La Suisse inaugure sa nouvelle Ambassade

La Suisse inaugure sa nouvelle Ambassade

« NOUS CROYONS EN LE GRAND POTENTIEL DE L’ALGÉRIE ET DE SON PEUPLE »

LE NOUVEAU SIÈGE DE L’AMBASSADE DE SUISSE EN ALGÉRIE A ÉTÉ INAUGURÉ PAR LE
PRÉSIDENT DU CONSEIL DES ÉTATS DE LA CONFÉDÉRATION SUISSE, M. CLAUDE HÊCHE,
LORS DE SA VISITE DANS NOTRE PAYS, EN MARS DERNIER.

Par : Sabrina Aksouh

La visite qui fait écho à l’invitation de son homologue algérien en la personne du président du Conseil de la Nation, M. Abdelkader Bensalah, a été a une formidLa Suisse inaugure sa nouvelle Ambassadeable occasion pour M. Hêche de démontrer l’importance des liens qui unissent nos deux pays, comme en témoignent les différentes relations bilatérales, tant économiques, politiques que culturelles.

Plus qu’une ambassade, un symbole

C’est dans une ambiance à la fois festive et empreinte de convivialité que cette merveille architecturale, fruit de l’imagination des architectes suisses et algériens qui ont collaboré à ce projet moderne et original, représente à elle-seule le témoignage de la détermination de la Confédération helvétique d’intensifier les échanges et ses relations dans tous les domaines avec l’Algérie. «Une nouvelle ambassade pour une nouvelle étape», a déclaré le Président du Conseil des États de la Confédération suisse dans son allocution, confiant que l’Algérie moderne subjugue la Suisse. Il a de plus exprimé son souhait de voir les deux pays se rapprocher davantage afin de relever ensemble les défis dans le respect des différences de l’autre.

«Si nous inaugurons aujourd’hui une nouvelle Ambassade, c’est que nous croyons au grand potentiel de l’Algérie et de son peuple », a-t-il affirmé devant un parterre de quelque trois cents personnes qui ont pris part à la soirée qui a suivi la cérémonie d’inauguration. De nombreux représentants officiels algériens et membres des différentes missions diplomatiques en Algérie étaient également présents à cet

événement, où l’ambiance était à la fête. Les invités se sont aussi régalés de quelques délicieuses spécialités suisses, à l’image de la traditionnelle raclette faite à base de fromages fabriqués dans nos montagnes de Kabylie, ou encore le célébrissime chocolatier Lindt avec sa panoplie de chocolats succulents régalant petits et grands. «Nous souhaitons intensifier nos échanges politiques, économiques et culturels et nous pouvons compter en cela sur le dynamisme de notre Ambassadeur, Muriel Berset Kohen, et de ses collaborateurs.», a déclaré M. Hêche avec conviction à l’Assemblée. Madame l’Ambassadeur a, quant à elle, parlé des entreprises suisses qui sont, selon elle, « présentes à part entière en Algérie », soulignant sur la même lancée que le renforcement de la promotion des investissements est l’un des principaux axes sur lesquels elle travaille depuis sa nomination à la tête de la mission diplomatique

il y a moins d’un an. Elle a également profité de l’occasion pour remercier le magazine Dziri pour sa collaboration à cet événement.

M. Claude Hêche a, pour finir, félicité les architectes des bureaux Bakker et Blanc et Arthys de Lausanne ainsi que le bureau d’architecture de Mohamed Marhoum à Alger, qui ont brillement conçu la nouvelle Ambassade de Suisse en unissant leurs efforts dans un ouvrage complémentaire, réalisant ainsi un édifice à la fois contemporain et traditionnel, inspiré directement de l’architecture arabe, mauresque et turque dont le grand Algérois porte une marque historique intemporelle.

«Une nouvelle ambassade pour une nouvelle étape», a déclaré le Président du Conseil des États de la Confédération suisse dans son allocution, confiant que l’Algérie moderne subjugue la Suisse.

Relations algéro-suisses

SON EXCELLENCE L’AMBASSADEUR
DE SUISSE EN ALGÉRIE

« IL S’AGIT DE LA PREMIÈRE VISITE D’UN CHEF
DE LA DIPLOMATIE HELVÉTIQUE »

DANS CET ENTRETIEN ACCORDÉ EXCLUSIVEMENT À DZIRI, MADAME MURIEL BERSET KOHEN, CHEF DE LA DIPLOMATIE SUISSE EN ALGÉRIE, S’EST EXPRIMÉE SUR LA VISITE OFFICIELLE QUE MONSIEUR CLAUDE HÊCHE, PRÉSIDENT DU CONSEIL D’ETAT DE LA CONFÉDÉRATION SUISSE A EFFECTUÉE EN ALGÉRIE AU MOIS DE MARS DERNIER À L’OCCASION DE L’INAUGURATION DE LA NOUVELLE AMBASSADE.

Propos recueillis par Sabrina Aksouh

Relations algéro-suisses Relations algéro-suisses2

DZIRI : La construction de l’Ambassade est une forme de promotion pour l’architecture suisse, au demeurant très connue de par le monde, mais n’est-ce pas également une façon pour les Suisses de prospecter le marché algérien dans lequel le secteur des BTP est en plein essor depuis une dizaine d’années ?

Son Excellence l’Ambassadeur : Lorsqu’il s’est agi de construire une nouvelle Ambassade en Algérie, la Suisse a choisi des architectes suisses et algériens qui pouvaient élaborer un bâtiment d’architecture contemporaine, cela veut dire une architecture en phase avec la modernité et qui soit aussi l’interprétation d’un style d’architecture traditionnelle arabe. C’est bien le moucharabieh en bois traditionnel dans certains pays qui a inspiré la résille de béton blanc qui entoure le bâtiment très lumineux. Il n’y a pas eu d’intention mercantile mais une réflexion architecturale sur l’enrichissement mutuel des cultures et la volonté de construire un bâtiment beau et solide comme le sont les relations entre nos deux pays.

Dans quel contexte s’inscrit la visite de M. Claude Hêche, Président du Conseil d’Etat de la Confédération Suisse en Algérie ?

Il s’agit de la première visite de haut niveau en Algérie depuis trop de temps ! Le Président de notre Sénat avait exprimé le désir de venir en Algérie après sa participation prévue au Forum social mondial à Tunis. Le Président du Conseil de la Nation, M. Bensalah, l’y a amicalement convié. Cette visite lui a permis aussi de rencontrer le Premier ministre, M. Sellal, le ministre de la Formation professionnelle et le ministre-délégué aux Affaires maghrébines et africaines, M. Messahel ainsi que d’autres ministres et députés dans le cadre de ses différentes activités.

C’est surtout la volonté de renforcer nos relations bilatérales et les enjeux et défis communs qui ont été l’objet des discussions.

Quels ont été les sujets abordés ? Des accords de partenariats économiques sont-ils à prévoir ?

La visite a été suffisamment longue et riche et en quatre jours, le Président du Conseil des Etats a pu rencontrer aussi les chefs d’entreprises suisses en Algérie, inaugurer une nouvelle ligne de production de Nestlé, visiter un

centre de formation professionnelle des jeunes à Bouzareah. Fasciné par cette région du monde et découvrant pour la première fois ce pays, il a tenu aussi à visiter une mosquée. Nous avons ainsi profité de sa présence pour enfin inaugurer notre Ambassade. A l’occasion de cette soirée, il a pu également rencontrer des Algériennes et des Algériens actifs dans toutes sortes de domaines et quelques compatriotes suisses bien sûr.

C’est surtout la volonté de renforcer nos relations bilatérales et les enjeux et défis communs, comme la sécurité, la paix et la stabilité régionales qui ont été l’objet des discussions. Les possibilités d’échange dans le domaine de la formation professionnelle, qui est très développée en Suisse, ont aussi été abordées. M. Hêche a énormément apprécié la qualité de l’accueil et la gentillesse dont tous ont fait preuve à son égard.

Quand l’architecture suisse sublime

LE PAYSAGE ALGÉROISQuand l’architecture suisse sublime
ILS SONT À L’ORIGINE DE CE PROJET AMBITIEUX MAIS TELLEMENT ORIGINAL QU’EST
LE NOUVEAU SIÈGE DE L’AMBASSADE DE SUISSE EN ALGÉRIE. DZIRI LES A RENCONTRÉS
LORS DE L’ÉVÉNEMENT QUI A MARQUÉ L’INAUGURATION OFFICIELLE DE CE JOYAU DE
L’ARCHITECTURE HELVÉTIQUE. JEAN-PAUL RAUSIS, THIERRY SAVOIE DU BUREAU ARTHYS,
LARBI MARHOUM DU BUREAU MARHOUM, ALEXANDRE BLANC DE BAKKER ET BLANC, NOUS
DÉVOILENT TOUT SUR L’ARCHITECTURE SUISSE.

Entretien réalisé par : Sabrina Aksouh

Dziri : Selon vous, qu’est-ce qui caractérise l’architecture suisse par rapport à celle des autres pays européens ?

Alexandre Blanc : Il y a actuellement en Suisse trois choses importantes : la première concerne la matérialité des bâtiments. En effet, la question de l’expression de la matière de construction dans l’architecture suisse est quelque chose d’extrêmement important, justement parce qu’elle est très épurée et très simple. Elle a su adapter des lignes d’une grande pureté. La matière reste donc un moyen d’expression essentiel dans notre architecture, face à ce grand dépouillement du caractère des bâtiments.

L’autre aspect réside dans la forme. Celle-ci semble être assez déterminante. Les matériaux utilisés sous-tendent la forme de manière globale, c’est-à-dire que l’on ne retrouve pas cette espèce de collage qu’utilisent d’autres architectures comme les USA ou encore la Hollande. Il y a dans l’architecture suisse, une sorte de recherche, de symbiose entre l’expression formelle et la matérialité. Pour finir, il faut savoir qu’en Suisse l’architecture fait partie de la culture, au sens où c’est un petit pays où l’on retrouve une grande diversité. Ainsi, chaque région est dotée de son propre caractère architectural.

Au-delà de son caractère écologique, expliquez-nous en quoi consiste le standard Minégrie ?

Thierry Savoie : C’est le concept de calcul de la consommation globale d’énergie d’un bâtiment. Et donc est prise en compte la valeur de consommation de chauffage et d’électricité par opposition aux pertes d’énergies engendrées par l’isolation. Le but est évidement de consommer le moins possible.

La nouvelle Ambassade de Suisse a-t-elle été conçue selon les standards de ce concept Minergie ?

Elle a été effectivement construite selon ce concept mais sans la certification, puisque cette notion Minergie s’applique plutôt aux pays froids et n’est pas facilement transposable dans les pays chauds. Il y a cependant la climatisation, nous y avons donc appliqué le concept pour essayer de maitriser la consommation le plus possible. Ce bâtiment est donc beaucoup plus isolé.

Comment le projet de construction de l’Ambassade de Suisse en Algérie a-t-il vu le jour ?

Jean-Paul Rausis : C’était, auparavant, pour une question de besoin. En effet, l’ancien bâtiment ne répondait plus aux besoins de la mission. Nous étions propriétaires ici d’une résidence pourvue d’un jardin et d’un terrain de tennis. Nous nous sommes alors dits ; pourquoi ne pas édifier une nouvelle Ambassade ici, sur ce terrain ?, ce qui nous permettrait de réduire les risques d’insécurité ainsi que les déplacements de l’Ambassadeur. Le projet a donc tout naturellement vu le jour.

Comment la construction s’est-elle déroulée ? Combien de temps les travaux ont-ils mis à aboutir ?

Jean-Paul Rausis : La construction en elle-même a demandé environ trois mois. Mais en réalité, le projet, à proprement dit, a vu le jour en 2006. Les travaux ont été achevés en septembre 2013. Ça peut être considéré comme relativement lent, mais ça ne l’est pas, si l’on prend en compte le fait, que ça soit un bâtiment public, ce sont donc des procédures publiques avec un argent public, tout prend donc plus de temps dans une administration. Ajouté à cela le fait que les Suisses ne sont réputés pour être très rapides. On préfère obtenir un bâtiment de qualité.

Avez-vous déjà réalisé des projets ici en Algérie auparavant ? Et si oui lesquels ? Sinon êtes-vous sur d’autres projets que celui de l’Ambassade ?LE PAYSAGE ALGÉROISLE PAYSAGE ALGÉROIS2

Jean-Paul Rausis : En ce qui nous concerne, nous avons travaillé uniquement que sur l’Ambassade. Nous avons par contre toujours été actifs ici mais pour de petits travaux de transformation et de rénovation, mais jamais de construction. Pour le moment, il n’y a pas de projets en cours mais qui sait ce qui peut se passer à l’avenir.

Mohamed Marhoum : Il est vrai qu’il y a des convergences de vue en matière d’architecture. Il y a donc certainement un certain nombre de questions sur lesquelles l’on pourrait collaborer.

Quel a été votre rôle dans le projet de construction de la nouvelle Ambassade ?

Mohamed Marhoum : Adapter un plan qui restait virtuel jusqu’au moment de le construire, faire certains choix techniques, arranger quelques détails. Ce qui était intéressant dans la démarche, c’est que nos amis suisses souhaitaient absolument faire construire l’Ambassade par des Algériens. Cette démarche me semble louable. Il leur fallait quelqu’un qui connaisse le marché et les entreprises, qui arrivent à traduire tout jargon technique suisse pour qu’il soit compréhensible par les entreprises algériennes et trouver des passerelles afin de faire intervenir les spécialistes locaux.

De ce que vous avez pu voir, pensez-vous que l’Algérie soit prête à adopter le modèle contemporain qui caractérise si bien l’architecture suisse, surtout en ce qui concerne les maisons préfabriquées, symbole de l’architecture suisse moderne ?

Mohamed Marhoum : Il y a avant tout une question de fond. Lorsque l’on voit ce bâtiment, l’on sent qu’il y a eu commande d’architecture. Pour avoir vécu ce projet de bout en bout, j’ai été moi-même surpris par l’importance que l’on accorde au choix de l’architecte. Pour nous autres Algériens, le problème se pose déjà en amont, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de commande d’architecture.

Nous sommes déjà décalés d’un cran par rapport aux Suisses. Nous avons un patrimoine, des traditions, et une espèce d’ADN assez complexe et puis l’Algérie c’est tout un « continent », avec différentes identités locales. Le changement architectural n’est, par conséquent, pas chose aisée.

La nouvelle Ambassade de Suisse a été construite selon ce concept mais sans la certification, puisque cette notion Minergie s’applique plutôt aux pays froids et n’est pas facilement transposable dans les pays chauds.

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