Henry S. Ensher, Son Excellence l’Ambassadeur des États-Unis en Algérie «Nous entretenons une relation saine et solide avec le gouvernement algérien»

Henry S. Ensher, Son Excellence l’Ambassadeur des États-Unis en Algérie «Nous entretenons une relation saine et solide avec le gouvernement algérien»

L’AFFAIRE CHAKIB KHELIL, LA SÉCURITÉ DANS LA RÉGION DU SAHEL, LES ÉCHANGES COMMERCIAUX, LA VISITE DU SECRÉTAIRE D’ÉTAT US, JOHN KERRY ET TANT D’AUTRES QUESTIONS CONCERNANT LES RELATIONS ENTRE L’ALGÉRIE ET LES ÉTATS-UNIS ONT ÉTÉ SOULEVÉES ET EXAMINÉES DANS L’ENTRETIEN QUE NOUS A ACCORDÉ L’AMBASSADEUR DES ÉTATS-UNIS HENRY S. ENSHER.

Par Sandra Touat

«Ses modifications à la règle 51/49 pourraient aider à encourager plus d’investissement étranger direct en Algérie, diversifier l’économie et créer plus d’opportunités.»

«Nous sommes très heureux que les négociations sur le TIFA aient repris, et nous pensons que cet accord va élargir le commerce entre nos deux pays en augmentant les opportunités d’investissement et d’emplois pour les Algériens.»

Dziri : La coopération entre votre pays et l’Algérie semble prendre un nouvel élan en 2014. Quelles évaluations faites-vous de ces échanges ?

Son excellence Henry S. Ensher : Nous entretenons une relation saine et solide avec le gouvernement algérien et le peuple algérien aujourd’hui plus qu’avant. Le nombre d’officiels américains visitant l’Algérie a plus que doublé ; nos programmes d’échange ont augmenté et la demande des Algériens d’apprendre l’anglais est en hausse, atteignant des niveaux sans précédent. Nous sommes témoins d’une hausse dans la coopération commerciale, en dehors des hydrocarbures, entre les États-Unis et l’Algérie. Tous ces points montrent que notre relation s’est renforcée au fil du temps.

Les entreprises américaines sont présentes, depuis des années, dans plusieurs secteurs. Combien sont-elles ? Et selon vous, la loi de finances lancée par l’Algérie favorise-t-elle la venue de nouvelles entreprises américaines pour investir ?

Il y a plus de 100 compagnies américaines activant en Algérie à travers des succursales ou de manière indirecte avec des partenaires algériens. Parmi les secteurs principaux figurent l’énergie, le secteur pharmaceutique, la santé, la sécurité, l’information et les technologies de communication, les services professionnels et les marchandises. En ce qui concerne la règle 51/49, de nombreuses compagnies du secteur privé n’aiment pas l’exigence de la majorité revenant à la partie locale. Nous pensons que cette loi ne freine pas uniquement les compagnies américaines pour investir en Algérie mais également les investisseurs internationaux. De nombreux pays ont des lois similaires à la règle 51/49, mais elles ne concernent que certaines industries stratégiques, à l’exemple de l’énergie des télécommunications et du transport. Ces pays n’exigent pas un contrôle domestique et étatique dans l’ensemble comme c’est le cas de l’Algérie. Le Fond monétaire international (FMI) et les entreprises locales demandent un changement de la loi. Nous croyons que des modifications à la règle 51/49 pourraient aider à encourager plus d’investisseurs étrangers directs en Algérie, diversifier l’économie, et créer plus d’opportunités.

En Algérie, la présence américaine est surtout visible dans le domaine énergétique.En matière d’investissements directs, cette présence va-t-elle s’élargir à d’autres secteurs ?

Les États-Unis ont toujours soutenu l’objectif de l’Algérie de diversifier son économie. En plus du pétrole et du gaz, les compagnies américaines travaillent avec le gouvernement algérien dans le domaine du transport. Boeing a signé un accord pour fournir huit avions 737-800, nouvelle génération d’une capacité de 150 sièges. Afin d’aider à répondre à la demande croissante en électricité, GE a signé un accord avec le gouvernement algérien afin de fournir des turbines de gaz au cycle combiné, et des turbines aéro dérivées pour neuf usines d’électricité du pays, avec une capacité additionnelle de 9 gigawatts. Nous travaillons, également, en partenariat avec le gouvernement algérien dans sa démarche d’explorer le gaz de schiste et le gaz de marrée en vue de diversifier ses ressources énergétiques. Concernant les échanges entre les deux pays, quel est le montant des importations et quels sont les produits qui sont concernés par ces importations ? Les États-Unis sont le 5ème client de l’Algérie. Selon les chiffres de 2013, nous avons acheté pour près de 5,3 milliards de dollars de produits de l’Algérie, en majorité en hydrocarbures. En ce qui concerne l’Algérie, elle a importé un total de 2,3 milliards de dollars de céréales ainsi que d’autres produits agricoles, des équipements industriels, des produits pharmaceutiques, ainsi que de l’équipement médical, en plus de l’aéronautique. Cette liste n’est pas exhaustive. Nous croyons que le commerce entre nos deux pays peut être plus dynamique et nous continuons à travailler pour atteindre cet objectif.

Votre présence dans la région du Sahel ne va-t-elle pas troubler des intérêts déjà présents en Afrique, français par exemple ?

Les États-Unis n’ont pas de présence dans la région, à part la présence diplomatique à travers les ambassades américaines. Toutefois, de nombreux Etats du Sahel ont demandé aux États-Unis et leurs alliés une assistance humanitaire, développementale et technique. Les États-Unis fournissent une aide humanitaire à de nombreux pays du Sahel. Ainsi, et à la demande de certains gouvernements hôtes, les États-Unis assurent une assistance de développement professionnel, formation et logistique aux militaires dans le Sahel, notamment ceux impliqués dans les missions de maintien de la paix et contre le terrorisme. L’Opération Serval est un exemple qui me vient à l’esprit, où une nation souveraine, le Mali, a demandé l’assistance de la France afin de chasser les terroristes du Nord du Mali. Cette opération a été approuvée par les Nations Unies.

Où en est l’aide technique que vous apportez en matière de réforme du système bancaire algérien ?

Par le passé, nous avons eu un conseiller du trésor américain résidant, qui à l’invitation du gouvernement algérien, travaillait avec la Banque d’Algérie sur la restructuration de la fonction de supervision bancaire au sein de la Banque centrale d’Algérie. Ce projet s’est achevé depuis, mais nous sommes favorables à des opportunités futures pour travailler conjointement avec le gouvernement algérien, que ce soit en l’aidant à ramener le système bancaire algérien à des standards internationaux ou à développer les relations pour renforcer l’économie algérienne.

Quel est le nombre de visas accordés aux demandeurs algériens en 2013?

L’ambassade des États-Unis a reçu 12 000 demandes l’année passée ainsi que 7000 demandes de visa d’immigration et visa de diversité. Les demandes d’Algériens de visa pour les États-Unis ont augmenté ces dernières années, ce que nous pensons être une preuve du renforcement des liens entre nos deux pays. L’Ambassade travaille à réduire le temps d’attente pour les rendez vous de visa à moins de trois jours afin de faciliter le déplacement d’Algériens aux États-Unis.

Un accord de libre-échange entre les États- Unis et l’Algérie est-il envisageable ?

Les négociations entre les États-Unis et l’Algérie sur l’Accord de liberté de commerce et d’investissement (TIFA) ont débuté en 2001 mais se sont interrompues en 2004. Mais grâce au dialogue stratégique, nous avons repris les négociations. En fait, il y a deux semaines, des discussions entre des équipes techniques des deux côtés ont eu lieu via vidéo conférence au siège du ministère des Affaires étrangères. Nous sommes très heureux que les négociations sur le TIFA aient repris, et nous pensons que cet accord va élargir le commerce entre nos deux pays en augmentant les opportunités d’investissement et d’emplois pour les Algériens. Si nous pouvons parvenir à un accord sur le TIFA, cela aidera les Algériens pour leurs efforts visant à accéder à l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Quel pronostic pourriez-vous, finalement, faire à propos de l’évolution des relations algéro-américaines ?

Même si nos relations diplomatiques se sont développées au fil des années, notre engagement auprès de l’Algérie a été mis en avant après que les États-Unis aient été attaqués le 11 septembre 2001. L’Algérie a été parmi les premiers pays à condamner l’attaque et nous avons reconnu que nous étions en mesure de bâtir une relation mutuellement bénéfique pour la lutte contre le terrorisme. A présent, cette relation s’est développée pour couvrir tous les aspects de coopération au-delà de la lutte anti-terroriste, nous amenant au premier dialogue stratégique entre les États-Unis et l’Algérie en octobre 2012. Notre relation est à un point où nous souhaitons avoir davantage d’échanges entre les peuples à travers les programmes éducatifs, et travailler afin de faire face aux obstacles, aux commerces qui limitent de plus grands échanges commerciaux entre nos deux pays. Le commerce prospère dans un environnement prévisible et transparent, dans lequel les règles et procédures sont incorporées de manière à promouvoir la concurrence et l’innovation. L’Algérie est un leader dans la région, et nous pensons que le gouvernement algérien peut faire davantage afin de créer un tel environnement. L’Algérie est un ami et partenaire, et nous organisons des discussions régulières bilatérales afin de créer les opportunités pour nos deux pays.

L’Algérie et les États-Unis ont connu, ces dernières années, un rapprochement important en matière de lutte contre le terrorisme. Quelle est la nature de ce rapprochement, et pourquoi cette priorité accordée à ce volet de coopération ?

L’Algérie et les États-Unis ont un objectif commun de lutte anti-terroriste, qui est d’éradiquer la menace d’Al Qaida dans le Maghreb islamique (AQMI) et ses organisations affiliées ainsi que celle d’extrémisme violent. L’Algérie est un partenaire international dont les efforts de lutte contre le terrorisme, co-présidente du Groupe de travail de capacité de la région du Sahel du forum global de lutte contre le terrorisme (GCTF). Elle est également un franc partisan contre le payement des rançons, un principe clé de la politique américaine de lutte contre le terrorisme.

«Concernant l’adhésion de l’Algérie à l’OMC, nous travaillons de manière étroite avec les responsables algériens ainsi que des responsables à Washington afin d’aider l’algérie dans cette démarche.»

Nous croyons que l’Algérie va continuer à jouer un rôle de leader dans les années à venir, et peut être un modèle positif de stabilité dans une région agitée. La lutte contre le terrorisme n’a pas de limites. La seule manière d’éliminer cette menace est que toutes les nations du monde travaillent en coopération l’une avec les autres. L’Algérie le sait et a été un partenaire constant dans cet effort.

La leçon à retenir des soulèvements arabes est celle que les peuples demeurent et les régimes s’en vont.Jusqu’où iront les États-Unis dans leur soutien aux acteurs réclamant un changement démocratique ?

Depuis son élection en 2009, le Président Obama a soutenu de manière constante les aspirations des peuples de la région pour une gouvernance démocratique et des opportunités économiques. Ce niveau d’engagement n’a pas changé. Les États-Unis restent engagés à soutenir les transitions en cours dans le Moyen- Orient et l’Afrique du Nord au moment où les citoyens de ces pays cherchent à établir des sociétés de paix, prospères et démocratiques. Ceci inclut un soutien aux organisations de la société civile ainsi qu’une assistance visant à renforcer les institutions et le développement de leurs économies, qui est essentiel pour des transitions démocratiques stables. L’Administration a alloué 2,6 milliards de dollars depuis janvier 2011, afin de soutenir des pays en transition et répondre à des crises émergentes dans le cadre de notre réponse globale et engagement dans la région. Environ 50%, soit 1,3 milliard de dollars de ce montant, ont été alloués au soutien de la démocratie, la gouvernance, l’enseignement et le développement économique. En plus de cela, les États-Unis apportent une assistance technique et formative à des personnes qui cherchent à améliorer leurs standards de vie à travers l’Initiative de partenariat du Moyen-Orient (MEPI). Ces programmes aident à la promotion d’une citoyenneté éduquée, active et informée au renforcement des capacités des femmes et enfants. Encourageant l’opportunité économique, les programmes du MEPI permettent aux organisations non gouvernementales internationales, locales et régionales, le secteur privé, les institutions académiques, et gouvernements de poursuivre le développement de sociétés pluralistes, participatives et prospères.

Prévu les 10 et 11 novembre dernier à Alger, le second round du dialogue stratégique algéro-américain a été reporté après l’annulation de la tournée maghrébine du secrétaire d’État US, John Kerry; du nouveau à ce sujet, et à quand la visite ?

Les deux parties se concertent sur une visite prochaine du secrétaire Kerry en Algérie et nous faisons notre possible pour réaliser cela au plus vite. Gardons à l’esprit qu’il est extrêmement difficile d’organiser ce genre d’événement, au vu des programmes chargés du Secrétaire d’État John Kerry et du Ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra. Je suis confiant que les deux parties vont réaliser cela dans un avenir proche. Inchallah !

Y a-t-il du nouveau concernant l’affaire Chakib Khelil, l’ancien Ministre de l’Énergie et des Mines ?

Comme vous le savez, il y a une enquête en cours, et c’est pourquoi je vous oriente vers le Département de la Justice à Washington DC.

Comme vous le savez, l’Algérie négocie son adhésion à l’OMC depuis plusieurs années; qu’ en pensez-vous ?

Le gouvernement américain soutient les efforts de l’Algérie pour son accession à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et nous travaillons de manière étroite avec les responsables algériens ainsi que des responsables à Washington afin d’aider dans cette démarche. L’Algérie travaille de manière bilatérale avec des États souverains membres de l’OMC en vue de trouver la meilleure manière d’aller de l’avant. C’est un processus par lequel chaque pays membre a dû passer. Nous pensons que l’Algérie doit se préparer pour sa future économie à long terme, et le gouvernement algérien a donné la priorité à la diversification de l’économie loin des hydrocarbures afin de répondre à ses besoins futurs.

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Revenir en haut de la page