’aura pas sauvé. Nous nous entasserons par centaines dans des véhicules dont la qualité laisse à désirer.
En parlant d’El Harrach, le nouveau complexe touristique connaîtra un franc succès….chez les touristes étrangers, cette banlieue populaire de la capitale deviendra une enceinte privilégiée du touriste modeste, pendant que la côte ouest, à savoir Zéralda, Sidi Fredj et Club Des Pins (aussi incroyable que cela puisse paraître), deviendra exclusive au Club Med).
Toujours à El Harrach, la grande mosquée, (édifice plutôt prestigieux qu’autre chose), aura été finalisée. Son impressionante hauteur permettra à des milliers de fidèles d’être plus près de Dieu afin de prier pour leurs malades, car le système de santé ne permet plus de couvrir les soins. A coup de milliards, la mosquée aura été construite au détriment d’une dizaine d’hôpitaux.
Le métro d’Alger n’est toujours pas terminé, la crise financière aura stoppé les chantiers pour une petite période de 5 ans, quand on sait que l’on a mis 30 ans pour sortir les premiers rails, cela est comparable à une pause de 5 minutes. De même, grâce au tramway qui, malgré tout, aura atteint le nouvel aéroport international, les voyageurs pourront rejoindre le centre-ville sans grande difficulté et sans s’être faits escroquer par les taxis qui y résident.

Le tourisme, ce chantier qui avance timidement

Autre grand chantier dont l’Algérie s’est doté, c’est le tourisme, qui devra devenir un pôle économique fort qui permettra de palier la perte due à la baisse du pétrole.
De nouvelles stations balnéaires ont été restaurées, comme celle de la wilaya de Guelma, qui est en passe de devenir une référence continentale et même internationale.
Les 1600 kilomètres de côtes ont connu un début de restauration qui n’en finit pas de finir. Les plages ont en même temps connu un afflux immense de la part des touristes étrangers qui ont fui la côte tunisienne devenue incertaine et même dangereuse. Le séjour en Algérie est à la portée des bourses modestes. Le Maroc ne fait plus rêver également, bien que stable politiquement. Les touristes se ruent sans réserve vers la destination Algérie qui commence à prendre du galon.

L’énergie solaire, l’alternative

Depuis le nouveau clash pétrolier de 2017, les gouvernants ont pris la décision de se tourner vers de nouvelles alternatives énergétiques. Depuis un certain temps, l’Algérie a commencé à se rendre compte de l’immensité et l’opportunité de son désert. Des projets avant-gardistes d’installation de panneaux photovoltaïques sur de grandes surfaces dans le Sud ont ravi les autorités qui voient, là, une manne financière inespérée qui pourrait remettre le pays sur les rails du progrès.
Depuis début 2020, la France, l’Allemagne, le Japon et même les Etats-Unis se bousculent à Alger pour s’octroyer le plus gros du marché, mais le président de la République étudie chaque demande avec précaution.

Après tout, ce n’est que fiction

Je me suis soudain réveillé pour constater que 2030 est encore loin et que toutes ces résolutions ne sont que le fruit de mon imagination. On est en 2015 et on ne sait toujours pas de quoi demain sera fait. Vu le constat catastrophique des 6 premiers mois de l’année en cours, nous nous attendons au pire, c’est vrai, mais on ne doit pas oublier que des ressources existent pour que l’Algérie se redresse d’ici à 5 ans.
Pour le reste, la société reste en constante évolution, malgré certains aléas que l’on ne peut prévoir.
Aujourd’hui, nous sommes en crise, mais qui sait, demain sera peut-être prospère.

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