Publicité un grand marché en chantier

Publicité un grand marché en chantier

LE MARCHÉ DE LA PUBLICITÉ ALGÉRIEN EST PASSÉ PAR PLUSIEURS ÉTAPES DEPUIS L’APPARITION DES PREMIERS SPOTS PUBLICITAIRES DANS LES ANNÉES 60. DES DÉCENNIES SONT PASSÉES ET LE MARCHÉ A CONNU UN DÉVELOPPEMENT CONSIDÉRABLE.

Par : Farid Bouhatta

 Aujourd’hui, des agences et boîtes de communications ont vu le jour, dans un marché de publicité de plus en plus en croissance et concurrentiel, ce qui a donné naissance à une meilleure qualité de la publicité. Il faut admettre que c’est un marché, qui engendre des milliards de dinars, créant, par conséquent des convoitises, de la corruption, du clientélisme, etc.  En effet, dans les pays normalement constitués, la publicité, qui est une activité commerciale, est gérée selon des normes économiques rigoureuses, qui tiennent compte de l’impact médiatique du message publicitaire, lequel est déterminé par des critères scientifiques de mesure d’audience et de niveau de tirage et de vente des journaux. « En Algérie, la question de l’activité publicitaire est loin d’être structurée, d’autant plus, qu’on ne dispose pas encore d’une loi qui va régir le secteur », constate Said Chabani, enseignant à l’ENSJSI et spécialiste en communication, lors d’une interview accordée à Dziri Magazine.

Le débat se réinstalle à nouveau. Ce sont les patrons de certains organes de presse de lignes éditoriales critiques qui se révoltent contre l’anarchie qui sévit le secteur de la publicité. Puisque ce dernier est parmi les secteurs les plus rentables et qui nourrit les médias. S’exprimant sur les ondes de la radio nationale de la chaîne III, à l’occasion de la journée mondiale de la radio qui a eu lieu le 13 février dernier, le ministre de la Communication, Hamid Grine, a fait savoir que la loi relative à la publicité n’est pas « prioritaire » pour le moment. Il affirme aussi que ce qui lui importe le plus, c’est de professionnaliser le secteur de la presse privée et de l’audiovisuel. Qu’en est-il de la situation ?

Chaînes privées, presse écrite, radio et gestion publicitaire : les grands chantiers de Grine

Face aux chamboulements qui caractérisent le secteur, le ministre de la Communication, Hamid Grine, a du pain sur la planche, car désormais, il a pour mission de redémarrer le moteur de son département. Par ailleurs,  Des dizaines de journaux qui ont vu le jour, depuis l’arrivée du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, et qui sont grassement arrosées par la publicité publique alors que la plupart des journaux privés n’en bénéficient pas ou très peu.

Par ailleurs, la publicité publique, sous l’égide de l’Agence nationale d’édition et de publication (ANEP), qui détient 60% de la gestion du marché et qui brasse des sommes colossales par la même occasion, est gérée dans des conditions anarchiques. Le ministre de la Communication parle d’une désorganisation de l’activité publicitaire » où il suffit d’un registre du commerce pour créer une agence de communication. Il compte sur la nouvelle loi en préparation pour            « mettre fin à cette situation. Désormais seuls les professionnels pourront travailler dans ce domaine ». Pour justifier la disparition de certains journaux, à savoir Algérie News et El-Djazair News, deux quotidiens propriété de H’mida Layachi, M. Grine rassure qu’il ne s’agit pas d’« un traitement politique, mais technique». « De mon point de vue, « Algérie News » ne semblait plus un support viable en termes de marketing pour l’annonceur », assène le ministre, qui ajoute : « L’Anep a ses critères et donne la publicité en fonction de son plan média.» Le ministre affirme encore que la régie publicitaire publique n’est pas sa priorité.               « L’Anep n’est pas une priorité, par contre, la professionnalisation en est une.»

Les medias et les panneaux d’affichages publics, cibles de spots publicitaires

Pour booster la publicité afin de cibler un nombre considérable de consommateurs, les agences privées chargées de gérer le marché de la publicité se sont intéressées aux médias. En effet, les médias et les panneaux d’affichages publics sont devenus, de nos jours, des supports indispensables pour les annonceurs. Conformément au contrat signé avec la wilaya d’Alger, « près de 300 abribus et plus de 150 panneaux d’affichage publicitaire seront implantés à Alger, à travers 38 communes, sur une surface de près de 10 000 m² et pour un montant estimé à environ                      33 millions d’euros », souligne Zakia  B., chargée de communication à la wilaya d’Alger. Lancé en grande pompe, le défi de l’entreprise algérienne « Avenir Décoration » (spécialisée dans l’affichage public) a été finalement relevé. Depuis le lancement de cet ambitieux projet pour la capitale, des centaines de mobiliers ont été installés. Aujourd’hui, le pari est gagné d’autant que plusieurs quartiers d’Alger ont été équipés de nouveaux panneaux d’affichage publicitaire modernes. Ce challenge a été remporté par cette société qui a pour but de promouvoir un affichage qui répond aux attentes des spécialistes (investisseurs et annonceurs), et ce, par la qualité de ses supports et surtout une implantation judicieuse. De leur part, les responsables de la wilaya d’Alger ont déjà affiché leur volonté de lutter et de mettre un terme aux « dépassements » et à l’anarchie qui caractérisaient le secteur du mobilier urbain et l’activité publicitaire.  Il est important de souligner d’autre part, que c’est la première fois qu’une telle action se fait au Maghreb, voire dans toute l’Afrique. Un chantier qui permet aux responsables de la wilaya d’Alger de mieux structurer et d’organiser le secteur de l’affichage public. Ces nouvelles structures publiques d’une qualité supérieure, d’un style urbanistique moderne, d’une esthétique haut de gamme feront d’Alger une capitale digne de ce nom.

Le ministre de la Communication, Hamid Grine, a fait savoir que la loi relative à la publicité n’est pas  « prioritaire » pour le moment

 

Deux avant-projets de lois relatifs à la publicité devant l’APN au printemps

Dans son intervention sur les ondes de la Chaîne III de la Radio nationale, Hamid Grine, ministre de la Communication, a fait état des nouvelles lois devant être promulguées relatives à son secteur, parmi lesquelles figure celle relative à la publicité, dont l’application a été à maintes fois reportée. Considérant que cette dernière n’est pas, à ses yeux,             « prioritaire », Hamid Grine a affirmé que ce qu’il lui « importe le plus », c’est de professionnaliser le secteur de la presse audiovisuelle et la presse privée. Il a annoncé que le projet relatif à son organisation         « est prêt » et qu’il passera devant l’APN au printemps, « peut-être plus tard », ajoutant qu’il n’a pas fixé de date. Il a précisé ensuite qu’il existe en réalité deux avant-projets : le premier relatif à la publicité et le second aux agences de publicité. En ce qui concerne ce secteur d’activité, le ministre a insisté sur le fait qu’il se doit de respecter les règles d’éthique et de déontologie en ne s’adonnant pas à de la publicité politique ni «mensongère». Commentant la révision du statut particulier du journaliste, promulgué en 2008, le ministre a révélé que celui-ci devrait être revu « dans les prochains mois », pour apporter plus de protection à cette corporation « confrontée à la précarité » au niveau des publications privées.

 

Said Chabani

EXPERT EN COMMUNICATION ET EN PUBLICITÉ, PROFESSEUR ASSOCIÉ À L’ENSJSI (ECOLE NATIONALE SUPÉRIEURE DE JOURNALISME ET DE SCIENCES DE L’INFORMATION) 

 « LA NOUVELLE LOI SUR LE MARCHÉ DE LA PUBLICITÉ VA DONNER NAISSANCE À UNE AUTRE FORME DE GESTION »

 

DANS CET ENTRETIEN ACCORDÉ À DZIRI MAGAZINE, SAID CHABANI REVIENT SUR LA PROBLÉMATIQUE DE L’ACTIVITÉ PUBLICITAIRE EN ALGÉRIE. IL EXPLIQUE LES RAISONS DU RETARD DE LA PROMULGATION DE LA LOI DE LA PUBLICITÉ.

Entretien réalisé par : Farid Bouhatta

 Dziri : Le secteur de la publicité en Algérie est loin d’être organisé, quel constat en faites-vous ?

Said ChabaniSaid Chabani : Je crois que s’il y’a une situation sur laquelle tout le monde est d’accord c’est bien la désorganisation de l’activité de publicité en Algérie. Le constat que je fais est évidemment le même, à savoir l’absence d’organisation de ce secteur que ce soit sur le plan juridique que sur celui professionnel.

L’adoption du projet de loi relative à la publicité a accusé un retard flagrant, quels en sont, selon vous, les raisons ?

On ne peut pas à mon avis parler d’un retard flagrant dans la mesure où ça ne peut être le cas que si l’on considère un point de départ précis, en d’autres termes une date précise. En réalité, il se trouve que plusieurs tentatives ont été faites depuis qu’une loi spécifique relative à la publicité a été prévue par l’article 100 de la loi n° 90-07 du                  3 avril 1990 relative à l’information. Au moins une dizaine d’avant-projets a été préparée et n’a pas pu arriver à l’étape de l’adoption par le Parlement. La loi organique n° 12-05 du 12 janvier 2012 relative à l’information, ne contient aucune disposition faisant référence à la publicité. Cela veut dire que la loi relative à la publicité n’est pas liée à la loi organique. Il faut quand même se dire qu’au regard des procédures à suivre, une loi c’est au minimum deux ans de travail dans la plupart des pays du monde. Selon les dernières informations rendues publiques, le travail de préparation de la loi relative à la publicité en Algérie est assez avancé.

Une fois promulguée, comment peut-elle réguler le marché de la publicité en Algérie ?

On ne peut répondre de façon précise à cette question que lorsqu’elle sera promulguée. Je suppose comme toute autre loi, qu’elle va fixer ce qui est permis et ce qui ne l’est pas en matière d’exercice de l’activité de publicité. Elle ouvrira la voie sans doute à la régulation professionnelle de cette activité.

Quelles seront alors, selon vous, les répercussions qui peuvent toucher le secteur privé des médias ?

A priori, il n’y a aucune raison de penser à des répercussions spécialement sur les médias privés. C’est une loi nationale qui va régir l’exercice de l’activité de publicité en général. Je ne crois pas qu’elle puisse contenir une différence quelconque entre le secteur public et le secteur privé en matière d’accès à l’activité et du point de vue des règles à respecter. En d’autres mots, il n’y a aucune raison, encore une fois, de parler de répercussion uniquement sur le privé. Il est évident que la loi va sans doute mettre fin à la désorganisation qui caractérise l’activité de publicité.

L’Anep détient aujourd’hui et c’est le cas d’ailleurs depuis toujours, le monopole de la distribution de la publicité. Comment peut-on expliquer le privilège du secteur public des médias au détriment de celui du privé ?

Il faut préciser que l’Anep ne gère que la publicité relative à la presse écrite et que depuis plusieurs années, elle ne détient que 50 à 60% de ce marché. Il s’agit d’une agence qui gère le budget de publicité de l’Etat.

Quel sera l’avenir des titres de presse, surtout ceux qui ont un déficit de publicité ?

Je ne vois pas pourquoi on peut affirmer qu’ils ne vont pas bénéficier de publicité. Je pense que la loi sur la publicité va tracer le cadre et les règles à respecter par tous. Il faut se dire aussi que la loi ne règle pas tout. Son application doit être accompagnée par des actions de formation et une régulation professionnelle.

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