L’urbanisme

L’urbanisme

Un grand défi à relever

DE L’INDÉPENDANCE JUSQU’EN 1990, LA POLITIQUE NATIONALE EN MATIÈRE D’URBANISME A ÉTÉ MARQUÉE PAR UN GRAND VOLONTARISME DE L’ÉTAT FINANCÉ SUR LA BASE DES RECETTES DES HYDROCARBURES.

Par : Farid Bouhatta

La politique des industries initiée durant les années 60 par le défunt président de la République, Houari Boumediène, a eu des retombées directes sur l’aménagement de l’espace national, particulièrement les parties du territoire appelées à accueillir les activités de production massive, à savoir les hydrocarbures, la sidérurgie et les industries mécaniques lourdes. En parallèle, la ville algérienne ne se développait pas sur le plan qualitatif et quantitatif (production faible de l’habitat urbain).

Les dysfonctionnements et les retards concernant la ville algérienne, en matière de qualité des espaces urbains, sont à l’origine des grandes difficultés à satisfaire la demande en logements et en équipements.

Par ailleurs, la planification urbaine algérienne entreprise lors des deux premières décennies de l’indépendance était caractérisée, d’une part, par des efforts d’investissement productif importants et, d’autre part, par une approche sectorielle de la planification.

Selon l’Office National des Statistiques (ONS), aujourd’hui, l’espace urbain abrite quasiment sept Algériens sur dix. Parallèlement à cette hypertrophie urbaine, la structure spatiale du pays se caractérise par une forte polarisation sur le Nord et plus particulièrement sur la bande côtière. Actuellement, « Neuf Algériens sur dix vivent dans le nord (du littoral à la limite nord de l’Atlas Saharien) sur un peu plus d’un dixième de la superficie du pays (12%). Inversement, un dixième seulement de la population vit dans plus de 2 00 0000 km2 (soit 88% du territoire) », Peut-on lire sur le site officiel de l’ONS.

Cette structure géographique profondément déséquilibrée marque l’ampleur du problème auquel l’Algérie doit faire face présentement et même à l’avenir.

En dépit de leur saturation aussi bien au niveau du marché du travail qu’au niveau des assiettes foncières et du logement, les grandes villes et particulièrement celles des grandes métropoles continuent à attirer beaucoup de monde tout en enregistrant des taux de croissance les plus bas d’une décennie à l’autre. En effet, les quatre métropoles (Alger, Constantine, Oran et Annaba) que compte le pays et qui figurent parmi les agglomérations chefs-lieux de wilaya ont enregistré les taux les plus faibles en matière de croissance.

Par contre, leurs espaces périphériques, qui sont en général le lieu de report de leur croissance urbaine, connaissent des taux de croissance de plus en plus forts. A titre d’exemple, pour Alger, ce sont les agglomérations de Birtouta, Heuraoua, les Dunes, Douera, Baba Hassan et Kheraicia qui sont en plein essor. Pour Constantine, ce sont les agglomérations d’Ali Mendjeli, El-Khroub, Zouaghi, Ibn Badis, Hamma Bouziane et Ain Smara qui ont connu une hausse sans précédent en matière de développement urbanistique. Puis suit la ville d’Oran où les agglomérations d’Ain Beida, Ain Turk, Sidi Chami et Ennedjma ont enregistré un développement très remarquable en matière de projets réalisés.

Différentiée dans l’espace, cette urbanisation est un phénomène durable qui aura tendance à s’intensifier dans les prochaines décennies, d’après les projets inscrits par les autorités concernées. Cette évolution est liée à un taux d’accroissement naturel élevé et à une forte pression migratoire, autant de caractéristiques que l’on relève dans l’ensemble des pays en développement.

De ce fait, dans la totalité des villes, leur croissance se fait à un rythme supérieur à celui de la population nationale.

En Algérie, malgré un début de rééquilibrage des disparités régionales en matière de concentration de la population citadine, les zones littorales demeurent le lieu d’implantation privilégié des villes. En ce qui concerne l’explosion urbaine qui caractérise la périphérie des grands centres (Oran, Alger, Annaba), l’un des faits les plus significatifs est l’intensification des relations entre ces centres et leurs périphéries.

Selon l’Office National des Statistiques (ONS), aujourd’hui, l’espace urbain abrite quasiment sept Algériens sur dix.

La ville victime du tout-logement

Source d’émeutes récurrentes, des malaises infinis, de sentiments d’injustice et de pression, le logement est devenu, au fil des années, la préoccupation de chaque citoyen. En dix années, près d’un million de logements auraient été construits en Algérie pour répondre à une demande de plus en plus croissante.Le gouvernement a, entre temps, annoncé et lancé de nouveaux programmes de réalisation afin d’absorber la forte demande des citoyens.

L’Etat promet, en effet, la réalisation de plus de deux millions de logements dans les années à venir. On assiste à une urbanisation accélérée jamais faite depuis l’indépendance. « Construire en urgence » est l’unique alternative face à des Algériens très exigeants à réclamer leur part de propriété.

Parmi les causes principales qui ont basculé le système, figure l’exode rural qui prend, de plus en plus de proportions considérables. On assiste à une concentration démographique très élevée dans l’urbain. Cependant, face à cette hypertrophie, comment peut-on répondre aux besoins des populations qui vivent dans la ville ?

Experts et chercheurs universitaires s’inquiètent et réclament que l’urgence cesse. Ils veulent redéfinir et réfléchir l’acte de bâtir en Algérie. Rafik Belamane, président du Syndicat national des architectes algériens agréés, pense que la politique de bâtir en Algérie doit s’orienter vers la location et au retour des HLM (habitations à loyer modéré). « L’Etat s’est imposé un défi : régler la crise du logement à travers des attributions de logements sociaux. C’est honorable. Mais c’est la manière qui pose, à mon sens, problème. Il faut attaquer le mal à la racine. Il faut remettre en question l’accès au logement social, l’accès à la propriété. L’Etat doit gérer son parc immobilier. L’Algérie doit aujourd’hui aller vers la location, et les HLM. Cela dit, le marché locatif est une alternative que l’Etat doit prendre en charge », suggère-t-il.

L’habitat est, par ailleurs, devenu une affaire de logements, de bâtisses où les gens sont installés et déplacés sans qu’on tienne compte de leur groupe d’appartenance, de vivre ensemble dans un espace harmonieux.

Capital sans bidonvilles, pas pour demain

Eu égard à la cadence avec laquelle de nouveaux sites de baraquements voient le jour, la stratégie devant permettre l’éradication définitive des bidonvilles dans la capitale semble sérieusement compromise. Le ministre de l’Habitat avait, dans une récente déclaration, fait état de l’existence de 75 000 baraques dans la capitale.

Cette donne ne prend évidemment pas en compte les nouvelles baraques qui viennent se greffer aux sites des bidonvilles déjà existants, ainsi que la création de nouveaux bidonvilles, tantôt sur les sites éradiqués, tantôt sur de nouvelles parcelles. A Eramli, dans la commune du Gué de Constantine, les services de l’APC ont recensé près de 4 200 baraques, faisant de ce site le plus grand baraquement de la capitale.

Cependant, ce chiffre est en continuelle évolution, car de nombreuses nouvelles habitations illicites se construisent sur les abords du campement. En l’absence d’une instance chargée de surveiller ces extensions opérées dans le périmètre du bidonville, les statistiques seront toujours erronées.

À Dergana, une localité distante d’une vingtaine de kilomètres d’Alger, pas moins de quatre sites ont été éradiqués et leurs occupants recasés. À la place de ces bidonvilles d’autres sont en train de voir le jour en toute impunité.

Le ministre de l’Habitat avait, dans une récente déclaration, fait état de l’existence de 75 000 baraques dans la capitale.

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