Alfonso Soria Mendoza, Chargé d’affaires à l’Ambassade de la République de Colombie en Algérie

Alfonso Soria Mendoza, Chargé d’affaires à l’Ambassade de la République de Colombie en Algérie

« Viandes, produits laitiers et sucreries colombiens bientôt sur le marché algérien »

ENCOURAGER LES ÉCHANGES ÉCONOMIQUES, SCIENTIFIQUES ET SURTOUT SOCIO-CULTURELS ENTRE NOS DEUX PAYS, TELLES SONT LES PRINCIPALES MISSIONS DONT EST CHARGÉ M. ALFONSO SORIA MENDOZA, CHARGÉ D’AFFAIRES À L’AMBASSADE DE LA RÉPUBLIQUE DE COLOMBIE EN ALGÉRIE, DEPUIS FÉVRIER 2014. INTERVIEW.

Propos recueillis par : Isma Remla

 Alfonso Soria Mendoza 2Dziri : Après avoir fermé son ambassade en 1992, la Colombie décide de la rouvrir en février 2014. Quelles étaient les raisons de la fermeture et de la réouverture ?

Alfonso Soria Mendoza : Il est toujours très compliqué d’expliquer les raisons de la fermeture d’une ambassade. La Colombie avait procédé à la fermeture de beaucoup de ses ambassades à cette époque dans plusieurs pays du monde et pas seulement en Algérie. Aujourd’hui, je préfère vous parler plutôt des raisons de sa réouverture officielle en février 2014. Après une visite officielle de notre ministre des Affaires étrangères en octobre 2013 dans votre pays, nous étions pressés de nous retrouver encore une fois en Algérie car nous y étions absents depuis longtemps. Nous sommes actuellement installés ici dans le cadre du programme l’ « Alliance pacifique » qui nous permet de partager ce bâtiment avec nos amis du Chili. Il s’agit d’une stratégie politique, économique et socio-culturelle qui implique quatre pays, à savoir la Colombie, le Chili, le Mexique et le Pérou. Cette alliance nous permet de retrouver, ensemble, nos places respectives dans des pays que nous avions jadis quitté et que nous découvrons à travers une nouvelle installation.

Pour la Colombie, l’Algérie est un pays qui a son poids en Afrique et aussi dans le monde arabe. Notre retour nous permettra d’être plus proches des questions arabo-africaines.

Installé depuis peu à la tête de la mission diplomatique colombienne, quels sont les projets que vous ambitionnez ou bien sur lesquels vous travaillez déjà pour entretenir et resserrer les relations bilatérales économiques et culturelles entre nos deux pays ?

Avant toute chose, il ne faut pas oublier que la Colombie appartient au mouvement des pays non alignés tout comme l’Algérie, ce qui nous permet d’avoir un dialogue fluide depuis toujours, et ce, sur tous les plans. Maintenant que l’ambassade est ouverte, notre but premier reste de faire connaître la Colombie d’aujourd’hui forte de 48 millions d’habitants, troisième économie de l’Amérique latine et nation de diversité culturelle et touristique. C’est notre pari ! Vous serez étonné de savoir que nous faisons de la culture notre cheval de bataille. Je pense que les grands projets commencent par les plus petits, en d’autres termes, des projets ciblés. Nous avons commencé par le volet littéraire et gastronomique, tout ce qui a fait jusqu’ici la renommée de la région. Nous pensons que c’est au tour de la cuisine colombienne, sa littérature, sa musique…etc. de se rapprocher de l’Algérie et de l’Algérien. La diplomatie n’est pas que compromis politiques et conventions économiques, ce sont aussi des rapports socio-culturels.

De son côté, l’Algérie semble ambitionner des projets et des accords politico-économiques avec la Colombie. Dans une récente visite officielle du ministre algérien des Affaires étrangères, l’Algérie a invité votre pays au même titre que les autres pays producteurs de pétrole à trouver une solution afin de stabiliser les prix des hydrocarbures et éviter ainsi une crise financière aux pays membres de l’OPEP.

Quel a été le résultat de cette démarche ?

Trouver une position commune face à ce problème international en tant que pays producteur de pétrole est une nécessité. Après cette visite officielle et aussi des rencontres entre nos ministres respectifs des secteurs de l’énergie et des mines, on peut dire que de sérieuses discussions ont commencé mais il n’y a pas encore de textes ou de résolutions définitives. La question est à l’étude, elle nous concerne au plus haut point. La Colombie produit environ un million de baril/jour. Elle doit apporter sa contribution dans ce dialogue et sa pierre dans la construction de stratégies et de mécanismes internationaux pour que nos économies souffrent le moins possible de cette crise.

« Le fait que nous soyons en Algérie relève d’une stratégie de rappro­chement entre Sonatrach et son homologue colombien Ecopetrol à travers le transfert de savoir-faire et d’expertise mais aussi de contrats d’association ».

Cette rencontre entre les deux homologues a été, par ailleurs, une occasion pour procéder à un échange de vues sur des questions régionales et internationales d’intérêt commun, ainsi que sur les perspectives de renforcement du partenariat bilatéral avec un accent particulier mis sur la coopération dans le domaine de l’énergie et des mines. Qu’en pensez-vous ?

La Colombie est un pays producteur et exportateur de pétrole et de charbon. Le fait que nous soyons en Algérie relève d’une stratégie de rapprochement entre Sonatrach et son homologue colombien Ecopetrol.

Il s’agit de transfert de technologies, de savoir-faire et d’expertise mais aussi d’étudier des contrats d’association entre les deux géants pétroliers, d’autant plus que Sonatrach est présente en Amérique Latine et en Colombie.

Hormis le secteur des minéraux et l’énergie, il y a aussi un tout autre domaine aussi important : le commerce en l’occurrence.

Justement, qu’en est-il des investisseurs colombiens en Algérie ? Quels sont les secteurs qui les intéressent et qui leur offre le plus d’opportunité et de facilitations ?

Nous travaillons sur l’éminente arrivée de la viande colombienne en Algérie. Une délégation d’investisseurs du secteur privé accompagnée d’une autre du ministère de l’Agriculture colombien est déjà venue en Algérie afin de négocier avec vos services concernés. Un projet de production de produits laitiers dans le Sud algérien verra bientôt le jour également. La prospection colombienne en Algérie continue car nous constatons qu’il y a un potentiel à développer.

En perspective, également des coopérations dans le domaine du bâtiment et des travaux publics (BTP). Nous comptons inviter les entrepreneurs algériens à notre foire des BTP ce mois de mai et nous espérons beaucoup de cet échange. Le domaine des sucreries est aussi un secteur susceptible de se développer. Un service commercial sera mis en place au sein de l’ambassade et des chargés commerciaux satellites vont être désignés afin de faciliter ces échanges et aussi être le point départ pour toutes coopérations avec l’ensemble de la région du Maghreb, à partir de l’Algérie. La Colombie a signé les accords du libre-échange avec l’Europe. De par cette position, nous comptons travailler via des clusters et développer les importations colombiennes.

« Il ne faut pas oublier que la Colombie appartient au mouve­ment des pays non alignés tout comme l’Algérie, ce qui nous permet d’avoir un dialogue fluide depuis toujours, et ce, sur tous les plans ».

Que se passe-t-il dans le sens inverse ? Qu’exporte l’Algérie vers la Colombie ?

De particulier à particulier, des exportations ont lieu notamment dans le domaine des minéraux utilisés dans l’industrie lourde uniquement. Les prochaines années et activités vont faire fructifier ceci, je le souhaite.

Dans le domaine de la sécurité, la Colombie souhaite s’inspirer de la politique algérienne de réconciliation nationale pour consolider son processus de paix avec les groupes des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). De son côté, la Colombie fait profiter l’Algérie de son expérience dans la lutte anti-drogue…

Alfonso Soria Mendoza 3

En effet, échange d’informations, d’expertise, de stratégie …Tout ça peut aider la Colombie dans sa lutte anti-terroriste. Dans le sens inverse, soit de la Colombie vers l’Algérie, tout a commencé il y a 5 ans, notamment que l’acheminement de la drogue vers l’Europe se fait actuellement à travers l’Afrique. Auparavant, ça transitait par les Caraïbes, ce qui nous a donné de l’expérience dans la lutte contre ce fléau. Notre collaboration a donné des résultats positifs. Nous persévérons dans ces progrès.

En ce qui concerne les échanges universitaires entre nos deux pays, y a-t-il des projets de coopération qui verront bientôt le jour ?

Avec l’ambassade de l’Algérie en Colombie, un travail extraordinaire a été accompli jusqu’alors dans la consolidation des relations bilatérales et même sociales. Cet effort fourni nous permet d’approcher l’étudiant algérien via un système de bourse qui couvrira toutes les universités colombiennes, tous domaines confondus : littéraire, scientifique et recherche médicale, industriel…etc. Nous pourrons enfin exploiter ce potentiel important d’hispanophonie avec l’aide du ministère algérien de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Le programme sera bientôt lancé sur notre site internet, les étudiants pourront s’y inscrire à la prochaine rentrée universitaire.

Qu’en est-t-il du secteur de tourisme et l’octroi de visas ? Quelles facilités et offres sont présentées au touriste algérien ?

Les demandes de visa se font en ligne. Elles sont délivrées au bout de 24h00 pour les Algériens. Il s’agit quasiment d’une simple formalité, afin d’encourager et de faire découvrir le tourisme dans notre pays. Pour cela, nous travaillons en étroite collaboration avec les tours opérator du tourisme. Chez nous, il existe plusieurs types de tourisme : d’aventure, gastronomique, nautique, culturel, écologique…qui attirent 8 millions de touristes/ans et les Algériens, au même titre que les autres populations du monde, sont les bienvenus.

Tac au tac :

Que vous inspire l’Algérie ?
La fierté
La Colombie ?
La diversité
Plat préféré ?
Une recette colombienne : le riz à la
noix de coco que je prépare moimême
Chanteur ou musique qui vous saisit ?
Shakira (rires)
Un auteur, un livre ?
Rachid Boudjedra, notamment son
ouvrage l’Hôtel Saint George et Gabriel
Gracia Marquez bien sûr …
Un voyage ?
Le Sud de l’Algérie

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