Alain Rolland,

Alain Rolland,

Président de la Chambre de commerce algéro-suisse

«Impliquer les PME-PMI suisses sur le marché algérien nécessite l’appui du Gouvernement suisse»

MR ALAIN ROLLAND, PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE DE COMMERCE ALGÉRO-SUISSE, ÉGALEMENT PDG DE LA SOCIÉTÉ DES CENTRES COMMERCIAUX D’ALGÉRIE SCCA, GROUPE VALARTIS, NOUS DONNE SA LECTURE QUANT AUX RELATIONS ÉCONOMIQUES ALGÉRO-SUISSES, ET EXPLIQUE PARTICULIÈREMENT LES RAISONS DU MANQUE D’ENGOUEMENT DES ENTREPRISES SUISSES À PRENDRE DES PARTS DU MARCHÉ ALGÉRIEN MALGRÉ SON ATTRACTIVITÉ. IL FERA PART ÉGALEMENT DES PROJETS DU GROUPE LAVARTIS DANS LA RÉALISATION DES CENTRES COMMERCIAUX EN ALGÉRIE, NOTAMMENT APRÈS LE SUCCÈS QU’A CONNU LE CENTRE COMMERCIAL ET DE LOISIR DE BAB EZZOUAR.

Dziri : À combien s’élèvent les échanges économiques algéro-suisses et quelle lecture en faites-vous ?

Ces dix dernières années, l’Algérie a augmenté drastiquement le niveau de ses importations. Cette augmentation a plusieurs explications dont notamment les importations liées à la mise en oeuvre des programmes économiques du pays et une demande constante des besoins des ménages. Les chiffres pour 2013 surfent aux alentours de 60 milliards de dollars US avec des niveaux quasi analogues pour les années précédentes. Comment se situent les exportations suisses ? Presque marginales, avec une moyenne annuelle de 600 à 800 millions de francs d’échanges dans les deux sens. Cela appelle quelques explications. D’abord, les pays qui exportent de manière substantielle sont liés avec l’Algérie par des contrats à long terme en fourniture de pétrole et de gaz. C’est le cas de la France, de l’Italie, de l’Espagne, du Portugal et, dans une moindre mesure, de la Grande- Bretagne. Il est évident que les contreparties commerciales jouent un rôle déterminant dans l’origine des importations algériennes. Il y a aussi une forte implication de ces pays par une présence de longue date sur le marché algérien qui assurent la promotion de leurs exportations respectives. Enfin, nous n’avons pas décelé chez les sociétés suisses une volonté et une approche agressive pour prendre des parts de marchés en Algérie. On sent un léger frémissement pour une relance des exportations suisses sur le marché, mais ceci est le fait essentiellement de grandes sociétés «multinationales» comme ABB, Nestlé, Syngenta, Novartis ou Roche ; à terme, l’objectif est de voir les PME/PMI suisses s’impliquer de manière substantielle sur le marché algérien, mais cela nécessite des soutiens des pouvoirs publics suisses pour aider ces PME à assurer les charges d’une présence sur le marché.

Selon vous, pourquoi les investisseurs suisses, contrairement à leurs compatriotes européens, ne semblent pas intéresser au marché algérien malgré son attractivité reconnue ?

Les raisons évoquées pour le volet commercial peuvent s’appliquer en ce qui concerne les investissements ; à cela peuvent s’ajouter la situation qu’a traversée le pays pendant plusieurs années, et une appréciation négative et exagérée par les médias qui a joué défavorablement. Aujourd’hui, cela fait partie d’un passé révolu, tout en notant qu’au plus fort de la crise, les sociétés européennes n’ont jamais cessé d’être présentes. Depuis plus de cinq années, le climat des affaires et les conditions propices aux investissements étrangers ont sensiblement évolué. L’attractivité de l’Algérie se mesure d’ailleurs par le flot de sociétés étrangères qui défilent quotidiennement en Algérie et les contrats qui en découlent. Les investissements colossaux projetés, le développement du secteur privé, la demande croissante des besoins des ménages pour les prochaines années doivent motiver les sociétés suisses.

Pourtant, la Chambre de commerce algéro-suisse, que vous présidez, ne cesse d’inciter les opérateurs économiques

helvétiques à s’intéresser davantage au marché algérien, à participer à l’évolution des échanges commerciaux et à renforcer les relations économiques bilatérales…

Alain RollandOui, tous nos efforts convergent vers cet objectif depuis que j’ai pris en charge les destinées de cette Chambre. Depuis 2011, nous multiplions les actions pour sensibiliser les milieux d’affaires suisses à s’intéresser au marché algérien. Nous avons organisé à Zurich une mission d’affaires, suivie de trois rencontres en Algérie ; nous développons une action d’information économique à destination des milieux suisses mais la relance demande du temps et de la patience. Certaines sociétés suisses ont positivement changé leur appréciation du marché algérien qui devient au-delà des opérations commerciales, une destination d’implantation industrielle sur le long terme. C’est le cas, par exemple, de Nestlé et d’autres sociétés suisses présentes qui travaillent dans cette logique.

Est-ce les mesures économiques protectionnistes ou le climat de l’investissement et le climat des affaires en Algérie qui sont à l’origine de cette frilosité ?

De mon point de vue, il n’y a pas, à proprement parlé, de protectionnisme. La présence du groupe Valartis au travers de la société des centres commerciaux en est la preuve avec des investissements substantiels. Pensez-vous que l’on puisse parler de protectionnisme lorsque l’Algérie qui libéralise graduellement son économie et son commerce, importe bon an mal an 50 à 60 milliards de dollars annuellement ?

Est-ce à dire que le 1er symposium algéro-suisse tenu en novembre 2011, n’a pas porté ses fruits ?

Je me considère comme optimiste mais raisonnable. Ce ne sont pas quelques actions de la Chambre de commerce qui vont provoquer le déclic. Il faut travailler sur le moyen et le long terme, et c’est ce que nous essayons de faire avec les moyens dont nous disposons. Il faut aussi des signaux forts à tous les niveaux gouvernementaux, à l’exemple de la Convention de partenariat tripartite récemment signée entre le ministère algérien de la Formation et de l’Enseignement professionnels, l’Office pour l’orientation, la formation professionnelle et continue du canton de Genève, et la Chambre de commerce et d’industrie algéro-suisse.

Où en est la 1ère action de partenariat dans les métiers des services et du commerce, décidée fin 2013 ?

Le projet de mise en place d’un partenariat dans la formation destinée aux métiers de la vente avance selon le planning arrêté. Une série de rencontres tout au long du 2ème semestre de 2013 et de 2014, a permis d’affiner le contenu de ce partenariat et de signer récemment, en présence de Mr Bedoui, ministre algérien de la Formation et de l’enseignement professionnels avec le soutien technique et le transfert du savoir-faire de l’Office pour l’orientation, la formation professionnelle et continue du canton de Genève, la Convention qui définit le contenu et les différentes étapes de mise en oeuvre. Nous allons démarrer le recrutement des premiers apprentis en septembre prochain. Dans un futur proche, ce sont des milliers d’emplois qui seront créés pour de futurs apprentis. Le centre commercial et de loisirs de Bab Ezzouar opèrera, dans une première étape, en tant que pilote pour la formation des nouveaux apprentis.

En plus de votre casquette de président de la Chambre de commerce algéro-suisse, vous êtes aussi le PDG de la société des centres commerciaux d’Algérie ; à ce titre, quel bilan faites-vous dans ce segment d’activités en Algérie, d’autant plus que vous faites face à certaines contraintes pour la réalisation de nouveaux centres commerciaux ?

Le Centre commercial et de loisirs de Bab Ezzouar connaît un succès grandissant. Nous sommes passés de 5 à 8 millions de visiteurs en trois ans, avec une fréquentation quotidienne moyenne de 18 000 clients. La récente arrivée de Zara le confirme. Nous sommes donc extrêmement satisfaits de l’accueil qui est réservé à nos activités, et comptons continuer à capitaliser sur le potentiel de l’Algérie. Nos prochains projets concernent Sétif ainsi qu’Oran, où les travaux de construction ont débuté ; à ce jour, le futur centre commercial d’Es-Sénia de 35 000m2 de surface de commerces suscite un engouement commercial sans précédent, les demandes dépassant l’offre. Par conséquent, je confirme que nous ne rencontrons aucune contrainte pour le développement et la réalisation de nos centres commerciaux.

D’autres projets en vue ?

Nous avons identifié d’autres opportunités, notamment à Alger-Ouest. La demande existe, mais nous sommes contraints d’avancer étape par étape. En effet, nous sommes totalement impliqués dans chaque projet, de la conception à l’exploitation en passant par la réalisation et la commercialisation.

«Depuis plus de cinq années, le climat des affaires et les conditions propices aux investissements étrangers ont sensible­ment évolué. L’attractivité de l’Algérie se mesure d’ailleurs par le flot de sociétés étrangères qui défilent quotidienne­ment en Algérie et les contrats qui en découlent.»

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