mardi , 25 avril 2017
Métiers et marché du travail

Métiers et marché du travail

De nouvelles perspectives pour les jeunes

LE MARCHÉ DU TRAVAIL ET LA FORMATION DES JEUNES SONT DEUX POINTS ESSENTIELS QUE LES AUTORITÉS ALGÉRIENNES PLACENT AUX PREMIERS PLANS POUR LUTTER CONTRE LE CHÔMAGE. MAIS AU-DELÀ DE CET OBJECTIF, LES JEUNES DIPLÔMÉS, À LA RECHERCHE D’UN EMPLOI, SONT, SOUVENT, VICTIMES D’ARNAQUE.

Par : Sofiane Yousfi

Dziri mag a consacré un dossier spécial aux diverses formations professionnelles proposées aux jeunes algériens qui, grâce auxquelles, ils auront l’opportunité de trouver un travail, dans un marché de plus en plus diversifié en matière d’offres d’emplois. Et, tout au long de ce dossier, nous allons parler aussi des difficultés que les jeunes diplômés ont rencontrées durant leurs premiers pas dans le monde du travail. Arnaqués, souvent, par les entreprises, beaucoup de jeunes diplômés ont été surpris par les décisions « agressives » de leurs recruteurs, après avoir passé des années à se former dans les grandes écoles et instituts du pays. L’Agence Nationale de l’Emploi (ANEM) est l’un des créneaux de lutte contre le chômage, pour lequel l’Etat porte un grand intérêt, dans le cadre de sa politique de l’emploi pour tous. Mais au-delà de ces perspectives et cet objectif capital, les jeunes diplômés, recrutés via ce créneau, se trouvent dans le désarroi. En effet, selon un téléconseiller de la Cellule d’écoute de l’ANEM (créée en janvier 2015) qui chapeaute et suit tous les appels de doléances, des questions et des requêtes de jeunes diplômés recrutés par des sociétés et entreprises, ont eu du mal à s’intégrer dans le monde du travail. En plus de cette situation, beaucoup d’entreprises ont failli à leurs démarches avec l’ANEM. En d’autres termes, les employeurs qui sont reliés avec l’ANEM, dans le cadre d’une coopération adoptée entre les deux parties, ont recruté des milliers de jeunes diplômés, mais beaucoup d’entre-deux ont été surpris par des comportements outranciers et décisions abusives de leurs employeurs. Pis, depuis l’installation de ladite Cellule d’écoute de l’ANEM, cette dernière a reçu sur son numéro vert, le « 30 05 », 15 621 appels (entre requêtes, questions et doléances) émanant de jeunes diplômés. Ils ont été embauchés par leurs employeurs qui sont des partenaires avec l’ANEM mais qui, finalement, les ont tout simplement arnaqués, selon les révélations du téléconseiller de ladite Cellule d’écoute. D’après lui, sur les 15 621 doléances des diplômés qui ont été embauchés par des sociétés et entreprises, privées et publiques, 1200 seulement ont vu leurs situations réglées après l’intervention des enquêteurs de l’ANEM. Le reste, soit plus de 14 000 cas, sont en attente de régularisation. Ils sont actuellement sans-emploi après avoir avoir avoir obtenu leurs contrats de travail dans le cadre des deux formules CIP (Contrat d’insertion professionnelle) et CDI (Contrat d’insertion des diplômés). Des Universitaires, des diplômés d’études universitaires appliqués (DEUA) et des diplômés des Centres de formation étatiques, subissent aujourd’hui les affres du chômage alors qu’ils ont, pourtant, signé des contrats pour une durée de trois ans. Certains, n’ont pas obtenu de salaire depuis quatre mois, tandis que d’autres ont été tout simplement licenciés par leurs employeurs. Selon le téléconseiller, de nombreux appels téléphoniques sur le « 30 05 » ont été reçus par les Cellules d’écoutes relevant de l’ANEM. « Depuis le 26 janvier dernier à ce jour, nous avons comptabilisé plus de 15 500 appels. Des universitaires nous ont appelés pour dénoncer ce qu’ils venaient de subir par leurs employeurs. C’est un vrai calvaire pour ces recrues. Mais, après chaque doléances et requêtes des diplômés universitaires, que nous avons traitées au cas par cas, nous avons envoyé des agents de l’ANEM chargés de mener des enquêtes au niveau des Agences où sont inscrits les demandeurs d’emplois. Ce genre d’enquête ne dépasse pas 24 heures. Après cette procédure, nous avisons les employeurs de chaque cas de ces universitaires qui devaient être pris en charge par lesdites entreprises. Après quoi, un délai de 20 jours sera attribué pour les employeurs pour répondre favorablement aux requêtes de leurs recrues.

Dépassé ce délai, nous avons le droit de saisir la justice pour rétablir les droits des universitaires embauchés par leurs employeurs », explique le téléconseiller de la Cellule d’écoute de l’ANEM.

Beaucoup de débouchés dans l’audiovisuel

Pour avoir plus de chance de trouver un emploi, de plus en plus de jeunes se dirigent vers les Centres de Formations Professionnelles, où ils apprennent de nouveaux métiers tout en bénéficiant d’un bon encadrement pour une meilleure formation et un diplôme reconnu et avéré. Les métiers de l’audiovisuel sont parmi les nouvelles formations, ceux qui connaissent un engouement très important chez les jeunes Algériens. On compte, dans le monde, environ une centaine de métiers liés à l’audiovisuel. En Algérie, la floraison d’une multitude de chaînes de télévision a donné naissance à un véritable marché concernant la formation dans ce domaine, qui a suscité un intérêt grandissant pour ces métiers de la part de jeunes notamment ceux désireux d’obtenir un poste dans une chaîne de télévision, publique ou privée. Les écoles de formation privées, conscientes de la forte demande dans ce domaine, sont convaincues des perspectives d’un marché prometteur. De la conception à la diffusion des programmes, avec le développement des nouvelles technologies numériques, en passant par l’infographie, le montage, le maquillage, le son, le changement sont autant de débouchés pour nos jeunes. Nombre de filles sollicitent une formation de coiffure maquillage et esthétise. C’est l’exemple de Kahina, 22 ans : « J’ai suivi une formation en coiffure/ maquillage spécialement pour travailler dans une chaîne de télévision, car le personnel ainsi que les invités sont tous coiffés et maquillés ». Kamel, âgé de 28 ans, veut, quant à lui, se lancer dans le métier de monteur dans une chaîne de télévision : « Je n’ai pas suivi de formation dans le montage, mais j’ai appris dans le tas. J’ai commencé à travailler comme infographe. J’ai exercé ce métier pendant quelques années, et là je me suis mis à apprendre le montage dans le but de travailler dans une chaîne de télévision. Mon travail consiste surtout à visualiser le produit apporté par le cameraman et le texte des journalistes et à choisir les images qui seront diffusées sur la chaîne de télévision en fonction du texte et de la durée de la diffusion», explique-t-il. Les métiers de l’audiovisuel intéressent les étudiants, les stagiaires et ceux qui ne disposent d’aucune formation dans ce domaine. A l’Institut du journalisme d’Alger, de plus en plus d’étudiants optent pour l’audiovisuel comme spécialité, selon une source de cet institut. « Il y avait, avant l’apparition des chaînes de télévision privées en Algérie, trois spécialités dans cet institut : la presse écrite, la presse audio et la presse audiovisuelle.

« Sur les 15 621 doléances des diplômés qui ont été embauchés par des sociétés et entreprises, privées et publiques, 1200 seulement ont vu leurs situations réglées après l’intervention des enquêteurs de l’ANEM. Le reste, soit plus de 14 000 cas, sont en attente de régularisation. »

Frigoriste, un job en plein essor

Un autre métier est en train de faire ses grands pas dans le marché du travail, celui de frigoriste. A son tour, ce métier qui ne cesse de connaître une définition de plus en plus élargie du fait de l’essor que cette profession gagne avec la multitude de spécialités, nécessite non seulement un savoir-faire, mais également des capacités humaines importantes. Les Instituts nationaux spécialisés dans la formation professionnelle du froid (INSFP, ex- ITF/Institut de Technologie du Froid), assurent une formation de plus en plus évoluée pour s’adapter aux nouvelles exigences du marché et assurer la formation la plus performante possible pour les étudiants. L’agroalimentaire, la dotation de nombreux domiciles en climatiseurs et autres aspects ont boosté ce métier devenu incontournable, notamment dans l’industrie. Les INSFP forment des techniciens et techniciens supérieurs qui, tout au long de leur formation, se dotent de capacités professionnelles à même de répondre aux besoins de ce marché. Le métier de frigoriste, très sollicité, gagne en importance de par son utilité. Il participe à l’étude et à la conception d’un système frigorifique et climatique, réalise les installations en froid et en climatisation, et assure et gère la maintenance des installations et équipements, nous explique-t-on dans quelques instituts nationaux spécialisés dans la formation professionnelle du froid. Les formateurs sont conscients que le frigoriste intervient de façon importante dans l’étude et la conception, et axent une partie de leurs cours dans ce sens. « Le métier de frigoriste ne consiste pas uniquement à installer ou réparer des climatiseurs, il est également appelé à mettre en place et entretenir une chaîne de froid dans l’agroalimentaire et autre domaine qui nécessitent l’instauration du froid pour garder des produits en bon état», ajoutent-ils. Dans l’exercice de son métier, le frigoriste est appelé à avoir des contacts avec son supérieur, les fournisseurs, les clients et ses collègues. C’est pour dire que le frigoriste doit disposer de qualités humaines précises, ce dont sont conscients les étudiants de ces instituts que nous avons rencontrés.

Les langues, sur les traces d’un avenir sûr

La formation en Algérie qui, auparavant, se limitait parfois au souci de trouver un emploi, s’oriente, aujourd’hui, vers une autre étape, dictée par, à la fois, les besoins du marché de l’emploi, l’ambition de réussir professionnellement, et également l’ouverture de notre pays à l’économie mondiale et aux multinationales. C’est ainsi que beaucoup de jeunes étudiants ont choisi les instituts spécialisés en langues étrangères et autres centres de formation pour endosser une carrière des plus sûres. Conscientes de cette nouvelle réalité, et signe de grand intérêt, de nombreuses écoles de formation en langues étrangères ont été créées par, notamment, des particuliers. Les demandes de formation sont en nette augmentation, disent les gérants de plusieurs de ces écoles. Les formations ouvertes à différents niveaux scolaires, souvent ne nécessitant pas l’obtention du baccalauréat, très prisées par les jeunes en quête d’apprentissage, proposent des enseignements à plusieurs paliers. «Une importante demande est enregistrée pour l’apprentissage des langues française, espagnole et anglaise. Nous proposons une formation à plusieurs niveaux, c’est-à-dire de débutant à perfectionnement », dira le gérant d’une de ces écoles. « Il y a des gens qui n’ont aucune base en langue française et/ ou anglaise. A ceux-là, nous proposons des formations de base. D’autres qui ont des connaissances dans ces langues cherchent à perfectionner la maîtrise de ces idiomes. Nombre d’étudiants cherchent à apprendre la langue chinoise. Les profils de nos élèves sont variés : il y a des jeunes qui n’ont pas de baccalauréat, il y a également des étudiants universitaires et des cadres d’entreprises nationales », ajoute ce gérant. « L’ouverture de l’Algérie à l’économie de marché et l’installation de multinationales dans notre pays ont favorisé le grand engouement pour l’apprentissage des langues étrangères enregistré ces dernières années», explique-t-il. L’«English For The Energy Industries : Oil, Gas and Petrochemicals (anglais pour industrie de l’énergie) est l’une des filières les plus sollicitées par les jeunes cherchant une formation en langues. L’explication à cet engouement s’expliquerait par leur désir d’intégrer des multinationales installées dans notre pays, travaillant dans le secteur de l’énergie, dont le pétrole et le gaz », explique-t-on. « SBL Schhol For English » est l›une des écoles assurant cette formation. « J’ai l’intention de postuler pour un poste dans une des multinationales activant dans le secteur pétrolier en Algérie, et je crois qu’une formation en anglais dans ce domaine étofferait mon curriculum vitae (CV) », dira Abdelhamid, la trentaine, ayant le niveau scolaire de 3e année secondaire.

Jardinier, une vocation réhabilitée

C’est avant tout un métier noble. Une formation, une histoire, une vocation. L’Institut technologique moyen agricole spécialisé (ITMAS) cumule tous ces critères. Nombreux parmi les étudiants qui optent pour cet institut de formation le font par vocation et passion. La passion de la nature. L’amour pour la verdure et le travail de la terre. L’ITMAS, présent dans plusieurs wilayas, et à l’intérieur du jardin d’Essai d’El Hamma (Alger) relevant, administrativement, du ministère de l’Agriculture, prodigue une formation assurée conjointement avec le département ministériel et celui de la formation professionnelle, et peut se targuer de former du personnel qualifié de par la qualité de l’enseignement théorique et l’apprentissage sur le terrain. C’est ici que nous avons choisi pour cette édition de cibler comme formation professionnelle mise au profit des jeunes à la recherche d’une carrière des plus stables et originales. La demande de formation dans ces instituts devenant de plus en plus importante et dépassant l’offre, un concours est organisé pour l’accès. Dans les années 80, il s’agissait de l’Institut technologique moyen agricole (ITMA) qui, comme celui se trouvant au niveau du jardin d’Essai d’El Hamma, le concours d’accès pour la formation de technicien en horticulture ornementale et paysagisme était destiné aux élèves ayant le niveau de quatrième année moyenne. Aujourd’hui, le concours d’accès pour la formation sanctionnée par le même diplôme ou pour le diplôme de technicien en agricole est ouvert aux élèves ayant le niveau de la terminale (3e année secondaire) ou détenteur du baccalauréat. L’Institut de technologie moyen agricole spécialisé propose, aujourd’hui, aux élèves de la 9e année fondamentale, le diplôme de technicien adjoint en agriculture. Qu’en pensent les jeunes qui se sont inscrits à l’ITMAS ? « J’ai échoué à l’examen du baccalauréat. Je devais, donc, en attendant de repasser mon bac, suivre une formation professionnelle et j’ai choisi l’ITMAS parce que je suis un grand amoureux de la nature», nous diront plusieurs étudiants de cet institut. C’est le cas du jeune Rafik, détenteur d’un diplôme en biologie, qui a rejoint l’ITMAS afin de perfectionner ses connaissances en botanique et, du coup, acquérir une nouvelle expérience qui va lui permettre d’embrasser une carrière des plus sûres en la matière. Attirés par cette formation des plus nobles, les étudiants, au nombre de 70, visent loin, tout en étant fiers du parcours de leurs prédécesseurs qui ont été formés par l’ITMAS, ex-ITMA. « Plusieurs parmi de grands paysagistes du très célèbre jardin de Versailles, en France, ont été formés à l’ITMA du jardin d’Essai d’El Hamma, du temps du colonialisme», selon un ex-fonctionnaire de l’Institut technologique moyen agricole d’Alger qui continue à venir à l’ITMAS par nostalgie et pour apprendre davantage sur le monde botanique qu’offre cet institut. « Vous savez, des séquences de films de Tarzan interprété par Johnny Weissmuller, champion olympique américain de natation, ont été tournés au jardin d’Essai d’El Hamma, qui fut classé troisième plus beau jardin au monde. On y a également tourné des séquences de films de Zorro», nous apprend, fièrement, Rachid, cet ex-fonctionnaire.

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