Djurjura Virée au pays des mille et une cimes

Djurjura Virée au pays des mille et une cimes

«MON PAYS EST UN COLLIER DE PERLES QUE LES MONTAGNES PORTENT AUTOUR DU COU…», AVAIT CLAMÉ DANS SA POÉSIE LE FILS DE LA KABYLIE, SCULPTEUR DES MOTS ET ORFÈVRE DES NOTES, LOUNIS AIT MENGUELLET, DÉCRIVANT LES VILLAGES HAUTS PERCHÉS DU DJURJURA.

Par Isma Remla

Les montagnes et villages de la grande Kabylie, grande par ses richesses naturelles et sa diversité culturelle, moi, la grande passionnée du Sud, de ses hautes dunes dorées et de son grand soleil brûlant… Tout commence lorsque, blasée par la routine, grignotant tout et n’importe quoi devant la télé, je dis à mon mari, alors que des des images de montagnes et toits de maisons enneigés défilent sur la chaîne National Géographic : «Regarde chéri ! On dirait une de ses vieilles cartes postales qu’on s’envoyait quand on était jeunes ! Ah si je pouvais plonger dedans et m’y retrouver pour ce week-end histoire d’oublier les tensions du quotidien…» «Bon, bein, habille-toi et n’oublie pas ton nécessaire de voyage du Sud. Tu auras grand besoin de tes godasses et de ta doudoune pour bien plonger Madame Soleil», me répond mon cher et tendre. Et nous voilà en route. Direction le Durjura. Nous abordons alors la route de Tizi Ouzou pour aller toucher le rêve promis par mon mari ; à l’autre bout se trouve, en fait, son village natal que je n’ai jamais visité, mais aussi un vieil ami qui doit nous accueillir et nous servir de guide pendant notre court séjour de deux jours. Ath Yenni ou Beni yenni L’écrin de la joaillerie berbère Un démarrage tardif et improvisé ne peut engendrer qu’une arrivée légèrement catastrophique. Nous arrivons à Ath Yenni ou Beni Yeni (en arabe) vers 18h00. Et juste au moment où je me disais que cette première journée du week-end au bled est un pur ratage compte tenu de l’heure, je fus attirée par le dynamisme du village et la vivacité de ses habitants. Les cafés toujours ouverts, des airs de musiques kabyles jaillissent ça et là, un tracteur traverse la grande allée, le conducteur saluant tout le monde d’un signe de la main, des vieilles et des moins vieilles en robes kabyles traditionnelles zigzaguées et des fouta et foulards orangés se rejoignent à chaque tournant pour discuter… mais surtout beaucoup d’ateliers d’artisanat et de joailleries kabyles. Pas étonnant, car j’ai appris, par la suite, que la commune d’Ath Yenni qui accueille chaque année la fête des bijoux kabyles, était, autrefois, le repère des artisans armuriers du temps de Kahina. Composé de sept villages, Beni Yenni a su donner des hommes à l’Algérie moderne tous domaines confondus ; littérature, politique, histoire, musique et sport à l’image du grand Mouloud Mammeri, Kasdi Merbah, Hakim Medane ou encore Mohamed Arkoun. Tous natifs de ce grand village aux modestes maisons en pierre. Ici, la vie est simple. Pas de hauts édifices en béton, ni de grandes vitrines alléchantes, pas même d’importantes entreprises qui offrent des postes d’emplois stables. L’on sent, d’emblée, la «mal» vie des uns et des autres, mais cela ne les empêche en rien d’avancer et de se surpasser en dépit des conditions de vie très difficiles. Pour ceux qui n’ont pas rejoint des membres de leur famille à l’étranger ou à l’extrême Sud, dans les bases de vie, ils travaillent la terre, conduisent des tracteurs, construisent des maisons ou jouent de la musique, au même titre que les vieux. Un bien malheureux constat pour une commune qui recèle d’un potentiel aussi jeune que considérable. Après un petit tour dans la commune avec Akli, l’ami hôte, et un bon bol d’air pur et frais respiré au bord d’une falaise, donnant sur les villages d’en bas et faisant face à la célèbre Main du Juif, nous rentrons à la maison rejoindre Nanna Taous autour d’un bon couscous aux légumes cuits à la vapeur et à l’huile d’olive, appelé timakhlat. Un délice du terroir que même Bernard l’Oiseau ne saurait préparer. Il faut dire que je n’ai pas trop parlé, contrairement à ma nature, car je ne comprenais pas trop la langue, dur dur pour moi de comprendre ne serait-ce qu’une blague… Main du Juif, nous voilà ! Le lendemain d’Ath Yenni, nous montons encore plus haut, vers le village d’Iboudrarene (enfants des montagnes) passant par Ath Ouacif. Calme et paisible, ce petit village rustique paraît presque vide de toute forme de vie. Femmes et enfants à la maison à cause du froid glacial de la saison, seuls les hommes déambulent avec des couffins à la main, kechaba ou burnous sur le dos. De là, nous empruntons un chemin étroit et serpenté vers la Main du Juif. Des paysages tout justes magnifiques s’offrent à nous sur les deux côtés de la voie montagneuse. De quoi se faire les beaux yeux et oublier la moindre trace d’une soidisant «modernité» de la capitale. Un voile épais de neige blanche immaculée habille avec élégance les hauteurs des montagnes du Djurjura, donnant naissance, de part et d’autre, à des sources d’eau fraîche et ruisselante, encore plus scintillantes qu’un diamant.Virage après virage, nous y sommes ! La Main du Juif, on la voit, clairement. On y distingue cinq doigts orientés vers le ciel. Une oeuvre que dame nature a forgé des siècles durant dans un Djurdjura majestueux dominant toute la Kabylie du Nord. Silencieux, ce rocher raconte son histoire : Ernest Renan, appelé le Breton des Ouadhias, a écrit, environ 20 ans après la fin de la conquête de la Kabylie par l’armée française (1857), dans son livre La société berbère, mélange d’histoire et de voyages, ce qui suit : «Cette main portait déjà le nom de la Main du Juif à cette époque sans pour autant qu’on ne sache à quelle époque on lui a attribué ce surnom, et pas trop non plus pourquoi. On ne peut émettre que des hypothèses.» Selon la légende qui se raconte, le mont d’où émerge cette main était le lieu de prière d’un ascète juif. Cet ermite fréquentait Ifri assemadh (grotte froide) qui est située sous la main. Les autochtones l’auraient baptisée Main du Juif comme si elle leur appartenait, et qu’elle les protégeait. Intéressant, n’est-ce pas ? Assouel Petit bout de paradis sur la route de Tikjda Toujours sur le même chemin, nous nous dirigeons vers Tikjda. Cet héritage que partagent les deux wilayas de Tizi Ouzou et de Bouira est sans égal. Une flore luxuriante s’y développe, sapins et pins servent de refuges aux milliers de singes s’y trouvant. La zone abrite un hôtel, des auberges et des restaurants, mais aussi une station de ski. Et même si la neige n’était pas assez épaisse pour pratiquer l’activité, des enfants et des adultes s’amusaient quand même. Mais avant d’arriver à Tikjda, j’ai fait une des plus belles découvertes de ce voyage, après la somptueuse Main du Juif. Un endroit appelé Assouel. Des familles et des amateurs de sports de montagne, y viennent quotidiennement en grand nombre pour se rafraîchir d’après Akli. Situé à 2 000m d’altitude dans la partie nord-ouest du majestueux massif du Djurdjura, le site d’Assouel est le deuxième point commun que se partagent Bouira et Tizi Ouzou. Il constitue, en fait, une extension de la zone touristique de Tikjda. La beauté de la nature, en ce lieu féerique, n’a rien à envier à celle du Sud. Un point de plus pour mon époux qui n’a pas cessé de vanter le charme de sa région natale depuis notre arrivée. Cette plaine verdoyante et sa grotte humide, sont devenues en quelque sorte, une halte obligatoire pour tout promeneur dans les hauteurs de cette montagne aux paysages paradisiaques. Comme c’était le cas pour nous. Durant les week-ends, le haut lieu d’Assouel devient, comme par enchantement, un lieu où tout le monde se rencontre. Visiteurs et habitants de la région, sportifs et musiciens, ou encore bergers. Même les mariés y font un tour en cortège nuptial pour des photos souvenirs. Une fois à l’arrêt, je n’ai pu m’arracher au charme de ce décor naturel féerique, qui comme un brin de rêve, vient ajouter son charme à la vue d’ensemble de toute la Kabylie dans ses moindres recoins. Ainsi, après deux jours à la découverte de la Kabylie, de ses richesses naturelles et humaines, notre fabuleux et improvisé voyage touche à sa fin. Nous sommes bien évidement invités à y revenir, car en haut, au milieu des roches, des nuages, de la neige et du froid, les coeurs sont bien au chaud.

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