vendredi , 26 mai 2017
Après des années de divisions

Après des années de divisions

L’opposition fait front commun

APRÈS DES ANNÉES DE DIVISIONS, L’OPPOSITION ALGÉRIENNE S’EST FINALEMENT RÉUNIE. CELA S’EST PRODUIT À L’OCCASION DES ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES D’AVRIL 2014. ET LES CHOSES N’EN RESTENT PAS LÀ, PUISQU’UNE ANNÉE APRÈS LE SCRUTIN PRÉSIDENTIEL, LES RÉUNIONS ENTRE LES LES PARTIS REGROUPÉS AUTOUR DE LA COORDINATION POUR LES LIBERTÉS ET UNE TRANSITION DÉMOCRATIQUE (CLTD) SE TIENNENT TOUJOURS. ET DES RENDEZ-VOUS SONT DÉJÀ PRIS POUR L’AVENIR.

Par : Nesma Aghiles

Tout a commencé par des rencontres entre quelques partis, dont les orientations idéologiques sont différentes. Ainsi, pour la première fois depuis l’avènement du multipartisme, en 1989, des partis laïcs se rencontrent, sans préalables ni tabous avec des partis islamistes. Ils discutent de tout. Y compris de l’avenir.

Petit à petit, les contours de l’opposition se dessinent et les barrières qui s’étaient érigées entre ces formations sont tombées. Le groupe, constitué au début du MSP (Mouvement de la société pour la Paix, islamiste) et du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie, laïc) s’est élargi. Un grand nombre de formations et de personnalités politiques, se sont joints au premier noyau. Une force est née. « De partenaires, nous sommes devenus de vrais amis », résume ainsi Aberrezak Makri, président du MSP.

Surprise par autant de rapprochements pour le moins insolites, l’opinion publique se pose des questions. Comment peut-on réunir autour d’une même table Mohcine Belabbas du RCD, Abderrezak Makri du MSP et Abdellah Djaballah d’El-Adala ? Une « alliance » entre ces partis est-elle possible ?

En guise de réponse, les promoteurs de cette initiative ont rétorqué que « ceci n’est pas une alliance », mais, juste une manière de se connaître et de bâtir quelque chose ensemble pour le bien de l’Algérie. « Si comme si vous demandez aux joueurs de jouer au football alors qu’il n’existe ni stade, ni règles ni arbitre. Mettons en place ces règles de jeu, puis on pourra jouer chacun de son côté », explique le président du MSP, Abderrezak Makri. « Sans une véritable compétition politique, on ne peut pas savoir réellement qui pèse sur la scène politique nationale », tempête, de son côté, le jeune président du RCD, Mohcine Belabbas. Et par règles, ce dernier désigne la revendication de l’opposition qui consiste en la création d’une commission indépendante de surveillance des élections. La CLTD regroupe le RCD, le MSP, Jil Jadid, El-Adala, Nahdha et l’ancien premier ministre, Ahmed Benbitour.

Pour ne pas en rester là, l’opposition s’est élargie. Des rencontres ont été organisées entre d’une part la CLTD et de l’autre les proches de l’ancien premier ministre, Ali Benflis. Ce dernier a fondé, après la fin du scrutin présidentiel, le « pôle » des Forces du changement. Ce groupe réunit plusieurs partis politiques nouvellement créés. Il s’agit, entre autres, du FDS de Noureddine Bahbouh, du Front de l’Algérie Nouvelle de Djamel Benabdesselam et d’El-Islah.

Constituer une alternative

La jonction entre les partis de la CLTD et les proches de Benflis a donné lieu à la conférence nationale de l’opposition qui s’était tenue en juin 2014 à l’hôtel Mazafran de Zeralda. « La rencontre restera historique », disent certains. « C’est la première fois que les leaders de l’opposition se rencontrent malgré leurs couleurs politiques », se réjouit le politologue Ahmed Adhimi.

Ainsi, lors de cette conférence, toute l’opposition s’est exprimée. Même les dirigeants du Front islamique du salut (FIS-dissous) étaient là. Tous ont exprimé leurs positions, contenues dans la fameuse plateforme de Zeralda. Ce document, qui a été enrichi par la suite, recommande entre autres que chaque parti qui arrive au pouvoir doit respecter le « caractère républicain de l’Etat », accepter de parvenir au pouvoir par le biais d’élections, respecter les minorités et, bien entendu, s’abstenir de tout usage de la violence. Il envisage également de sanctuariser le pays de tous dérapages politique ou militaire. Le texte prie l’armée de rester en dehors du jeu politique. Autrement dit, le minimum politique.

Cette conférence de Mazafran a donné au pays un espoir nouveau. Rejetées par le pouvoir, les propositions de l’opposition trouvent désormais échos auprès de la classe politique. Cette dernière conforte de plus en plus son unité.

L’opposition s’élargit

La conjonction entre tous les présents à la Conférence de Mazafran a poussé à la création d’une nouvelle entité encore plus large. Ainsi, est née l’Isco (Instance de suivi et de coordination de l’opposition). Elle regroupe les animateurs de la CLTD et les partis et personnalités qui satellisent autour de Ali Benflis. Cette nouvelle instance a donné lieu à un document historique : l’appel du Premier-Novembre.

Elaboré à l’occasion de la célébration de l’anniversaire du déclenchement de la guerre de libération, le document se veut d’une portée historique. Comme celui qui été rédigé 60 ans plus tôt, le document de novembre 2014 s’adresse au peuple algérien « détenteur de la souveraineté ». Ce texte interpelle directement le peuple en lui rappelant qu’il est le dépositaire de la souveraineté.

Les partis et personnalités de l’opposition se sont retrouvés, plus tard, à diverses occasions. A commencer par l’organisation de conférences thématiques dans plusieurs régions du pays. Ils ont même organisé une manifestation publique le 24 février dernier pour protester contre l’exploitation du gaz de schiste.

Pour donner un nouveau souffle à ces regroupements de l’opposition, un grand Congrès se prépare pour le mois d’avril. Il a pour ambition de rassembler un maximum de forces en vue de prémunir le pays d’éventuels dérapages. Ces partis politiques et personnalités veulent également constituer une alternative sérieuse au pouvoir actuel. Ils entendent ainsi se tenir prêts à assumer les hautes responsabilités au cas où la nécessité se ferait sentir. Résisteront-ils longtemps ?

Ils ont dit

Mohcine Belabbas, président du RCD

« Notre action est historique »

Mohcine BelabbasUne des premières personnalités à participer à la création de la CLTD, Mohcine Belabbas, est resté lucide. Le président du RCD, qui a souvent été contraint de répondre à des questions de journalistes sur le sujet de l’opposition, estime que le fait est «unique». « Il est important de signaler de prime abord que c’est la première fois en Algérie que des personnalités et des partis politiques de différentes obédiences ont décidé de se regrouper pour des objectifs bien précis. Avant l’élection du 17 avril, le but était de coordonner nos actions pour le boycott du scrutin présidentiel. Durant cette période, nous avons organisé des actions concrètes », indique le président du RCD à El Watan.

Pour le président du RCD, le bilan de l’opposition est plus que positif. « Le bilan de cette expérience est plus que positif puisque les objectifs fixés à cette initiative ont été largement atteints. (…) Nous avons élaboré un certain nombre de résolutions, notamment la création d’une instance de suivi et de coordination de l’opposition, installée moins de trois mois après ».

A la question de savoir si cette initiative n’a pas échoué, le jeune responsable politique réplique que « nous sommes en période de sensibilisation à travers des actions que nous menons ensemble à travers les différentes wilayas du pays. Il y a aussi les actions organisées au niveau partisan et qui visent le même objectif. Je pense que les lignes ont bougé, mais cela reste toujours insuffisant. Parce que nous sommes dans une conjoncture très difficile et face à un pouvoir qui dispose encore de beaucoup de moyens, notamment ceux de la répression et de la manipulation ».

 

Abderrezak Makri, président du MSP

« Nous voulons une opposition crédible »

Abderrezak Makri appartient à l’aile radicale du MSP. Il fait partie des premières personnalités politiques à avoir fondé la CLTD, (Coordination pour les Libertés et une Transition mokriDémocratique). Il estime, dans plusieurs de ses sorties médiatiques : « Au sein de la CLTD, nous sommes devenus des amis après avoir été des partenaires puis des collègues. C’est un formidable acquis démocratique que nous puissions nous parler sans a priori. De ce point de vue, le pouvoir a réussi à nous unir et c’est tant mieux ! »

Pour le dirigeant islamiste, prendre l’initiative politique a plutôt une portée pédagogique. « La finalité est de dire aux Algériens que le changement pacifique est possible et qu’il faut s’y mettre.  La situation politique, ces dernières années, est en effet figée. Il y a une sorte d’anesthésie mentale qui s’est emparée des Algériens à cause des tragiques événements qu’a connus l’Algérie. Chacun craint légitimement pour la sécurité du pays et la sienne naturellement. Mais aujourd’hui, il faut agir, sinon cette instabilité qu’on redoute tous va s’installer », a-t-il encore dit.

Au sujet des objectifs, Abderrezak Makri précise que la CLTD est là pour « sensibiliser et alerter l’opinion publique pour créer un nouveau rapport de forces à même de contraindre le pouvoir à dialoguer pour un changement dans l’intérêt de l’Algérie ». Il ajoutera que « nous sommes en train de créer une opposition crédible qui pourra contenir la situation en Algérie, si le régime venait à s’effondrer ».

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