Amendement du code pénal

Amendement du code pénal

La femme algérienne au coeur des débats

LE PROJET DE LOI CONDAMNANT LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES A ÉTÉ VOTÉ
LE MOIS DE MARS DERNIER À L’ASSEMBLÉE POPULAIRE NATIONALE (APN), DANS UNE
AMBIANCE TRÈS CONTROVERSÉE.

Par : Farid Bouhatta

Par ailleurs, ce texte, qui modifie et complète le Code pénal, introduit également la notion de harcèlement sur les lieux publics et dans le milieu conjugal. Il stipule que « quiconque assène volontairement des coups à son conjoint, provoquant des blessures, risque de 1 à 20 ans de prison, allant à la réclusion à perpétuité, en cas de décès de la victime ». Un autre article

condamne de six mois à deux ans de prison, « quiconque exerce sur son épouse des pressions, afin de disposer de ses biens ou de ses ressources financières ».

L’Algérie est ainsi le deuxième pays du Maghreb, après la Tunisie, à condamner les violences contre les femmes.

En effet, cette loi a suscité une véritable polémique au sein même del’hémicycle.  Certains députés ainsi que des représentants des partis politiques, ont applaudi l’adoption des nouveaux amendements introduits au code pénal, et d’autres ont préféré, quant à eux, s’abstenir, jugeant que cette démarche est une atteinte à la famille. Le texte est « contraire aux préceptes coraniques et vise à la dislocation de la famille », a estimé le député Naâmane Belaouar de l’Alliance d’Algérie Verte (AAV).

Les islamistes et d’autres courants politiques s’abstiennent

Nadia Chouitem députée du Parti des Travailleurs (PT), qui s’est abstenue lors du vote du projet de loi, a souhaité que « le gouvernement prenne en charge le phénomène de la violence contre les femmes dans le cadre d’une loi-cadre plutôt qu’une loi pénale », qualifiant ainsi le nouveau texte de « non positif ».

La députée du PT a, en outre, salué « l’introduction pour la première fois de la notion de violence conjugale morale, laquelle est récente dans le vocabulaire juridique à l’échelle mondiale », se réjouissant que « le gouvernement algérien ait pris en considération ce phénomène ».

De son côté, la Secrétaire générale de l’Union nationale des femmes algériennes (UNFA), Nouria Hafsi, a applaudi « tout ce qui vient renforcer l’arsenal juridique de lutte contre la violence faite aux femmes », relevant, toutefois, des « contradictions » dans le nouveau texte. Et d’enchaîner : « Ce sont des dispositions contradictoires, notamment dans le cas où la victime retire sa plainte, ce qui entraîne l’arrêt des poursuites à l’encontre de l’auteur de l’agression. Or, si on veut mettre fin à la violence, il faut tenir compte de l’esprit de la loi ».

Interrogé sur la question, M. Abdel Madjid Menasra, Président du Front du changement, pense que « Les féministes, en Algérie, se sont trompées de méthode. Cela nous éloigne des vrais débats », et : « que l’homme est, lui aussi, violenté par le chômage et la corruption ».

« Nous sommes avec le gouvernement »

Des femmes membres de l’Assemblée populaire nationale (APN) ont applaudi l’adoption des nouveaux amendements introduits au code pénal, notamment ceux se rapportant à la violence contre les femmes.

Interrogées par l’APS à l’issue du vote en séance plénière du projet de loi amendant et complétant l’ordonnance 66-156 du 8 juin 1966 portant code pénal, des députées ont salué la démarche du gouvernement consistant à « renforcer la protection des femmes victimes de violence ».

Représentant le Front des Forces

Socialistes (FFS) qui a approuvé les amendements et voté en faveur du projet de loi, Baya Djenane, a estimé que la violence contre les femmes « est un problème de fond qui doit être traité d’abord par l’éducation ». Elle a ajouté que « ce phénomène est la résultante de la décennie noire et que pour le combattre, il faut d’abord s’attaquer à ses causes, telles que la pauvreté, le chômage, etc. ».

« Nous militons pour que la femme algérienne s’intègre mieux dans la société et défendons le principe de l’égalité homme-femme en tenant compte des spécificités de notre société », a-t-elle poursuivi.

« Le phénomène prend des proportions inquiétantes dans notre pays », a-t-elle déploré, se référant aux statistiques des différents services de sécurité à ce sujet.

De son côté, Salima Otmani, issue du groupe parlementaire du Front de libération nationale (FLN), a affirmé que son parti « a voté les amendements introduits au code pénal car allant dans le sens de la protection des droits et des acquis des femmes ». Et d’ajouter que « la violence constitue une menace aussi bien pour la femme que pour ses acquis », qualifiant de « victoire » l’approbation des nouveaux amendements.

« Certains estiment que la loi amendée risque d’imploser la cellule familiale. Nous disons que bien au contraire, elle va contribuer à mettre un terme à certaines formes de violences », a-t-elle poursuivi, soulignant que le texte est « inspiré du coran ».

Pour sa part, Ourida Larfi, députée du Rassemblement national démocratique (RND) a estimé que les amendements nouvellement introduits au code pénal, notamment ceux liés à la violence contre les femmes, ont « un caractère positif ».

« Il faut éviter les interprétations négatives et bannir l’acte de violence. L’islam est la seule religion ayant libéré la femme et consacré l’égalité entre les deux sexes », a-t-elle soutenu.

Après cet amendement de la loi pénale, la femme algérienne pourra-t-elle jouir de cette panoplie juridique pour garantir sa défense et sa sécurité ? L’homme cessera-t-il ses violences et ses harcèlements contre le sexe faible ? Seul l’avenir nous le dira.

Ce qu’en pense la population

Manel Z., 24 ans, étudiante à l’Ecole de Journalisme

La nouvelle révision du code de la famille et l’adoption de la loi amendant et complétant le code pénal a suscité de nombreuses controverses dans les milieux algériens. A ma connaissance, l’adoption des nouveaux amendements introduits au code pénal, notamment ceux inhérents à la violence contre les femmes ont un caractère positif.

Cependant, si l’adoption d’une telle loi par le gouvernement permet la protection des femmes contre les violences qu’elles subissent, il reste cependant important de maintenir l’équilibre au sein de la famille algérienne et musulmane, et d’éviter toute menace quelle que soit sa nature visant à l’affaiblir et à la détruire. Pour mieux expliquer cela, des experts dans le domaine juridique estiment que les lois existent depuis toujours en Algérie, mais elles ne sont pas appliquées. Alors est-il vraiment nécessaire d’apporter des amendements ?

Djamel B., 27 ans, Journaliste

« Nous autres Algériens, on respecte la femme, elle est tout pour nous. Cependant, on n’a malheureusement pas une vision et une définition claires de la femme. Avec la montée de la mondialisation et la guerre des idéologies, je crains que les choses puissent devenir très complexes. Par ailleurs, je crois que si on arrive à nous définir nous-même, on pourra, alors, accorder une définition très claire à la femme et éviter ce genre d’amalgame. »

Tariq O., Doctorant en journalisme

« Cette tentative réglementaire risque d’engendrer une fracture au sein de la famille. A mon sens, c’est vrai que c’est une bonne initiative que de discriminer les violences à l’égard de la femme. Cependant, ils n’ont pas touché aux vrais problèmes. Il est nécessaire de régler les problèmes de fond tels que les familles en difficulté qui vivent encore dans des conditions précaires et lamentables et qui n’ont même pas accès à l’eau potable. »

Nadia Chouitem

MÉDECIN, DÉPUTÉE À L’APN ET MEMBRENadia Chouitem

DU PARTI DES TRAVAILLEURS

« LE GOUVERNEMENT ET L A MAJORITÉ DES DÉPUTÉS ONT FAILLI À LEURS RESPONSABILITÉS FACE AUX VIOLENCES À L’ENCONTRE DE L A FEMME ALGÉRIENNE »

DANS UN ENTRETIEN ACCORDÉ À DZIRI MAGAZINE, LA DÉPUTÉE, NADIA CHOUITEM, REVIENT SUR LA NOUVELLE LOI ADOPTÉE PAR L’APN QUI CRIMINALISE, DÉSORMAIS, LA VIOLENCE CONTRE LES FEMMES. MÉDECIN DE PROFESSION, ELLE PENSE QUE CETTE NOUVELLE LOI N’EST PAS SUFFISANTE POUR COMBATTRE CE PHÉNOMÈNE QUI AFFECTE, CHAQUE ANNÉE, DES MILLIERS DE FEMMES. LA MILITANTE DU PARTI DES TRAVAILLEURS (PT) DE LOUIZA HANOUNE, PROPOSE, À TRAVERS CET ENTRETIEN, DES SOLUTIONS POUR UNE MEILLEURE LUTTE CONTRE LEDIT PHÉNOMÈNE.

Entretien réalisé par : Farid Bouhatta

Dziri : Le parlement a voté, en mars passé, la loi criminalisant les violences faites aux femmes, comment l’avez-vous accueillie ?

Nadia Chouitem: Effectivement, il y a quelques semaines, l’Assemblée Populaire Nationale a voté des amendements du code pénal portant criminalisation de la violence faite aux femmes, nous nous sommes abstenus car la démarche est tout à fait contradictoire. Le Ministre lui-même

avoue que le phénomène est inquiétant et qu’il a pris des proportions alarmantes, alors qu’en face, les articles proposés ne répondent nullement à la lutte contre ce fléau. Pis, on force l’épouse à pardonner même s’il y a récidive après l’arrêt de toute poursuite judiciaire sous prétexte de sauvegarde et stabilité de la famille.

Sur ce plan, justement, il existe deux faits essentiels qui sont ignorés, l’un est que la violence conjugale est chronique et que l’épouse ne se plaint qu’à un stade avancé et intolérable. Le second c’est que la violence conjugale détruit la famille de l’intérieur et les conséquences sont à vie surtout sur les enfants. Par ailleurs, ce qui caractérise la violence faite aux femmes, c’est la souffrance en silence, donc il faut plutôt lever la chape de plomb et non dissuader les victimes à demander de la protection.

A votre avis, que doit faire l’Etat face à cette violence ?

Le rôle de l’Etat est de protéger tous les citoyens et de consacrer l’égalité par l’application de l’article 29 de la constitution de façon effective, d’abroger le code de la famille et de consacrer la véritable citoyenneté à la femme. En outre, élaborer une loi civile conforme à la constitution de sorte à ce que la famille soit fondée sur des rapports d’égalité. Voila ce qui protègerait la famille. La société a évolué, ce sont les lois qui sont en retard. Ce sont quelques ignares ou fanatiques qui se cachent derrière la religion et les traditions pour justifier l’oppression de la femme et ralentir l’évolution de la société. Le rôle de l’Etat c’est aussi mettre en place tous les instruments de lutte contre la violence, encourager la prévention, la sensibilisation, la sanction, l’accompagnement des victimes et la prise en charge de l’auteur, surtout quand il s’agit de l’époux. Il faut une véritable politique, pas des petites mesures contradictoires auxquelles nous sommes en train, aujourd’hui, d’assister.

Ne pensez-vous pas que le discours qui tourne autour de la femme, disloquera davantage la cellule familiale ?

Plus de prérogatives à la femme va entraîner la destruction de la famille. C’est déjà une question révélatrice des contradictions qui traversent notre société. D’abord, il y a un fait, la femme a pris naturellement plus de prérogatives dans la famille et dans la société en général. En dehors du foyer, elle a pu égaler l’homme, et ce, sur tous les plans. En étude, au travail, salaire et contribution aux dépenses, la femme algérienne a pu acquérir de nombreuses prérogatives. Au foyer, elle est souvent dans son rôle traditionnel, car elle est responsable de toutes les tâches familiales. Donc, grosso modo, elle se dépense plus que l’homme. C’est une réalité qu’on ne peut ignorer. Est-ce que cela a détruit la famille ? Je dirais non bien sûr. En revanche, cette réalité a arrangé toute la société mais elle nécessite de consacrer l’égalité et l’évolution vers plus d’équilibre et de s’imposer surtout au plan des lois pour s’adapter à la réalité. Consacrer les droits de la femme n’est jamais une défaveur pour l’homme. C’est plutôt un appui, car ça le libère et lui permet d’alléger les difficultés auxquelles il fait face dans la vie.

Voulez-vous nous expliquer votre abstention ?

En janvier 2012 une proposition de loi cadre a été déposée à l’APN. Elle a été proposée par des associations et les députés de mon parti politique, puis par des députées des autres formations politiques qui se sont alignées sur notre revendication. Cette loi contient plusieurs aspects pour une meilleure lutte contre la violence faites aux femmes avec possibilité d’amendement et d’enrichissement. Ce projet a été soumis au gouvernement, mais ce dernier a décidé de l’ignorer, et a limité le traitement au seul volet pénal avec une contradiction majeure, à savoir : pousser la femme à renoncer à ses droits, donc la dissuader carrément de se défendre. Le pas positif est, de fait, pour la première fois que la loi reconnaît la violence conjugale, physique, morale et économique surtout, que le gouvernement a enfin reconnu la gravité de ce phénomène et la nécessité de le prendre au sérieux. Est-ce un pas positif ? Nous sommes encore loin de nos objectifs. Le projet propose huit amendements pour renforcer la protection de la femme. Supprimer le pardon absolutoire, la protection des témoins en cas d’harcèlement sexuel en milieu professionnel, prise en charge des victimes de viol et d’inceste, ont été malheureusement ignorés. Donc, le gouvernement et la majorité de l’APN ont failli à leurs responsabilités et refusent de prendre sérieusement en charge ce drame social, vécu uniquement par la femme dont les enfants sont aussi considérés comme étant victimes. La violence contre la femme est un problème de toute la société, faut-il le signaler.

Que pensez-vous du combat des femmes en Algérie contre la polygamie, pour la parité, et encore la criminalisation des violences ?

Il y a une aspiration profonde à l’égalité et à la véritable citoyenneté. Ce combat est porté par des femmes et des hommes. Il s’exprime par le biais des syndicats, des medias, intellectuels, écrivains, artistes, et aussi politiques. Nous sommes pour une loi civile égalitaire qui régit les affaires personnelles et familiales conforme à la constitution. Je reproche à ce code de la famille d’être contradictoire avec toutes les autres lois. Par la discrimination qu’il contient, il ouvre la voie justement à l’amplification de ce phénomène, mettant, ainsi, la femme dans une situation vulnérable.

Que fait le PT (Parti des Travailleurs), pour impliquer la femme dans les instances politiques ?

Nous avons déjà lutté pour éradiquer ce phénomène et consacrer la protection juridique de la femme contre tout dépassement même en milieu familial. Nous avons émis plusieurs propositions, telles que l’assistance judiciaire des victimes et tous les instruments qui s’inscrivent au coeur du combat pour l’émancipation de la femme, et ce, par l’abrogation du code de la famille discriminatoire.

La violence faite aux femmes est un phénomène qui prend de l’ampleur. Selon vous, que fait le PT pour protéger la femme algérienne ?

Depuis la création du PT en juin 1990, la question de l’égalité des droits entre les deux sexes a été l’un des principes fondamentaux du parti. Nous avons dans plusieurs wilayas une femme à la tête du parti. A l’intérieur de notre structure, figure au moins une femme dans des bureaux de chaque section. D’ailleurs, nous avons une commission de la femme travailleuse, qui est un cadre permanent. Pour vous dire que notre combat dans ce domaine, s’inscrit dans le cadre de la promotion et l’insertion de la femme dans les différentes instances politiques.

Abdel Madjid Menasra, Président du Front du changement, pense que « Les féministes, en Algérie, se sont trompées de méthode. Cela nous éloigne des vrais débats ». Qu’en pensez-vous ?

Les islamistes en général exploitent la religion pour justifier l’oppression de la femme, et à l’occasion de ce débat à l’APN, ils ont tenté justement de le dévier et de l’orienter sous prétexte d’« atteinte à la religion et à la famille ». C’est l’obscurantisme. Les femmes victimes de violences, ont besoin d’aide et de protection. En 2012, la gendarmerie a relevé le décès de 261 femmes, dû aux violences commises à leur égard. C’est un problème social qui interpelle tous ceux qui respectent la dignité humaine, et cela nécessite un vrai débat, objectif et progressiste. Cependant, les islamistes et les obscurantistes veulent tirer la société vers le bas.

Khaled AbdeslamKhaled Abdeslam

DOCTEUR ET MAÎTRE DE CONFÉRENCES AU DÉPARTEMENT DE PSYCHOLOGIE ET SCIENCES DE L’ÉDUCATION À L’UNIVERSITÉ DE SÉTIF II :

«LES LOIS DOIVENT ÊTRE DÉCRÉTÉES LOIN DES VISIONS POPULISTES ».

LE CHERCHEUR, KHALED ABDESLAM, REVIENT SUR UNE ANALYSE ASSEZ PERTINENTE BASÉE, À LA FOIS, SUR L’ASPECT PSYCHOLOGIQUE ET SOCIALE DE LA FEMME ET SON IMPORTANCE DANS LA STABILITÉ DE LA SOCIÉTÉ ET DE LA FAMILLE. IL PENSE QU’À CET EFFET, LES VIOLENCES DE QUELQUE NATURE QUE CE SOIT, DOIVENT ÊTRE PÉNALISÉES PAR L’ARSENAL JURIDIQUE QUI LES CRIMINALISE TOUT EN PRÉSERVANT L’ÉQUILIBRE FAMILIAL. PAR AILLEURS, L’ACADÉMICIEN DES SCIENCES PSYCHOLOGIQUES PROPOSE, À TRAVERS CET ENTRETIEN, DES SOLUTIONS POUR METTRE FIN À CE PHÉNOMÈNE QUI, DE PLUS EN PLUS, PREND DES PROPORTIONS ALARMANTES.

Entretien réalisé par : Farid Bouhatta

Dziri : Le parlement a voté la semaine dernière, la loi criminalisant les violences faites aux femmes. Quel constat en faites-vous ?

Dr Khaled Abdeslam :La violence, quelle que soit sa forme, psychologique, verbale ou physique, exercée soit envers les femmes, les enfants ou les hommes est un comportement condamnable. Je crois que la criminalisation des violences faites contre les femmes est indispensable dans tous les milieux, familial, professionnel, social et même dans la rue. A mon avis, ces lois doivent être décrétées dans un esprit de justice et de sécurité afin de protéger les victimes et de punir ou décourager les auteurs. Il est nécessaire de en fonction d’études académiques psychosociales et anthropologiques sur les réalités sociales et culturelles de notre société algérienne.

Quel doit être le rôle de l’Etat ?

Le rôle de l’Etat est de veiller constamment sur la sauvegarde de la cellule familiale, son harmonie, sa cohésion et sa cohabitation pour garantir sa sécurité avant toute autre considération politique ou partisane.

Ne pensez-vous pas que le discours, dans lequel il est attribué plus de prérogatives à la femme, disloquerait la première cellule au sein de la famille ?

Sûrement, d’une manière ou d’une autre, dans le cas où l’objectif de ses prérogatives n’est pas pour veiller à l’égalité des droits et devoirs entre les deux sexes. Mais aussi, si l’objectif est de dépasser la vision masculine de la vie sociale et de la faire remplacer par la vision féministe.

La vie sociale nécessite une vision équitable basée sur des valeurs d’amour, d’entente, d’aide et de complémentarité entre l’homme et la femme. Les deux sont des êtres humains, chacun à besoin de l’autre, personne n’est inférieur ou supérieur à l’autre, mais chacun complète l’autre. C’est ce qu’on appelle l’équilibre de la vie familiale et sociale.

Selon vous, d’un point de vue psychologique et social, quelle analyse apportez-vous sur l’égalité de la femme et l’homme et leur devenir ?

A mon avis, il faut situer le problème d’inégalité dans son contexte socioculturel. Il ne faut pas oublier qu’on a hérité la conception inhumaine de la femme de l’ère prés-islamique, à l’époque où sa naissance chez les arabes était considérée comme un péché ou un déshonneur. L’église responsabilise Eve (Hawa) du péché commis par Adam au Paradis. Historiquement parlant, toutes les sociétés du monde entier ont accumulé des traditions et des mentalités qui dévalorisent la femme. En effet, au début du 19ème siècle, les philosophes occidentaux s’étaient réunis pour savoir si la femme était un démon ou une femelle. Après de longues réflexions, ils l’ont considéré comme un être social et humain.

Pour cela, la femme est toujours considérée dans toutes les cultures et sociétés comme source de pêchés et mérite le mépris et la répression. Ce qui est le contraire dans la version coranique où la responsabilité de l’erreur commise par Adam est partagée. A partir de cette logique, le principe d’égalité des droits et devoirs entre l’homme et femme se concrétise et s’instaure. Mais malheureusement, la logique masculine à travers l’histoire est toujours dominante sur tous les plans.

Que pensez-vous du combat des femmes en Algérie contre la polygamie ?

Je crois que ce combat n’est ni logique ni crédible pour plusieurs raisons. La première raison consiste au combat qui est basé sur des mauvais exemples de notre société qui exerce la maltraitance et le laxisme et l’injustice envers leurs femmes, et même envers leurs parents. La seconde, réside dans le fait qu’on remarque le paradoxe flagrant de la part de quelques associations qui refusent la polygamie et l’exploitation du corps de la femme à des fins commerciales sans passer à l’action.

Il y a l’hypothèse de considérer la polygamie comme une solution au phénomène du célibat que certains défenseurs du droit à la polygamie soutiennent.

Je crois que la dignité et les droits de la femme ne peuvent être préservés qu’au sein d’une cellule familiale (celle de ses parents ou de ses proches. Si les premiers sont absents ça sera celle de son mari et ses enfants). En dehors de cela, elle sera vulnérable et sans défense.

La femme n’est ni plus ni moins que notre grand-mère, mère, soeur, épouse, fille, collègue de travail ou amie. Elle fait partie intégrante de notre vie et mérite, de ce fait, le respect, l’amour, la tolérance et le bonheur au côté de l’homme. Il faut dire aussi que la violence envers les femmes est exercée en toute impunité, au sein de son propre entourage familial ainsi que dans son milieu professionnel, ou tout simplement dans la rue.

La violence sur les femmes est un phénomène qui prend de l’ampleur. Selon vous, quels seront les dispositifs nécessaires pour mettre fin à ce fléau ?

Dans notre société algérienne, la violence est un phénomène social généralisé. Les femmes, les enfants, les vieux, les vieilles et les hommes sont tous des victimes sous plusieurs formes de violences. On la constate partout : dans la famille, l’école, les rues, les stades, les medias, les conseils locaux, au parlement, et même dans l’administration. Elle devient une partie de notre culture quotidienne. D’ailleurs, notre communication est basée sur des caractères violents et la logique de domination sur tous les plans. Elle est exercée par toutes les catégories sociales.

Car on est tous privés de la culture du dialogue et de la tolérance dans notre éducation de base. Ceci nécessite un combat culturel et éducatif au niveau de toutes les institutions, pour donner de la valeur à la vie humaine en cultivant le dialogue, le raisonnement, la tolérance, le respect, la reconnaissance de l’autre pour instaurer le civisme, et la culture de cohabitation dans notre vie.

Lors de ses sorties médiatiques, Abdelmadjid Menasra, Président duFront du changement, pense que les féministes en Algérie se sont trompés de méthode.

Qu’en pensez-vous ?

Je n’ai pas lu sa déclaration, ce que je peux dire, c’est que chacun a le droit de dire ce qu’il pense dans la limite du respect de l’autre. Notre problème en Algérie et dans le monde arabe et musulman, c’est que nous sommes tous dominés par nos préjugés et nos idéologies dans les conceptions des autres. On est trop renfermés sur nous-mêmes. Nous faisons plus de monologue que de dialogue, et nous n’acceptons jamais les différences, ce qui explique pourquoi on a souvent recours à la violence pour imposer son point de vue.

Bio express:

M. Khaled Abdeslam est docteur en psychologie sociale, Maitre de Conférences et chercheur au département de psychologie et sciences de l’éducation à l’université de Sétif II. Il est membre du Comité scientifique du département de psychologie, et membre de la Forem. il est, également, membre du Comité scientifique de la Revue arabe des sciences psychologique « Arabpsynet », et membre du comité scientifique de la revue Etudes sur l’enfance de la Forem. Il anime une émission à la Radio de Sétif sur la santé psychique. Il possède plusieurs publications dans des revues scientifiques nationales et internationales sur plusieurs thèmes, à savoir : la violence scolair e, la déviance juvénile, l’influence de la langue maternelle sur l’apprentissage de la langue scolaire, la personnalité arabe entre maladies psychiques et complexes et l’Occident et ses manipulations des mentalités des arabes et musulmans…etc.

Il a publié deux livres, le premier dont l’intitulé est « Comment garantir la réussite scolaire » et le second est « L’enfant et l’apprentissage de la langue ».

Actuellement, il travaille sur le bilinguisme et les stratégies d’apprentissage des langues.

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