mardi , 25 avril 2017
Réfugiés syriens et autres

Réfugiés syriens et autres

Un lourd dossier pour Alger

DANS LES RUES, DANS LES TRAINS, SUR LES ROUTES ET MÊME DANS LES GRANDES SURFACES, LES RÉFUGIÉS SYRIENS, DONT LE NOMBRE NE CESSE D’AUGMENTER, ONT ENVAHI L’ALGÉRIE.

Par : Sofiane Yousfi

En Algérie, le nombre de réfugiés syriens a nettement augmenté entre 2013, 2014 et début 2015. Aujourd’hui, ils sont plus de 35 000 à vivoter en Algérie. Les plus démunis d’entre eux se sont installés dans des camps de réfugiés à Sidi Fredj, mais aussi dans d’autres villes algériennes. Quant aux plus nantis, certains ont carrément acheté des maisons, notamment dans l’Algérois et l’Oranais, où ils ont commencé une nouvelle vie, d’autres ont loué des appartements, des étages de villas. Dans les gares ferroviaires, les stations urbaines, en plein centre-ville d’Alger, ou dans les tramways de la capitale et un peu partout dans les communes, les réfugiés, en famille, font la manche en quête de nourriture et d’argent. Ces scènes affligeantes qui font mal au coeur, se répètent à longueur de journée sous l’oeil indifférent des services concernés qui devraient réagir pour les prendre en charge. Lors de notre tournée, nous avons rencontré une des familles syriennes réfugiées qui s’est « installée » au square Port Saïd, en plein centre d’Alger. Cette famille, composée d’un homme, de son épouse et de ses trois petits enfants, dont le plus grand s’adonne à la mendicité, est originaire de Tartous où les combats sont intenses entre l’armée syrienne, les terroristes de l’Etat Islamique (EI) et les insurgés. Ils ont, selon le chef de famille, débarqué à Alger, voilà près d’un an de cela, évitant ainsi, de peu, de se faire massacrer dans une guerre horrible qui fait rage en Syrie.

Les déboires de la famille Abdoussalem Hannah

Abdoussalam Hannah Mahmoud nous a raconté ses souffrances et comment en famille, ainsi que beaucoup d’autres, ils ont regagné Alger. « Nous sommes originaires de Tartous, une ville côtière à 160 km de la capitale Damas. Dans cette ville, les manifestations anti-Assad ont débuté en 2011, entre la fin du mois d’avril et le début du mois de mai. Aujourd’hui, les combats font rage entre l’armée syrienne et les groupes armés de Nosra, de Daech et l’armée libre », relatait les larmes aux yeux, le père, pleurant sur la situation actuelle de sa famille, de son pays et de ses proches. L’homme est désemparé, car il est responsable de cinq personnes et doit subvenir à leurs besoins. Le square Port- Saïd, à Alger, est devenu un havre de paix pour les Syriens qui ont échappé au massacre en regagnant Alger par voie maritime, mais à quel prix. « J’ai payé une somme faramineuse pour sauver mes enfants et ma femme. Je ne peux pas vous dévoiler le montant, cela se chiffre en dizaines de milliers de livres que j’ai déboursées pour arriver en Algérie après une escale en Egypte et en Libye », ajoute ce père de famille. Cette dramatique situation des Syriens, qui n’ont pas encore le statut de réfugiés, n’a suscité, jusqu’à présent, aucune réaction officielle de nos responsables. En attendant, ils vivent de la charité des citoyens algériens. À Birkhadem, les réfugiés syriens ont investi les mosquées. A El Biar, ce sont les boutiques qui sont leur cible. Selon plusieurs témoins, des réfugiés syriens, dont la majorité sont des femmes ont sollicité des emplois précaires aux propriétaires de magasins afin de les aider à survivre. « Des femmes munies de plusieurs papiers et de passeports bleus (syriens), sont entrées et elles ont demandé aux clients et au propriétaire de leur donner de l’argent », nous a raconté un témoin.

Une nouvelle forme de la mendicité défigure Alger

Une mendicité nouvelle est en train de s’installer. Ils ont envahi, par centaines, les rues d’Alger et de Blida, à l’instar d’autres villes du pays, allant jusqu’à prendre d’assaut les trains. Dans les gares et à l’intérieur des wagons, des familles entières mendient, devant des usagers quelque peu dans la gêne. Des enfants âgés de 4 à 12 ans sillonnent, par dizaines, les rues de la capitale, et les places publiques pour solliciter des Algérois de l’argent et de la nourriture.

Venus de la ville d’Homs comme beaucoup d’autres Syriens, Houssam et ses petits frères ont, depuis leur arrivée en Algérie, mendié pour subvenir à leurs besoins élémentaires, selon les propos de leur mère. Ils ont dressé une tente en plein centre-ville de Boufarik, aux côtés de dizaines d’autres abritant des familles maliennes installées sur les lieux depuis des mois. C’est à partir de ces habitations de fortune que les Syriens, de tous âges, investissent la gare ferroviaire de Boufarik, devenue leur eldorado par excellence.

Les mosquées et les gares ferroviaires prises d’assaut

Rassemblés devant les entrées principales des mosquées de la commune de Birkhadem, les réfugiés syriens, en majorité des hommes, sollicitent, juste après la fin de la prière du vendredi, les fidèles afin de les aider financièrement. Brandissant des passeports bleus pour attester de leur nationalité, ils demandent aux fidèles de les aider à se nourrir, clamant qu’il ne leur reste pratiquement plus rien. Selon l’une des diverses versions des faits, la plupart des réfugiés syriens actuellement en Algérie sont des gitans « hadjer ». Une communauté qui connaît des mouvements migratoires à longueur d’année, ce qui explique, peut-être, pourquoi un nombre aussi important de ces Syriens est allé se réfugier jusque dans l’Algérie lointaine, pays du million et demi de martyrs, comme  ils se plaisent à la qualifier. Une communauté de grands voyageurs connue et reconnue. Quant à la solidarité des Algériens avec les réfugiés syriens, elle se passe de tout commentaire. La quasi-totalité répond favorablement et très généreusement à leurs doléances. Certains donnent de l’argent, d’autres les invitent carrément à partager leur table en guise de solidarité. Toutefois, le grand problème des enfants mendiants, un phénomène qui connaît un boom sans précédent, reste entièrement posé.

Les réfugiés syriens avec des faux passeports turcs

Des ressortissants Syriens sont entrés en Algérie avec de faux passeports achetés en Turquie, selon les services de sécurité. La découverte de ce grand trafic a eu lieu à l’Aéroport International d’Alger, Houari- Boumediene. En effet, Les services de sécurité ont découvert et avorté un important réseau transnational de trafic de faux passeports établi à Istanbul en Turquie, suite à l’arrestation de plusieurs réfugiés syriens qui tentaient de regagner la Tunisie via les frontières du pays avec de faux documents de voyage. L’audition de ces ressortissants a permis aux gendarmes en charge de cette affaire de comprendre le fonctionnement de ce réseau. Selon les investigations menées par les enquêteurs de Bir El Ater (Tébessa), après l’audition des Syriens, ces derniers ont réussi à entrer en Algérie via les aéroports, notamment celui d’Alger Houari-Boumediene, avec de faux passeports fabriqués dans la capitale turque, Istanbul. D’après les révélations faites par les syriens concernés, ces derniers ont acheté ces faux passeports auprès des trafiquants turcs, spécialistes en la matière, à raison de 700 dollars l’unité. C’est grâce à celà que les Syriens mis en cause dans cette affaire, sont parvenus à regagner l’Algérie via des vols Istanbul-Alger et Istanbul-Oran. Les services de sécurité algériens ont intercepté deux Syriens en possession de passeports contrefaits

(portant la date de 5 juillet 2014) qui, à leur tour, ont dévoilé le grand trafic. Aucun cachet de la PAF (police de l’air et des frontières) n’est porté sur les passeports confisqués aux Syriens, faut-il le souligner. L’enquête avec les deux concernés a montré qu’il s’agissait de faux passeports. L’arrestation des deux Syriens s’est produite aux environs de 2 heures du matin le 25 décembre 2014, dans la localité dite El Thelijane au niveau de la RN 01. À noter que les gendarmes motards ont été précédemment informés du passage des Syriens à bord d’un bus de voyageurs de la ligne Alger-Bir El Ater. Après l’interception de ce bus, le contrôle d’identité des deux Syriens, effectué par les gendarmes motards, a éveillé leurs soupçons, leur passeport ne contenait pas le visa d’entrée et sortie du territoire national. Les gendarmes ont, alors, emmené les Syriens au siège de la brigade territoriale d’El Thlijane pour procéder à un contrôle approfondi des passeports confisqués. C’est alors que l’un des deux Syriens a déclaré aux gendarmes que son nom est Kh. D., contrairement à celui inscrit sur le passeport. « Nous avons contacté la compagnie nationale Air Algérie pour connaître l’identité des deux Syriens, cela nous a permis de savoir leurs vrais noms et prénoms. Lors de l’interrogatoire, les deux Syriens ont avoué qu’ils avaient acheté les deux passeports à Istanbul auprès d’un réseau transnational spécialisé dans la fabrication des faux passeports en contrepartie d’une somme d’argent estimée à 700 dollars pour une seule pièce », c’est ce qu’a révélé une source sécuritaire à Dziri Mag. De son côté, le réfugié syrien nommé M. T. a avoué, également, que son vrai passeport se trouve chez son frère qui possède un restaurant dans la commune de Bab Ezzouar, à Alger. Ce n’est pas tout, les Syriens ont déclaré aux enquêteurs de la brigade de Bir El Ater qu’ils avaient l’intention de regagner la Tunisie par la route avant de rallier l’Ile de Lampedusa en Italie. Agés de 21 et 24 ans, les mis en cause répondent aux initiales M. T. et S. A. Le premier réside à Istanbul et le second est natif de Damas. Ils ont été placés sous mandat de dépôt en attendant les suites de l’enquête. Echaudés par cette affaire, les gendarmes sont sur le qui-vive au niveau des frontières, tandis qu’une alerte a été donnée aux responsables des aéroports du pays, afin de contrecarrer ce genre de trafic.

Le Lieutenant-Colonel Abdelhamid Kerroud

DE LA GENDARMERIE NATIONALE

« NOS TROUPES SONT SUR LE QUI-VIVE AUX FRONTIÈRES »

Réalisé par : Sofiane Yousfi

Dziri : Les réfugiés syriens continuent de débarquer massivement en Algérie, quelles sont les mesures prises face à ce fléau ?

Lieutenant-Colonel Abdelhamid Kerroud : Tout d’abord, il faut préciser que les frontières sont à 95% sécurisées. Nos troupes composées de garde-frontières et les Sections de Sécurité et d’Intervention sont mobilisés tout au long des frontières. Certes, malgré ce dispositif très impressionnant de nos unités, les tentatives d’évasion des réfugiés syriens vers la Libye et la Tunisie continuent à avoir lieu. Sur ce plan, nous avons interpellé des centaines de Syriens qui tentaient de rejoindre les Iles de Lampedusa.

Des Syriens ont été appréhendés avec de faux passeports fabriqués en Turquie, quel est l’impact de ce trafic sur la sécurité nationale ?

Oui, c’est vrai que certains Syriens ont recouru aux faux passeports pour pouvoir entrer en Algérie. D’ailleurs, nous avons découvert ce genre de trafic à fin décembre de l’année passée. Cela nous a emmené à alerter même Interpol, car ces ressortissants syriens qui sont entrés chez nous avec de faux documents, des noms empruntés et des sommes colossales en devises peuvent avoir des répercussions dramatiques dans la région. L’alerte est donnée et tous les aéroports sont hautement sécurisés pour plus de contrôle des voyageurs qui débarquent par milliers chaque jour.

Y’a-t-il des contrôles récurrents soumis aux réfugiés syriens ?

Oui bien sûr, nous effectuons régulièrement des contrôles des réfugiés, pas seulement les Syriens mais d’autres nationalités qui se sont installées au pays. Nous contrôlons les documents de ces réfugiés de guerre tout comme nous effectuons, régulièrement, des opérations de contrôles des lieux où sont hébergés ces réfugiés. Pour ceux qui, aujourd›hui, détiennent des commerces dans les villes algériennes, nous effectuons, aussi, des contrôles inopinés. En revanche, nous sécurisons ces réfugiés, car faut-il le signaler, parmi ces Syriens et autres nationalités, figurent des bébés, des enfants, des femmes et des personnes âgées.

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