«L’iceberg du naufrage » menace le pétrolier Algérie»

«L’iceberg du naufrage » menace le pétrolier Algérie»

A quand le changement de cap ?

« IL N Y A PAS PLUS SOURD QUE CELUI QUI NE VEUT PAS ENTENDRE ». VOICI LÀ, UN ADAGE QUI S’APPLIQUE TOTALEMENT À L’ALGÉRIE QUI DEPUIS DES DÉCENNIES, SE COMPLAIT DANS UNE ÉCONOMIE EXCLUSIVEMENT BASÉE SUR LES RECETTES HYDROCARBURES, TELLE UNE RICHE RENTIÈRE QUI CONSIDÈRE, À TORT, SA RENTE INÉPUISABLE ET INTARISSABLE, EN DÉPIT DES APPELS ET AVERTISSEMENTS DE CERTAINES PARTIES ET PERSONNALITÉS EXPERTES EN LA MATIÈRE, QUI TENTENT, EN VAIN, DE TIRER LA SONNETTE D’ALARME.

Par : Malika Bouhafess

Bien avant la chute des prix du pétrole ces derniers mois, qui aura mondialement fait couler beaucoup d’encre, démultiplier les interventions des experts et spécialistes sur différents supports médiatiques et dépêcher la tenue de rencontres officielles à différents niveaux, en Algérie, le collectif Nabni, tout comme d’ailleurs de nombreux économistes, développant une analyse sur la situation économique critique du pays attire, depuis 2012, inlassablement l’attention quant à l’urgence d’opérer un changement du mode de gouvernance économique.

En effet, pas plus tard que le mois de février dernier, le Collectif a publié un nouveau texte intitulé, « Icebergs en vue ! L’urgence n’est pas de freiner, mais d’engager de longs virages ». Il s’agit là d’un véritable appel pour un « changement de cap ». Estimant à juste titre que « l’effondrement récent du prix du baril constitue une menace bien plus audible », il considèrera que cette dégringolade ne faisait que de se rapprocher davantage de «l’iceberg du naufrage». Revenant à la charge, Nabni pointera du doigt l’actuelle gouvernance économique qui fait des hydrocarbures, les recettes quasi exclusives du pays. Ce qui selon le collectif est nettement plus gravissime que les fluctuations baissières des prix de l’or noir en elles-mêmes. Cette incertitude sur les marchés pétroliers n’est en fait pour le Collectif qu’ « un rappel des difficultés qui nous guettent », si une nouvelle gouvernance ne venait pas à s’opérer et que l’Algérie continuait à bâtir l’avenir du pays sur la recette de marchés d’hydrocarbures alors que le potentiel de la rente de ces ressources est fatalement épuisable. Et pour cause, argumentera le Collectif, tout modèle économique et social fondé « entièrement» sur les hydrocarbures subira fatalement un échec et le coût social sera inéluctablement élevé. Aussi, afin d’éviter au pays une collision frontale inévitable avec l’« iceberg du naufrage », il est impératif d’engager un changement salutaire pour la stabilité future du pays. Tous les indicateurs macro-économiques démontrent que l’urgence est là, et que l’« iceberg du naufrage » se rapproche de plus en plus, mettra en garde Nabni. En outre, rappelant la crise des années 80, le think-tank Nabni avertira que retarder les réformes et protéger les rentes, ne fera que rapprocher dangereusement le bateau Algérie de l’« iceberg du naufrage ».

Pourtant, cette notion de danger n’a apparemment pas été perçue sous cet angle du côté des pouvoirs publics qui, au tout début de l’effondrement des prix du pétrole sur les places internationales, affirmaient qu’en aucun cas l’Algérie ne serait touchée par cette crise des marchés pétroliers. Pour cela, des discours, des déclarations et des réponses sécurisantes étaient distillés à qui voulait entendre masquant ainsi le véritable danger de la chute des cours du baril de pétrole. Mieux. Le gouvernement, à sa tête le Premier ministre, Abdelamlek Sellal, et sur instruction du président de la République, n’a cessé de répéter que des précautions contre ces perturbations ont été prises et que l’exécution du programme d’investissements publics du prochain quinquennal 2015-2019 était maintenue, à travers la poursuite de la réalisation de ses grands projets d’investissements et son soutien aux produits de large consommation. Sauf que, revirement de situation, quelques mois après, des mesures d’austérité sont annoncées sans toutefois faire marche arrière « sur les engagements sociaux de l’Etat ». Il s’agit notamment de geler le recrutement dans la fonction publique, hormis les secteurs stratégiques, de réduire les dépenses assurées par le Trésor public, de reporter la réalisation de certains grands projets…Par ailleurs, plusieurs impacts signifiant l’effondrement des marchés pétroliers ressentis en Algérie, ont réveillé les réticences et la frilosité des industriels investisseurs notamment étrangers, qui n’ont pas répondu aux avis d’appels d’offres lancés pour la recherche et l’exploration pétrolières. Ajoutons à cela l’illusion d’aisance et de puissance que donnerait au pays le « faux-matelas » de 200 milliards de dollars de réserves de changes. C’est là, un des signes qui dénote de la fragilité économique actuelle et qui, à plus d’un titre, n’augure rien de bon, confirmant les craintes avérées de tous ceux, à l’instar du Collectif Nabni, qui, ces dernières années, ont mis en garde contre la gestion et la gouvernance bâtie sur la rente pétrolière.

Il est évident maintenant qu’il serait parfaitement suicidaire de vouloir continuer sur cette voie sans issue, au risque d’hypothéquer l’avenir du pays et celui des générations futures. Aussi, aller vers un autre mode de gouvernance, celui particulièrement initié sur les principes de l’obligation de résultats et celui de la recevabilité, et une autre politique économique ne seraient que salutaires. Il est vrai que l’objectif assigné pour la diversification de l’économie nationale, à travers dans un premier temps, la relance industrielle comme étant le vecteur et l’assise de cette diversification, pourrait, si elle correctement appliquée, dévier l’Algérie de cette trajectoire qui l’amène droit dans l’« iceberg du naufrage ».

Le gouvernement, à sa tête le Premier ministre, Abdelamlek Sellal, et sur instruction du président de la République, n’a cessé de répéter que des précautions contre ces perturbations ont été prises et que l’exécution du programme d’investissements publics du prochain quinquennal 2015-2019 était maintenue, à travers la poursuite de la réalisation de ses grands projets d’investissements et son soutien aux produits de large consommation

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