vendredi , 26 mai 2017
Zakaria Ramdane

Zakaria Ramdane

producteur de cinéma

« Algérie pour toujours est le reflet de notre patriotisme »

APRÈS QUE SON DERNIER FILM AIT FAIT SALLE COMBLE AUSSI BIEN À ALGER QU’À ORAN, VILLE OÙ IL A D’AILLEURS ÉTÉ TOURNÉ, ZAKARIA RAMDANE S’EST CONFIÉ À DZIRI SUR SA PREMIÈRE EXPÉRIENCE EN SA QUALITÉ DE PRODUCTEUR, MAIS SURTOUT EN TANT QUE PRÉCURSEUR DU FILM D’ACTION ALGÉRIEN, VU QU’IL EST LE PREMIER À L’AVOIR LANCÉ EN ALGÉRIE. INTERVIEW DE CE JEUNE PASSIONNÉ.

Propos recueillis par : Sabrina Aksouh et Billel Boudj

 

Zakaria Ramdane 2Dziri : Pour la sortie de votre premier long métrage en tant que producteur, vous avez choisi de vous lancer dans le film d’action, une première en Algérie. Cela ne représente-t-il pas une prise de risque pour vous ?

Zakaria Ramdane : Je ne vois pas où est le risque, parce qu’en tant que producteur, je fais appel à des professionnels. Mon entreprise a 10 ans d’expérience dans le domaine. Mon rôle de producteur c’est de lever des fonds, je ne suis pas réalisateur. De plus, c’est un film d’action et pas un film d’auteur, c’est donc le spectacle qui est privilégié avant tout.

Justement, qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans le film d’action ?

Je suis champion du monde des arts martiaux, je suis même homologué dans le Guinness Book des records pour avoir cassé 31 planches en 38 secondes, je suis d’ailleurs le premier algérien à y figurer. Je suis également cascadeur de par mon expérience en France. Je me suis entouré de grands professionnels du monde des arts martiaux et de grands cascadeurs. C’était donc évident pour moi de faire un film d’action, d’autant plus que l’on n’a jamais vu ça en Algérie.

Qu’avez-vous retiré de cette première expérience en tant que producteur ?

Un film reste avant tout une œuvre d’art. La critique peut l’aimer comme elle peut le détester. Avec mon équipe, nous avons réalisé une création, je suis donc confiant par rapport au résultat. Je n’ai pas fait un film pour concourir dans des festivals et espérer en tirer des récompenses. J’ai fait un film pour les jeunes algériens, puisque moi, en tant que jeune algérien, j’aime les films d’action. Quelque part, je dois vous avouer que je suis déçu par le cinéma algérien.

N’est-ce pas plutôt une manière pour vous de vous affirmer un peu plus dans le métier en y laissant votre empreinte par cette première production dans le film d’action ?

Non, ce n’était pas vraiment le but. Mon intention était de faire un bon film qui resterait longtemps dans les annales du cinéma algérien, et j’espère sincèrement qu’il va le rester. La preuve en est que l’événement a drainé beaucoup de monde. Je crois que ne n’avions pas vu un tel engouement de la part du public depuis la sortie du dernier film de l’Inspecteur Tahar, il y a longtemps déjà. Ma satisfaction et ma fierté ont été de constater qu’il y a eu foule aux portes du cinéma le jour de la première, ce qui est tout de même assez rare de nos jours. En dépit d’une bonne opération de communication et publicité, certains autres films n’ont pu drainer qu’une infime poignée de personnes, si l’on en juge par des salles de projections désespérément vides.

Est-ce une bonne publicité ou tout simplement la curiosité qui est à l’origine de cet engouement ?smaine

Déjà, j’ai essayé de faire les choses dans les normes, et pour cela, il faut avant tout disposer d’un bon film. Dans Algérie pour toujours, il y a de l’action certes, mais également de l’humour. Il y en a marre des histoires qui ne parlent que de problèmes de société, avec des larmes, des divorces, des morts…etc. et qui plus est, mal faites.  Je ne vois sincèrement pas l’intérêt de dépenser des milliards pour un film qui attirera à peine 600 personnes lors de l’avant première, avant de passer à la trappe. J’ai amené Tison, même s’il n’apparaît que 2 minutes dans le film, mais c’est un gros coup de buzz pour nous. C’était important pour faire connaître le film un peu partout à travers le monde. Mike Tison dans un film algérien, ça attire.

En parlant de ce dernier, comment avez-vous réussi le coup de maître de le convaincre d’accepter un rôle dans votre film ?

Je dois vous confier que ce fut extrêmement difficile de le convaincre, parce que les Américains sont très compliqués. Il faut jouer des relations pour pouvoir arriver à prendre contact avec la personne. On doit passer par plusieurs agences, un manager, l’ami de l’ami d’un tiers. Ce sont tout autant d’intermédiaires pour réussir à l’aborder. Déjà, une star américaine, rien que pour la convaincre de lire un scirpt, il faut débourser environ de 50.000 $. Cela ne vous garantit pas pour autant qu’il acceptera par la suite le rôle qui lui est proposé. Heureusement pour nous, nous n’avons pas eu à subir ce parcours du combattant, puisque nous disposons de certaines connaissances dans le monde des arts martiaux auquel nous appartenons. Les négociations on duré environ 5 mois.

film deZakaria RamdaneEnvisagez-vous de vous mettre derrière la caméra ?

 

 

 

 

Pour moi, réalisateur est un métier à part entière, il faut donc que j’en apprenne tous les rouages. Je ne peux pas me lancer dans une carrière de réalisateur du jour au lendemain, ce n’est même pas une ambition que je nourris. Peut-être un jour, mais pour le moment, je n’y pense pas.

Ne pensez-vous pas que le thème de l’OAS soit un risque qui pourrait vous nuire ?

L’OAS fait partie de l’histoire de l’Algérie, nous n’avons rien inventé. De plus, nous n’en parlons que vaguement dans le scénario. Nous avons tenté d’imaginer un méchant ainsi que le personnage d’un héros algérien, pour prendre le contre-pied des films américains, où l’archétype même du terroriste est un arabe. On a donc souhaité changer la tendance en attribuant le rôle de héros aux arabes et celui de méchant aux étrangers. Pour ce faire, on a cherché un peu, on a donc exhumé l’OAS des tréfonds de l’histoire, avec le fils de pieds noirs qui veut revenir en Algérie. C’est ainsi que nous avons créé le personnage d’un ancien de l’OAS que se trouve à la tête d’une organisation terroriste qui cherche à commettre des attentats pour revendiquer « l’Algérie française ».

Sommes-nous donc en train d’assister à la naissance d’une saga à la sauce algérienne, où le héros n’est autre que le personnage de Jawed ?

Non, nous ne comptons pas nous figer sur le personnage de Jawed. Nous continuerons à faire des films d’action basés sur le patriotisme selon le modèle américain.

On parle d’un budget faramineux de 4 millions de dollars. Est-ce vrai ?

Oui, tout à fait. Il faut savoir qu’un film comme celui là, avec tous les effets spéciaux, les hélicoptères, les cascades et les chorégraphies, s’élèverait à quasiment 10 millions de dollars en France pour ne citer que ce pays. Il nous a pris plus de six mois de travail et d’entraînements intensifs.

Entre les cours de tirs pour Lorie, le stage de trois mois que j’ai fait faire aux cascadeurs algériens et toutes les autres dépenses, je peux vous dire que la somme est largement justifiée.

Quelle est l’origine de cet argent ? Avez-vous perçu une aide financière de la part du ministère de la Culture ?

Non je n’ai perçu aucune aide de la part du ministère de la Culture, pour la simple et bonne raison que mon scénario a été rejeté par la commission chargée de son étude. Ceci dit, je ne compte pas lâcher le morceau. Pour répondre à votre question, je vous dirai que ça fait un moment que je travaille, ma société a 10 ans d’existence et comme j’ai énormément exercé en tant que cascadeur, j’ai gagné un peu d’argent en France. J’ai également fait mon travail de producteur, à savoir réunir des fonds en convaincant des investisseurs de placer de l’argent dans le film. Mais plus que tout, avant de commencer le tournage, j’avais déjà un distributeur. Il faut savoir que lorsque l’on à sa disposition un distributeur capable de distribuer le film à travers le monde, c’est déjà un précieux sésame, ce qui limite considérablement les risques et donc les dégâts, puisqu’il sera vendu aux chaînes télé, il sortira aussi bien en salle qu’en VOD et en DVD. Ça devient donc un business et comme dans chaque business il y a toujours un risque, on essaye donc de vendre le produit le plus possible.

Combien auront coûté les cachets de certains acteurs, comme Smaïl, Lorie ou encore Mike Tyson ?

Par souci de confidentialité, je ne puis vous révéler les montants des cachets des acteurs du film. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’ils sont vraiment très raisonnables, ce sont des cachets standards dans les normes de ce qui se fait dans le cinéma.

« Le titre « Algérie Pour Toujours » respire le patriotisme, c’est pourquoi nous l’avons choisi. »

Que vous a rapporté la projection de ce film ?

Je dois vous avouer qu’on ne gagne pas d’argent dans les projections de films en Algérie, contrairement à ce que l’on pourrait penser.  Je viens de mettre en place un système de plusieurs projections par jour, avec une programmation et une communication qui n’existaient pas auparavant. La majeure partie des film algériens sont produits et financés par le ministère de la Culture qui y consacre un budget et fait une avant-première, ça s’arrête là. Le producteur ne fera donc pas l’effort de faire de la communication, de vendre ou de distribuer le film.

Dans combien de pays sera-t-il distribué ?

Algérie pour Toujours est distribué partout dans le monde. J’ai des contrats avec le Maroc, le Sénégal, la France, l’Espagne, la Grèce, la Russie et la Chine. Dans certains pays, le film sera projeté en salle, alors que dans d’autres, il sera vendu à des chaînes de télé. Il sera donc distribué un peu partout, mais ça prendra du temps, environ deux ans. Il est déjà projeté en France, puisqu’il est sorti à la même date.

Pourquoi avoir choisi la ville d’Oran plutôt qu’une autre ?

Tout d’abord, parce que je suis d’Oran, même si je n’en suis pas originaire, étant de père algérois et de mère tlemcenienne, j’y vis, j’y ai établi mes bureaux et ça coûte moins cher que de se déplacer vers Alger. A cela s’ajoute le fait que c’est plus simple de tourner à Oran, puis au niveau de la capitale tout est saturé, il y a des agents de l’ordre partout et c’est compliqué, je ne vous apprends rien. Il y a également à Oran, le Fort de Santa Cruz qui tient une place importante dans le film.

Comment s’est fait le choix du casting ?

C’est simple, je voulais faire un mélange : Smaïl parce que c’est un Algérien qui jouit d’une certaine célébrité, Lorie parce qu’elle a une grande notoriété en France, c’est une personnalité qui a de nombreux fans. Grâce à elle, le film se vend mieux, puisqu’il n’est pas vraiment évident de vendre un film algérien ou arabe en France, il subirait fatalement un boycott. Grâce à la participation de Lorie, de nombreuses grandes chaînes de télévision françaises, ont parlé du film. Si j’avais été seul, les portes seraient restées closes. Quant à l’engagement de Tyson, c’était pour donner une dimension encore plus internationale au film.

Pourquoi avoir choisi le titre Algérie Pour Toujours  ?

Tout simplement parce que ce titre respire le patriotisme.

Nous avons du mal à suivre les motivations des personnages principaux Jawad et Slimane, on y sent une certaine discontinuité, était-ce volontaire ?

Bien sûr. C’était le souhait du réalisateur. Au début, on est dans le spectacle, c’est pour cela que l’on ne comprend le film qu’à la fin. Mon but était de faire évoluer des comédiens algériens dans une ambiance américaine.

La sortie de votre film intervient à la veille de la commémoration du 19 Mars 1962. Est-ce une coïncidence ?

Absolument pas. La date de sortie du film est symbolique pour moi, puisqu’il s’agit de la date des Accord d’Evian qui ont marqué la fin de la guerre et l’indépendance de l’Algérie. Par rapport à l’histoire du film, il était évident que nous devions marquer le coup par pur patriotisme, mais malheureusement, il est passé inaperçu pour la plupart des gens.

Avez-vous d’autres projets ?

Je suis sur un nouveau projet, un film d’action toujours, mais en mieux, à savoir plus élaboré, mieux étudié aussi. On essaye toujours de s’améliorer, de faire mieux que la fois précédente. Pour mon prochain film, on envisage donc une autre grande star américaine, mais également une star égyptienne, une star marocaine et toujours plus de stars algériennes.

« Je dois vous avouer qu’on ne gagne pas d’argent dans les projections de films en Algérie, contrairement à ce que l’on pourrait penser. »

 

 

dzeriet cinémathequetac au tac :

Votre livre de chevet ?

Je ne lis que très rarement parce que j’ai du mal à le faire. Je suis en fait dyslexique et je n’ai pas honte de l’avouer, même si je suis diplômé de l’Ecole du Louvre.

La personne qui vous a le plus inspirée dans votre vie.
Je dirai, sans l’ombre d’un doute, mes parents.

Le film que vous avez vu et revu le plus souvent et qui vous a beaucoup ému.

Alors là, je ne saurai vous répondre. Je ne regarde que très peu de film. Je ne suis pas cinéphile

Votre plat préféré ou celui que vous réussissez, si toutefois vous cuisinez ?

Non je ne sais pas cuisiner et non je n’ai pas de plat préféré, je mange de tout… (rires).

L’acteur que vous souhaitez avoir dans l’une de vos productions ?

Robert De Niro.

Algérie pour toujours

 Le spectacle avant tout

LE 18 MARS DERNIER EST SORTI LE PREMIER LONG-MÉTRAGE PRODUIT PAR ZAKARIA RAMDANE, « LES PORTES DU SOLEIL : ALGÉRIE POUR TOUJOURS », UN FILM QUI FERA SÛREMENT DATE DANS L’HISTOIRE DU CINÉMA ALGÉRIEN.

Par : Bilel Boudj

 Une superproduction made in Algeria

les portes du soleilQuand une véritable superproduction locale est mise en route, on doit d’abord prendre la chose au sérieux, « Algérie Pour Toujours », titre aux élans patriotiques à destination du spectateur, est l’archétype même du film d’action à gros budget. Contrairement à ce que l’on aurait pu penser, ce film n’est pas américain, il est 100% algérien, né de

l’inspiration d’un homme : Zakaria Ramdane.

Une bande-annonce qui se veut alléchante, un personnage charismatique qui vole au secours de la mère patrie, mais surtout de la ville qui l’a vu naître, Oran. En effet, celle-ci risque de connaître des heures sombres, sous la coupe d’un sinistre personnage, Slimane, campé par Smaïn Faïrouze, aidé dans son œuvre de machiavélique par Lorie Pester, l’idole des lolitas, méconnaissable en brune ténébreuse, qui interprète le rôle de sbire merveille.

Un film d’action algérien, une première ! Un long métrage qui, grâce au génie de son initiateur, se veut un  miroir du pays. Entre le show à la sauce hollywoodienne, des cascades et des combats en veux-tu en voilà, le scénario n’est qu’un fil conducteur pour amener de l’action, mettant en évidence un savoir-faire qui a pris deux longues années à voir le jour.

Bien entendu, il ne faut pas juger le film uniquement sur le fond, car la forme est tout aussi importante. Un budget colossal, on parle de 4 millions de dollars tout de même ! Des champions du monde d’arts-martiaux, une figure légendaire de la boxe en la personne de Mike Tyson, assurent le show dans une ville baignée sous le soleil de la Méditerranée, Oran en l’occurence.

Une date de sortie historique

La production a donc choisi le 18 mars, date historique qui a marqué la signature des accords d’Evian géniteurs de l’indépendance de l’Algérie. Il faut dire que pour l’occasion la foule n’a pas manqué d’être au rendez-vous. Le public algérois et oranais est ainsi venu en force pour encourager un film qui se veut d’une envergure internationale. Sa sortie en salle est d’une certaine manière une victoire, puisqu’il ne s’agit pas d’un simple long métrage dans la lignée des traditionnelles comédies algériennes. Non, Algérie pour Toujours est là pour prouver qu’une industrie cinématographique d’un genre nouveau est possible même en Algérie.

On peut toujours chipoter sur le scénario, quelque peu bancal certes, il n’en reste pas moins que, pour une fois, les salles de cinéma étaient pleines d’un public friand de spectacle grandeur nature qui vient apprécier à l’américaine, tout en restant algérien.

Qu’on se le dise,  Algérie Pour Toujours  est le premier véritable film algérien distribué de façon industrielle en Algérie et dans le monde, qui n’a nécessité aucun financement étatique. Une production locale élaborée sur des fonds exclusivement privés, un investissement qui dépassera les frontières pour nous faire dire que finalement, l’Algérie possède, elle aussi, un potentiel cinématographique.

Des messages patriotiques, il y en a toujours eu dans le cinéma, Algérie Pour Toujours ne semble pas vouloir déroger à la règle, on s’installe devant l’écran pour profiter d’un spectacle, d’une suite de combats et de cascades à couper le souffle alors, profitons du divertissement.

Les commentaires sont fermés.

Revenir en haut de la page