vendredi , 26 mai 2017
Ponctualité Doucement le matin. Pas trop vite le soir !

Ponctualité Doucement le matin. Pas trop vite le soir !

IL PARAÎT QUE LA PONCTUALITÉ, C’EST LA POLITESSE DES ROIS. DE TOUTE APPARENCE, EN RÉPUBLIQUE ALGÉRIENNE, CE N’EST GUÈRE LE CAS. CHEZ NOUS, L’ON N’A PAS ENCORE INTÉGRÉ DANS NOTRE DISQUE DUR, LA NOTION DU TEMPS ET DE SON IMPORTANCE.

Par Célia Ouabri

En tout lieu, toute occasion, spectacle, conférence ou simple rencard, il est rare que l’horaire soit respecté. Alors que certains font de la ponctualité un art de vivre, d’autres s’en fichent comme de leur première chemise. D’où des rendezvous fixés à la louche, du genre : «Heya… net’lagaw bâad el maghreb…» La ponctualité, un vieux concept noble, raffiné et ingénieux, foulé aux pieds… et piétiné comme un vieux paillasson. Lorsqu’un Algérien vous donne rendezvous à 15h précises, en réalité cet horaire correspond à l’instant où il émerge de son sommeil pour se rendre au rencard. Et lorsque, las d’attendre, vous l’appelez sur son portable, sa réponse est toute trouvée : «R’ani f ’trigue» (je suis en chemin). Avec les sempiternels bouchons, mieux vaut renouveler votre stock «patience» et prévoir plusieurs grilles de mots croisés. C est dans l air GMT plus… Réglée comme une montre suisse, Soumaya, 31 ans, souffre le martyr du manque de ponctualité de ses pairs. «Cela commence par mon mari. Impossible de lui faire respecter un horaire. Que se soit pour un rendez-vous médical, un dîner entre amis ou n’importe quel déplacement, il prend tout son temps, pendant que moi, je trépigne d’impatience comme assise sur des charbons ardents. Ma dernière trouvaille pour le secouer un peu, c’est de tricher sur les horaires des rendez-vous. Mais, ça ne marche pas toujours…» «Avant l’heure, ce n’est pas l’heure. Et après l’heure, ce n’est plus l’heure», nous rappelle un vieux dicton. Certaines personnes détestent être en retard à un rendez-vous et en attendent la réciprocité de la part des autres. Farid, 41 ans, a un avis bien tranché sur la question. «Je pense que de nos jours, plus personne ne respecte la parole donnée. Proposer un rendez-vous est un acte de politesse et tout manquement à ce geste est déplorable. Personnellement, je prends toujours mes précautions pour être à l’heure. J’évalue tous les paramètres. Heure de pointe, fluidité de la circulation, barrages de police afin d’honorer mes engagements. Et je suis toujours en avance. Hélas, je dois souvent attendre une éternité. Cela m’énerve et me met de mauvais poil. Désormais, je n’attends plus au-delà d’une dizaine de minutes. Je trouve indécent qu’on abuse ainsi du temps d’autrui…», tranche-t-il. Chez le médecin ou le dentiste, les patients sont obligés de prendre leur mal en patience. Vous arrivez pile poil au rendezvous fixé par le toubib et vous constatez avec amertume que la salle d’attente est pleine à craquer. Il ne reste plus qu’à vous jeter sur la pile de magazines posés sur la table basse et à ronger votre frein… quand ce ne sont pas vos ongles que vous grignotez jusqu’au sang. C’est toute une culture ! La notion de time is money n’est pas encore intégrée dans le disque dur de nos compatriotes. Sous d’autres cieux, gaspiller le temps d’autrui peut mener devant la cour. En témoigne ce cas parmi tant d’autres, qui a eu pour théâtre, l’Allemagne, d’il y a quelques années. Las d’attendre son tour pendant une heure et demi, un publicitaire de 36 ans à qui le médecin avait donné rendez-vous à 18h30, a quitté les lieux. Le lendemain, il envoya une note de 106 mark au toubib, arguant que cette somme correspondait exactement à l’argent qu’il aurait pu gagner en vendant des annonces. L’affaire fut portée en justice et le juge donna raison au publiciste. En fait, la notion de la ponctualité est différemment appréciée, selon la région et la culture des habitants de la planète Terre. Un Suisse par exemple, n’a pas nécessairement la même relation avec la montre, qu’un Algérien. Les deux ne sont pas réglés sur le même fuseau… social, sociétal, culturel, traditionnel, industriel, économique, géographique, atmosphérique… rien n’est pareil. Chez nous, on cultive la notion de : «Koul 3otla fiha khir», alors que dans le Nord, on vous rétorquera que «le temps, c’est de l’argent.» Mais, chez nous, le Nord, on l’a perdu depuis longtemps déjà ! C’est peut-être ce qui fait le charme des gens du Sud…

Et lorsque, las d’attendre, vous l’appelez sur son portable, sa réponse est toute trouvée : «R’ani F’trigue» (je suis en chemin). Avec les sempiternels bouchons, mieux vaut renouveler votre stock «patience» et prévoir plusieurs grilles de mots croisés.

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