Dévaluation du dinar

Dévaluation du dinar

Les entreprises en pâtissent

Yani T.

La valeur de la monnaie nationale depuis novembre a régressé par rapport à l’euro et au dollar, si l’on se réfère aux tableaux de cotation sur le marché interbancaire des changes. La chute du dinar et la hausse de l’inflation ont accéléré l’agonie des entreprises, dont le fonctionnement de l’appareil de production est tributaire d’intrants acheminés depuis l’extérieur. Ces deux facteurs nés de la crise qui secoue le pays ont poussé bon nombre de patrons à revoir leurs prévisions en matière d’investissements, de recettes et d’engagements budgétaires. Encore un début novembre des plus bas, la cotation du dinar par rapport aux principales devises a encore chuté. Un euro est échangé contre plus de 115 dinars, tandis qu’un dollar valait plus de 107 dinars durant la première dizaine du mois de novembre dernier, accentuant ainsi les pressions sur les trésoreries des entreprises, prises en tenaille entre une inflation galopante et un dinar en chute libre. Une situation qui rappelle les déboires des industriels algériens dans les années 90, durant lesquelles une bonne partie a dû rechigner à poursuivre l’aventure industrielle. Les économistes avaient anticipé une forte dévaluation de la monnaie nationale due à la dégringolade des cours du pétrole sur les marchés mondiaux. Cet outil de politique monétaire sert à endiguer la chute des recettes pétrolières libellées en dinar. Mais pas seulement. Un dinar fort sert également à subventionner les importations, ce qui serait une action à haut risque en ce temps de crise et de raréfaction des ressources en devises. Ainsi donc, le gouvernement a opté pour une protection des avoirs du pays au détriment des entreprises, dont le pouvoir d’achat est décidément mis à rude épreuve. Un choix pour le moins cornélien.

Les retombées ne se sont pas faites attendre

L’indice négatif de l’évolution des cours du dinar par rapport aux principales devises, depuis plus d’une année déjà, contraint les entreprises à sacrifier une partie de leurs ambitions, notamment en investissement, en recrutement, en bénéfices et en parts de marché. La croissance devrait en pâtir. La consommation aussi. De ce fait, le gouvernement mise sur la production et l’investissement pour limiter les dégâts de la crise et élever la contribution des secteurs hors hydrocarbures à la croissance. Concrètement, la dévaluation du dinar a fait augmenter de 20 à 30% le coût de production au niveau des entreprises. Sur un an, de juin 2014 à juin 2015, les bénéfices des sociétés se sont rétrécis comme peau de chagrin sous l’effet de la dévaluation du dinar et de l’inflation. Le PDG d’Algérie Telecom, Azouaou Mehmel, a donné, sans réserve, l’estimation des dégâts que fait subir la conjoncture à son groupe. « Si la fluctuation est de 30% sur le taux de change, c’est 30% des projets qui ne seront pas réalisés ». Chez d’autres opérateurs, la perte de 22% sur la valeur de la monnaie nationale sur un an, pour ne reprendre que les évaluations de la Banque d’Algérie, a entraîné déjà une hausse de 20% des coûts de production chez Condor Electronics et une augmentation de 10 à 15% des prix de ses produits. D’autres calculs si complexes se font ça et là, à même de pouvoir faire face à cette conjoncture, aussi pénalisante pour les industries de production que pour les entreprises de services. Les opérateurs de téléphonie mobile ont été frappés de plein fouet, faisant apparaître dans leurs comptes du troisième trimestre de l’année des variations à la baisse, dues en grande partie à la chute de la valeur du dinar. Il ne s’agit pas d’une simple dépréciation, lorsque l’on sait qu’en juin 2014 déjà, peu avant la dégringolade amorcée par les prix du pétrole sur les marchés mondiaux, les rapport de la Banque d’Algérie indiquaient que le cours moyen annuel de la monnaie nationale en 2014 s’établissait à 80,56 DA vis-à-vis du dollar américain et à 106,9 DA vis-à-vis de la monnaie européenne unique. Toutes les entreprises, sans exception aucune, en souffrent.

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