Une conférence pour recadrer les exportations

Une conférence pour recadrer les exportations

L’ offre exportable, la plus grande absente

LA CONFÉRENCE NATIONALE SUR LE COMMERCE EXTÉRIEUR S’EST TENUE LES 30 ET 31 MARS DERNIERS AU NIVEAU DU PALAIS DES NATIONS, ALGER. EN DÉPIT D’UN CERTAIN NOMBRE DE RECOMMANDATIONS ARRÊTÉES, BEAUCOUP DE QUESTIONS SONT RESTÉES OUVERTES ET SANS SUITE. ET POUR CAUSE, PARLER D’EXPORTATION EN L’ABSENCE D’UNE PRODUCTION PERFORMANTE ET COMPÉTITIVE SERAIT TOUT SIMPLEMENT METTRE LA CHARRUE AVANT LES BOEUFS.

Par : Malika Bouhafess

Si les constats ont été dressés dénonçant l’incapacité du pays d’aller vers les marchés mondiaux, il a été clairement relevé que les exportations demeurent tributaires, en qualité et en quantité, d’une production nationale concurrentielle et compétitive pouvant réellement dégager une plus-value et s’imposer à l’international. Ce n’est qu’à ce stade, et pas avant, que l’Algérie pourra se targuer de sa capacité à substituer, pour une grande partie, une économie prisonnière des fluctuations des cours  des hydrocarbures sur les marchés mondiaux. D’ailleurs, il aura fallu cette dernière crise des prix du pétrole qui depuis des mois fait la pluie et le beau temps sur les économies du monde, notamment celles émergeantes ou en développement, peu importe l’appellation, pour que les pouvoirs publics, jusque-là paisibles et confiants de la manne pétrolière, manifestent leurs inquiétude et préoccupation. Et pour cause, l’économie dirigée, ayant caractérisé les vingt premières années de l’indépendance, étant officiellement loin dernière, l’Algérie qui manifestement bon gré mal gré a ouvert son marché à l’extérieur, ce que les économistes nomment l’économie de marché ne s’est toujours pas dotée d’une stratégie de développement notamment de son commerce extérieur à même d’aller à la conquête des marchés mondiaux. C’est là d’ailleurs, un des facteurs expliquant d’une part la forte dépendance des importations en tous genres, et d’autre part le retard pris dans le processus de diversification économique. En témoigne cette aberration où des facilités sont beaucoup « plus accordées aux importations qu’aux exportations », diront certains experts et autres opérateurs économiques présents à cette conférence nationale sur le Commerce extérieur, première du genre. Conséquences : un taux d’intégration piteux du commerce. A cela s’ajoute « un faible accès, malgré l’accord d’association extérieur national tant au plan régional que continental notamment aux échanges intra-africains avec l’UE, des produits algériens au marché européen, protégé par des barrières non tarifaires et de normes sanitaires et phytosanitaires ». Autres répercussions glosant particulièrement tel que l’a souligné durant cette conférence le rapport de l’atelier N°1 « les déficits de l’environnement institutionnel se traduisant notamment par des règlements sanitaires inadaptés, des agences dédiées au contrôle des normes non mises en place, l’inexistence de relais extérieurs de l’agence de promotion des exportations, faiblesse d’accompagnement par le système financier et bancaire approprié sur les marchés d’exportation, absence de positionnement marketing des produits algériens sur les marchés extérieurs, place marginale des TIC et des services dans la stratégie d’exportation ».

Aussi, face à une menace certaine sur les équilibres financiers extérieurs et intérieurs et les déficits de la balance commerciale, résultats directs de la baisse des recettes extérieures des hydrocarbures, il est plus qu’impératif qu’urgent pour le pays, dans un contexte de mondialisation et de globalisation, d’opérer une révision de son modèle économique en adoptant des mesures à même d’améliorer la gouvernance et la transparence dans les opérations du commerce extérieur. Ce qui devrait forcement se faire à travers l’amélioration de l’environnement et du climat des affaires pour une meilleure pertinence de la mise en oeuvre de la stratégie nationale de promotion du commerce extérieur, qui, quant à elle, requiert des instruments et des outils d’appui et de promotion efficaces ayant un impact direct sur l’entreprise et son environnement.

Il aura fallu cette dernière crise des prix du pétrole qui depuis des mois fait la pluie et le beau temps sur les économies du monde, notamment celles émergeantes ou en développement pour que les pouvoirs publics manifestent leurs inquiétude et préoccupation.

En matière de régulation des importations, il est préconisé de :

1-Professionnaliser le métier d’importateur en ne permettant l’importation pour la revente en l’état qu’aux opérateurs ayant exercé depuis plus de 3 ans dans la filière ;

2-Financer les importations des produits destinés à la revente en l’état uniquement sur fonds propre ou sur les revenus réalisés sur les opérations d’exportations ;

3-Renforcer le contrôle de la qualité des produits importés par la refonte du dispositif de contrôle aux frontières et sa nécessaire mise à niveau ;

4-Développer des mesures de protection non tarifaires dans le respect de nos engagements internationaux.

Pour l’amélioration de l’environnement du commerce extérieur

1-Dépénaliser l’acte d’exporter ;

2-Prolonger le délai de rapatriement à 300 jours ;

3-Elargir les incoterms en les adaptant aux besoins des exportateurs ;

4-Réduire les délais de récupération de la TVA auprès du service des impôts (logiciel à interconnecter entre les services des impôts et des douanes) ;

5-Prévoir des ports spécialisés à l’exportation (ou ports secs) ainsi qu’un espace dédié au sein de l’aéroport d’Alger ;

6-Autoriser des opérations de triangulation à l’exportation, y compris celles intégrant un matériel importé et réexporté en l’état pour compléter des produits manufacturés en Algérie ;

7-Lever la confusion figurant dans le règlement de la banque d’Algérie entre l’investissement à l’étranger et le bureau de représentation proprement dit de l’entreprise.

Principales recommandations

Au plan économique : Il a été essentiellement recommandé de soutenir les entreprises ayant un potentiel, réduire progressivement l’économie informelle dans la sphère productive et commerciale, valoriser à travers la stratégie de modernisation et d’adaptation des instruments de commercialisation et de marketing à l’export les produits agricoles phares pour lesquels l’Algérie bénéficie d’avantages comparatifs tels que les produits bio, les dattes, les figues sèches, les olives de qualité, les huiles et les vins….

Par ailleurs, outre les perspectives réelles qu’offrent à l’exportation les secteurs de l’artisanat, des industries agro-alimentaires, du tourisme, l’implication de la communauté algérienne à l’étranger comme étant un vecteur favorable est indispensable aux démarches d’exportation.

Au plan institutionnel : Il a été entre autres préconisé de perfectionner et de renforcer les instruments existants dans l’objectif de faciliter les procédures et d’accompagner par des professionnels dans les démarches d’export et ce, à travers la création de représentations extérieures d’Algex, la professionnalisation des représentations diplomatiques extérieures et les chambres de commerce au plan commercial. A ce titre, il a été préconisé que les statuts de cette agence soient entièrement réformés afin de lui permettre de s’insérer pleinement et avec les moyens adéquats dans la stratégie à mettre en place afin de réaliser les objectifs qui lui seront confiés et répondre aussi bien aux besoins des entreprises que des pouvoirs publics et jouer ainsi pleinement son rôle de promotion du commerce extérieur.

Outre l’appel lancé pour la mise en place d’un observatoire du commerce extérieur, ainsi que celle d’un conseil consultatif de promotion des exportations créé par l’ordonnance 03-04, réforme de fonds du FSPE (Fonds de Soutien et de Promotion des Exportations) dont la gestion doit être déléguée à Algex, a été fortement sollicitée.

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