Rencontre FCE / Premier ministre

Rencontre FCE / Premier ministre

LE PRIVÉ IMPLIQUÉ OU INTERESSÉ PAR LA RELANCE DE L’ÉCONOMIE ?

L’OUVERTURE TOTALE DE L’ENSEMBLE DES ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES AU SECTEUR
PRIVÉ, LE FINANCEMENT DE L’ENTREPRISE, LA FISCALITÉ, L’ENVIRONNEMENT DE
L’ENTRE RISE, LA POLITIQUE NATIONALE DES PRIX ET LES SUBVENTIONS, TELLES SONT
LES GRANDES LIGNES D’UNE SÉRIE DE PROPOSITIONS QUE COMPTE PRÉSENTER LE
FORUM DES CHEFS D’ENTREPRISES (FCE) AU PREMIER MINISTRE. L’OBJECTIF PRINCIPAL
ÉTANT DE RELANCER L’ÉCONOMIE NATIONALE.

Par : Malika Bouhafess

Dans son « plaidoyer», le FCE, évoquant l’article 37 de la Constitution garantissant la liberté président de fced’entreprendre dans le commerce et l’industrie, continue de défendre bec et ongles l’ouverture de l’ensemble des activités économiques au secteur privé y compris celles des transports maritimes et aériens, ainsi que l’amont hydrocarbure jusque-là détenus exclusivement pas le secteur public. Une ouverture qu’il estimera plus que jamais nécessaire et impérative. Ainsi, pour les cinq années à venir, dans son programme qu’il a qualifié de « vrai plan d’émergence» et de « consécration de la liberté aux opérateurs privés d’investir dans tous les secteurs d’activité » hormis celui de la sécurité, le FCE tablant sur un taux de croissance évalué à 8%, prévoit la création annuelle de 60.000 nouvelles entreprises devant générer quelque deux millions d’emplois dans les secteurs de l’industrie pour lesquels le FCE augure une augmentation de 15% dans le PIB, de l’agriculture, du BTP et celui des services. « La situation économique du pays est difficile aujourd’hui (…), nous n’avons pas d’autres choix que d’aller vers l’industrie et l’agriculture », a insisté le patron des patrons. De ce fait, pour accompagner les investisseurs nationaux, le FCE suggère de créer un Fonds d’investissements doté d’un capital équivalant à 10 milliards de dollars dans une première phase. Sur un élément indissociable de l’acte d’investir, celui du foncier, en l’occurrence le FCE, revendique la concession au privé national d’assiettes foncières lui permettant de créer et d’aménager des parcs industriels le long de l’autoroute.

D’autre part, au plan gestion et gouvernance, le FCE se dira en faveur de la dépénalisation de l’acte de gestion et la libération des initiatives.

Côté fiscal, le FCE réitérant une proposition du Premier ministre qui avait indiqué le chiffre de 3 700 milliards DA circulant dans l’informel, propose le lancement d’une « opération d’assainissement fiscal » qui devra permettre l’intégration dans le circuit bancaire de la masse monétaire « colossale » circulant dans le secteur informel avec une taxe de 10%. Pour l’organisation patronale, cette mesure viendra renflouer les caisses de l’Etat, et par ricochet souscrirait l’investissement des fonds récupérés dans le lancement de projets créateurs de richesses et d’emplois. Toujours dans son volet fiscal, le « plaidoyer du FCE » plaidant pour la réforme de la fiscalité locale ainsi que la baisse de la pression fiscale, appellera à l’abolition de la TAP dans sa forme actuelle, à la réduction à 5% du taux de l’impôt sur le bénéfice des sociétés (IBS) pour les activités de biens et services, l’éliminer pour l’IBS réinvesti et l’augmenter à 30% pour les activités d’importation de biens et services, alors que l’IBS est actuellement à 23% pour tout type d’activité.

Dans ce contexte, outre son appel aux pouvoirs publics de réviser la politique nationale des prix et des subventions afin que seules les couches défavorisées en soient les réels bénéficiaires, le FCE invitera les citoyens à participer au financement de l’économie. Pour ce faire, il suggèrera le lancement d’un emprunt national de 2 000 milliards DA. Pour Ali Haddad, il s’agit de récupérer cette « formidable masse monétaire en circulation sur le marché sans pour autant servir des activités productives ».

En somme, les propositions économiques du FCE viendront contribuer au développement de l’économie nationale à travers une réduction de 15 milliards de dollars de la facture d’importation et une augmentation de 10 milliards de celle des exportations.

Le « Plaidoyer du FCE », document-cadre synthétisant les principales propositions résultant d’un cycle de rencontres que l’organisation patronale a initié avec plusieurs institutions publiques, et que le FCE souhaite son introduction dans les dispositions de la loi de finances 2016, après bien évidemment qu’il soit soumis au Premier ministre. C’était à la mi-avril dernier, lors d’une conférence de presse sanctionnant les travaux du conseil exécutif élargi aux membres du Forum.

Il est vrai que pour les plus avertis, les propositions faites aujourd’hui par le Forum n’ont rien de « révolutionnaires » selon Brahim Benabdesselam, vice-président du FCE chargé des affaires économiques, puisqu’elles ont de tout temps constitué le principal des revendications des patrons privés, mais il n’en demeure pas moins qu’elles diffèrent par leur « mode opératoire » applicable rapidement via la loi de finances 2016.

Mourad Goumiri à propos des récentes propositions du FCE :

« ELLES VONT DANS L’INTÉRÊT DE LEURS FONDATEURS, PAS DE L’ÉCONOMIE NATIONALE »

MOURAD GOUMIRI, ÉCONOMISTE,W REVIENT DANS CET ENTRETIEN ACCORDÉ À DZIRI MAGAZINE SUR LA DERNIÈRE SORTIE MÉDIATIQUE DU FCE, PROPOSANT UNE NOUVELLE FOIS UNE SÉRIE DE PROPOSITIONS POUR « LA RELANCE DE L’ÉCONOMIE NATIONALE».

Propos recueillis par : Malika Bouhafess

Dziri Magazine : Le Forum des chefs d’entreprises (FCE) a formulé un certain nombre de propositions pour la relance de l’économie nationale à l’horizon 2020, qu’il soumettra au Premier ministre. Quelle lecture en faites-vous ?

M.Goumiri : Les éléments qui figurent dans les propositions du FCE pour la relance de l’économie, ont été déjà présentés lors de la présidence de R. Hamiani et ne représentent qu’une vision rentière de l’organisation économique et sociale, sans axes stratégiques découpés en séquences et des politiques sectorielles à moyen et long terme, construite sur des logiques de développement durable. Autant dire que ces propositions vont dans l’intérêt personnel de leurs fondateurs mais certainement pas dans celui de l’économie en général. Le Pouvoir faible actuel, n’est pas en mesure de satisfaire leurs désidératas puisque la rente pétrolière s’épuise, il ne pourra que leurs faire des promesses de gascons et mener une politique de fuite en avant.

Entre autres suggestions, hormis le domaine de la sécurité, le FCE plaide pour une ouverture totale des investissements au secteur privé. Concrètement, quelle est la faisabilité et la compatibilité de cette revendication avec la politique économique nationale ?

Pourquoi pas la privatisation de la sécurité si elle garantissait de meilleurs rendements sécuritaires ? En fait, le patron du FCE souhaite, ce qui est légitime, accaparer les rentes juteuses qui sont aujourd’hui le monopole du secteur public rentier ni plus ni moins et notamment dans le secteur des services et des hydrocarbures. Pour le reste, il ne veut surtout pas s’investir dans des projets industriels à haute valeur ajoutée dont la maturité se réalise à moyen et long terme… ce qui l’intéresse c’est la rapine à courtes échéances et son blanchiment pour l’investir… pourquoi pas à… Barcelone !

Outre son appel à une baisse de la pression fiscale au profit de l’entreprise, et un assainissement fiscal devant intégrer le secteur informel dans le circuit bancaire, le Forum sollicite la création d’un fonds d’investissements pour accompagner les investissements nationaux. Sera-t-il un fonds national d’investissement bis ?

L’enjeu de la pression fiscale, qui ne veut pas dire son nom, c’est l’amnistie fiscale, déjà proposée par l’ancien Président du FCE qui consiste tout simplement à un blanchiment par les pouvoirs publics de toutes les fortunes douteuses accumulées depuis l’indépendance à nos jours et qui pour la majorité sont investies à l’étranger. En d’autres termes, l’état va pardonner à tous ceux qui se sont enrichis illégalement depuis 1962 ! C’est cela le véritable enjeu, pour le reste, c’est à dire le fameux Fonds d’investissement, il s’agit de récupérer les deniers publics entreposés, illégalement et anticonstitutionnellement, dans le Fonds de péréquation de quelque 180 milliards de US$, ainsi la boucle est bouclée. A l’évidence, il ne s’agit pas d’intégrer la quarantaine de banques privées internationales qui activent sur le marché mais bien de faire main basse sur les deniers publics, y compris ceux mobilisés par les banques publiques comme crédits-relais.

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