mardi , 25 avril 2017
Son Excellence Bernard Emié, Ambassadeur de France en Algérie

Son Excellence Bernard Emié, Ambassadeur de France en Algérie

« C’est à la fois une grande fierté et un honneur pour moi de représenter la France en Algérie»

IL EST À LA TÊTE DE LA DIPLOMATIE FRANÇAISE EN ALGÉRIE DEPUIS SEULEMENT QUELQUES MOIS,  ET DÉJÀ, IL REDOUBLE D’EFFORTS AFIN DE RENFORCER LES RELATIONS BILATÉRALES HISTORIQUES QUI LIENT NOS DEUX PAYS. C’EST À DZIRI QUE SON EXCELLENCE, BERNARD EMIÉ, AMBASSADEUR DE FRANCE EN ALGÉRIE, S’EST EXPRIMÉ SUR LES OBJECTIFS DE SA MISSION DIPLOMATIQUE.

Entretien réalisé par Sabrina Aksouh

Bernard Emié, Ambassadeur de France en Algérie 2Dziri : Vous avez été désigné à la tête de la mission diplomatique française en Algérie depuis quelques mois. Quels sont les premiers objectifs que vous vous êtes fixés pour mener à bien cette tâche ?

Son Excellence Bernard Emié,  Ambassadeur de France en Algérie :

C’est à la fois une grande fierté et un honneur pour un ambassadeur de représenter la France en Algérie compte tenu de nos relations exceptionnelles marquées par notre histoire commune, notre proximité géographique d’une densité tout à fait exceptionnelle. Les objectifs sont à la fois simples et ambitieux. Simples dans la mesure où mon action s’inscrit dans la continuité des décisions prises par les deux présidents de la République lors de la visite d’Etat du Président François Hollande ici en décembre 2012. C’est un peu ma feuille de route. Ces objectifs sont donc de mettre en vigueur le partenariat d’exception décidé par nos deux dirigeants. Cela passe par beaucoup de choses. Premièrement, densifier au maximum la relation bilatérale dans tous les domaines. Deuxièmement, nous concerter sur les grandes crises internationales qui affectent la sécurité de la région, notre  stabilité et notre sécurité. Je pense notamment au Mali et à la Libye et je pense aussi à notre combat en commun contre le terrorisme. C’est d’ailleurs l’occasion pour moi de réitérer la reconnaissance des autorités françaises pour la manière dont les autorités algériennes ont géré l’affaire d’Hervé Gourdel. D’abord pour essayer de le retrouver, avant que l’on sache qu’il avait été tué, puis ensuite, pour retrouver son corps, mais aussi pour châtier les assassins. Une autre dimension, qui est tout aussi majeure entre nos deux pays, c’est la dimension humaine. Les relations humaines sont marquées par les échanges qu’il y a entre nos deux pays et par le brassage des populations. Comme vous le savez, la France délivre un nombre de visas en augmentation constante, et donc en 2014 on estime à près de 300 000 le nombre d’Algériens qui se sont rendus en France. A l’inverse, 120 000 Français au moins se sont rendus en Algérie au cours de la même année. Cela représente un échange tout à fait exceptionnel entre les populations de nos deux pays, ce qui crée entre l’Algérie et la France une relation égale à nulle autre.

Quels sont les projets que vous avez l’intention de mettre en œuvre ou bien sur lesquels vous travaillez déjà pour entretenir et resserrer les relations bilatérales, qu’elles soient économiques, politiques ou encore culturelles,  entre la France et l’Algérie ?

Nous avons d’abord des rencontres ministérielles extraordinairement fréquentes. Ces réunions sont l’occasion de signer des accords, de travailler sur des projets et de porter notre relation à des niveaux encore plus importants. Sur le plan économique, nous sommes au premier rang des partenaires de l’Algérie. Nous sommes ainsi le premier investisseur hors hydrocarbures, et par ailleurs notre part de marché est de plus de 10%. De même, nous avons beaucoup de projets dans ce que l’on appelle la co-localisation et la coproduction. Parmi les grands projets sur lesquels je travaille, il y a donc naturellement la dimension économique avec l’aboutissement du projet de l’usine Renault près d’Oran, à Oued Tlelat. Un autre projet très structurant, c’est celui des transports dans lequel nous sommes ici montés en puissance. Une usine de rames de tramways à Annaba, construite  par Alstom, devrait être inaugurée au mois de mai dans le cadre d’une visite ministérielle. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la France a donné le signal, pour, au fond, produire et coproduire en Algérie les produits qu’elle vend ici et pas seulement les importer. Ce qui veut dire : créer de la valeur ajoutée, créer des emplois, créer de la richesse pour l’Algérie tout en ayant pour nous un rayonnement international et aussi un intérêt pour nos entreprises.

Il y a 2 ans, le site gazier de Tiguentourine à In Aminas a été le théâtre d’une violente prise  d’otages. Le groupe de ravisseurs qui venait selon les autorités de Libye, a poussé l’Algérie à renforcer la défense de ses frontières, d’autant plus que la situation sécuritaire n’a cessé de s’y aggraver depuis lors.  Qu’en est-il  de l’engagement de la France en ce qui concerne la crise que connaît la Libye et qui peut engendrer de graves répercussions sur la situation sécuritaire, au demeurant assez instable, de la région ? Y a-t-il, ou y aura-t-il coopération en ce sens avec L’Algérie, pays frontalier de la Libye ?

Bernard Emié, Ambassadeur de France en Algérie 3

Sur toutes ces questions qui sont assez sensibles, je pense qu’il faut mesurer qu’il y a entre Paris et Alger une analyse commune sur la gravité de la situation en Libye et les risques qui sont liés à la déstabilisation de ce pays et à sa fragilisation. Comme vous le savez, le Secrétaire général des Nations unies a désigné un représentant spécial en la personne de l’ancien secrétaire d’Etat espagnol Bernardino Leon, qui doit avoir le rôle central afin de canaliser tous les efforts de la communauté internationale. Vous avez sur la Libye aujourd’hui toute une série de discussions qui ont lieu sous la coordination de l’envoyé spécial des Nations unies. Parmi ces discussions, il y a eu récemment un round à Alger entre les partis politiques. Cela a été une session très importante et très utile, qui s’inscrit dans une série de rencontres pour permettre d’aller vers ce processus politique qui doit à son tour, nous l’espérons, conduire vers l’établissement d’un gouvernement d’union nationale. Dans ce contexte, tous les efforts conduits par l’Algérie, au titre de pays voisin de la Libye, comme au titre de l’appui au Secrétaire général des Nations unies, sont des efforts bienvenus, importants et que nous soutenons.

En ce qui concerne le Mali, un processus politique, sous l’égide d’une facilitation coordonnée par l’Algérie, a été entamé. Nous sommes donc parvenus un accord, paraphé le 1er mars dernier par la majorité des groupes  maliens avec le Gouvernement malien. Nous sommes en phase avec Alger pour poursuivre les efforts et aller de l’avant afin que toutes les parties dont la Coordination des mouvements de l’Azawad paraphent l’accord.

Qu’en est-il de la réunion concernant l’indemnisation des victimes algériennes des essais nucléaires français au Sahara algérien qui a été  décidée en décembre dernier lors de la 2ème session du Comité intergouvernemental de haut niveau ? Une date a-t-elle été fixée ?

En décembre 2012, lors de sa visite d’Etat, le Président François Hollande a souligné que les conséquences de ces essais nucléaires sont pleinement assumées et prises en compte par l’Etat français qui agit en toute transparence. D’abord,  nous avons déclassifié certains documents confidentiels. Ensuite, nous sommes pleinement déterminés à appliquer une loi qui a été votée en France le 5 janvier 2010 et qui a pour objectif de faire en sorte que les victimes de ces essais ou leurs ayants droit puissent faire valoir leurs droits en la matière, conformément à un  dispositif que l’on a mis en place pour indemniser ces personnes. Ce dispositif est valable pour les Algériens, pour les Français et pour tous ceux qui s’estiment avoir été victimes, afin qu’ils puissent présenter leur dossier au comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires, qui est une autorité administrative indépendante du Gouvernement.

L’Algérie et la France se sont engagées, lors de la 2ème session du Comité intergouvernemental de haut niveau qui s’est tenue à Paris en décembre dernier, à examiner un accord sur la facilitation de la circulation des personnes entre les deux pays, qu’en est-il ressorti ? Quelle est la nature de ces facilitations ?  Les récents et tragiques évènements de Charlie Hebdo,  qui ont secoué la France vont-ils avoir un impact quelconque sur cet accord ?

Je vous répondrai d’abord en soulignant que les événements de Charlie Hebdo ont permis de ressentir la solidarité des autorités algériennes mais aussi du peuple algérien. Nous avons été très Bernard Emié, Ambassadeur de France en Algérie 4sensibles au fait que le président de la République ait adressé un message très chaleureux de condoléances et de sympathie au Président français. En réalité, ce terrible événement nous a permis de renforcer nos liens d’amitié et de solidarité. Nous avons également été très soucieux d’éviter toutes les tentatives d’amalgames, toutes les simplifications et les confusions entre l’appartenance à une religion et le terrorisme. Quant à un éventuel impact négatif sur les perspectives d’accords sur les jeunes actifs : la réponse est « non ». C’est un accord qui a sa propre logique. L’objectif est de mettre en place un accord qui permet aux jeunes actifs, selon un contingent déterminé, de s’installer sur le territoire de l’autre pays pour quelques années afin d’approfondir leurs connaissances professionnelles, linguistiques, culturelles, mais aussi d’acquérir une expérience professionnelle pour les jeunes français dans des entreprises implantées ici en Algérie, et pour les Algériens dans des entreprises algériennes implantées en France. Il y a donc une négociation en cours qui, on l’espère, aboutira bientôt.

En ce qui concerne les partenariats économiques,  comment comptez-vous encourager  les investissements français en Algérie, surtout que la France a perdu, depuis  2013, sa place de 1er fournisseur au profit de la Chine et qu’elle est talonnée de près par des pays tels que la Turquie ?

Notre stratégie est premièrement de faire venir de grands groupes dans le cadre de processus de co-localisation à l’image de Renault, Bel et Sanofi, pour créer ici de la richesse et de la valeur ajoutée, avoir des taux d’intégration qui augmentent, et aller un jour à l’assaut de marchés d’exportation, notamment africains, au départ d’Alger. Deuxièmement, saisir toutes les opportunités qui se présentent en fonction des priorités algériennes et aussi des secteurs d’intérêt stratégique pour nous. Troisièmement, convaincre les PME françaises de travailler davantage avec l’Algérie, car elles ne sont pas encore suffisamment présentes, même s’il y a aujourd’hui en Algérie près de 500 entreprises françaises déjà installées.

En novembre dernier, UBIFrance a organisé le 2ème colloque algéro-français sur l’information géographique. Qu’est-il ressorti de cette rencontre ? Et quels sont les intérêts dont a bénéficié l’Algérie en ce sens ?

Ce qu’on appelle aujourd’hui Business France et que l’on  appelait avant UBIFrance est le service commercial de l’Ambassade. Il est à présent chargé également d’attirer les investissements étrangers en France. Globalement, il sensibilise les entreprises françaises et spécialement les PME sur les opportunités de partenariats commerciaux avec des acteurs économiques algériens. Pour vous donner un chiffre, en 2014, ils ont réalisé 435 accompagnements d’entreprises françaises. Ils ont aussi participé à de très nombreuses opérations collectives comme la seconde rencontre sur l’information géographique.

Business France a organisé ce colloque en liaison avec l’Institut National algérien de Cartographie et de Télédétection,  l’Association française pour l’Information Géographique et le Conseil Algérien de l’Information Géographique. Les résultats sont très encourageants. Premièrement, 12 entreprises françaises y avaient participé, dont 3 ont déjà conclu des accords de partenariats, 5 ont obtenu une commande et 4 ont entamé des négociations. Preuve que ce genre de séminaires, de workshops, avec des rencontres B 2 B, ont des résultats effectivement très positifs et très rapides. Pour l’Algérie, tous ces contacts devraient permettre d’initier des actions devant aboutir à la mise en place d’un nouvel environnement réglementaire, d’améliorer la formation et de favoriser les transferts de savoir-faire dans les nouvelles tendances complexes de l’information géographique.

En ce qui concerne les activités culturelles et universitaires de Campus France, va-t-il y avoir des nouveautés dans les programmes d’études proposés par les universités françaises ainsi que des facilitations pour l’obtention  de visas étudiants long séjour ?

Chaque année, de nouveaux cursus sont proposés. Les étudiants algériens en France sont au nombre de 23 000. L’Algérie est en France la 3e nationalité en termes de provenance des étudiants étrangers qui viennent étudier chez nous. Là aussi c’est un nombre en constante augmentation. Nous nous adaptons aux évolutions de la société, aux évolutions du marché de l’emploi, aux évolutions de la demande. Ces espaces Campus France se mobilisent de manière très spectaculaire pour accompagner et orienter les étudiants. Ils les aident à structurer leurs projets. Quant aux visas, ils sont accordés aux étudiants ayant élaboré un projet d’études cohérent en France.

tac au tac :

Votre livre de chevet ?

Il y en a beaucoup. Mais si je dois n’en citer qu’un, se serait les Mémoires du Général De Gaulle. D’abord parce que j’habite la Résidence des Oliviers qui porte l’empreinte du Général, puisque c’est le lieu d’où il dirigea la France Libre entre Juin 1943 et Août 1944. Ensuite parce que c’est l’homme qui a rendu à la France sa dignité et sa force et qui en a fait la grande puissance qu’elle n’a jamais cessé d’être depuis le second conflit mondial. Enfin, quand vous êtes haut fonctionnaire, c’est sûrement le Président de la 5e République qui est le plus admiré par tout le monde.

La personne qui vous a le plus inspiré dans votre vie ?

C’est une question compliquée. Il n’y a pas qu’une seule personne, mais il y a toujours l’exemple du père. C’est donc mon père qui m’a le plus inspiré. Quand je l’ai perdu, j’étais assez jeune, donc effectivement je le garde dans ma mémoire et dans mon cœur à chaque instant.

Votre genre musical et votre interprète préférés?

J’aime bien tout simplement soit la musique classique dans sa globalité, soit les interprètes de chansons françaises, de George Brassens à Jacques Brel, en passant par Jean Ferrat pour qui j’ai une tendresse toute particulière. J’aime aussi beaucoup George Moustaki et Léo Ferré.

Le film que vous avez vu et revu plusieurs fois ?

J’aime beaucoup les films de Claude Sautet. Je peux vous en citer deux ou trois, depuis les « Choses de la Vie » jusqu’à « Vincent, François, Paul… et les autres ». J’aime les films de Claude Sautet, parce qu’ils sont très révélateurs d’une certaine France, de ces trente glorieuses, les années De Gaulle, Pompidou et Giscard.

Le voyage que vous souhaitez refaire et avec qui ?

Ca serait sûrement de revenir vers le Tassili du Hoggar, de retourner au pèlerinage du père de Foucault à L’Assekrem où je me suis rendu en 1986, et d’y emmener mon épouse qui ne connaît pas cet endroit.

Votre plat préféré et celui que vous réussissez le mieux,  si toutefois vous cuisinez ?

Non, je ne sais pas bien cuisiner, je ne vais donc pas vous parler des œufs au plat ou des pâtes que je fais pour survivre si je suis seul ! En revanche, j’aime bien la bouillabaisse et le couscous !

La voiture que vous souhaiteriez conduire ? 

Honnêtement, je ne suis pas féru de voitures, mais ça serait une vieille DS sur des routes goudronnées, peu importe que ça soit en Algérie ou en France.

Qu’est ce qu’Alger vous inspire ?

Alger m’inspire la lumière, la sérénité et la beauté de la Méditerranée. Je trouve qu’Alger est une très belle ville. Je trouve que le mariage entre les styles architecturaux de cette ville est un mariage heureux. L’accumulation des styles, dans une ville qui a été bien préservée et qui mérite d’être réhabilitée et valorisée, en fait un bijou architectural de la Méditerranée.

Les commentaires sont fermés.

Revenir en haut de la page