vendredi , 26 mai 2017
Société civile Un tissu vital à Timimoune

Société civile Un tissu vital à Timimoune

LA SOCIÉTÉ CIVILE À TIMIMOUNE CONSTITUE UN TISSU VITAL DANS LA VIE DES HABITANTS. AUJOURD’HUI, PLUS DE 70 ASSOCIATIONS, CULTURELLES, SOCIALES ET RELIGIEUSES ACTIVENT DANS CETTE RÉGION «MARGINALISÉE» PAR LES AUTORITÉS LOCALES.

Par Karima Djaïz

La région de Timimoune – une daïra qui compte 32 000 habitants isolés du monde – est dans le besoin d’être prise en charge par des gens conscients de son importance.

Celui qui visite Timimoune, l’une des plus importantes daïra de la wilaya d’Adrar, remarque que le mouvement associatif est fortement présent. Des dizaines d’associations sont créées, généralement par des femmes activant dans les métiers traditionnels. «Mais, sur le terrain, l’on n’aperçoit que 5 ou 6 associations qui sont vraiment actives», remarque Malika, employée à l’APC de Timimoune. La préserver des traditions et des anciens métiers artisanaux semble être l’intérêt d’une minorité amollie. Les jeunes filles de cette région ne sont plus aussi motivées pour rejoindre ces établissements travaillant à titre non lucratif. «Elles préfèrent travailler à la maison avec leurs propres moyens afin de gagner quelques sous», nous confie Khaira, Présidente de l’association Goumari, créée en 2006. En ses débuts, cette association accueillit plus de 12 apprenties, venant du centre de la formation professionnelle afin d’accomplir les 6 mois de stage pratique. Aujourd’hui, l’association ne compte – dans son siège à l’Office de tourisme – que deux stagiaires. Une situation démotivante pour Khaira qui a décidé avec ces deux soeurs, à savoir Malika et Fatna, de changer de cap. Les soeurs Labgaâ sont fortement motivées pour le projet Sahar’Art auquel participe un important nombre de bénévoles algériens et français, dont deux étudiants. Laura Mouysset, 19 ans, étudiante à l’école Euromed, voit que ce projet est une occasion qui lui permet d’aider des personnes qui se trouvent dans le besoin. «Cette année, je pense que notre projet va beaucoup avancer.» Laura est très ambitieuse et très influencée par le mode de vie des gens de Timimoune. «En tout cas, j’y mettrai toute mon énergie possible. Timimoune est une belle région qui a besoin d’être développée. Quand je suis venue en Algérie, la gentillesse des gens m’a donné une envie de travailler sur ce projet de solidarité», conclue Laura. La région de Timimoune – une daïra qui compte 32 000 habitants isolés du monde – est dans le besoin d’être prise en charge par des gens conscients de son importance.

Kévin Mesrour,
étudiant et membre participant au projet Sahar’Art
«Ce projet me permet de mieux comprendre mon environnement»

ÉTUDIANT À PARIS, KÉVIN, ÂGÉ DE 23 ANS, S’EST ENGAGÉ AVEC L’ÉQUIPE FONDATRICE DE LA MARQUE SAHAR’ART. CE JEUNE PARISIEN CROIT VIVEMENT À LA RÉUSSITE DE CE PROJET DE SOLIDARITÉ.

Propos recueillis par K. Dj.

«Actuellement en école de commerce, je suis en apprentissage à Canal+ en tant qu’apprenti chef de projet SAP. Je pense en faire mon futur métier.»

Dziri : Que pensez vous du projet Sahar’Art ?
Kévin : Le projet Sahar’Art est un projet de création d’une entité qui aura pour but la vente de produits issus de l’artisanat algérien. Plus particulièrement, en provenance de Timimoune. Ce projet n’est pas une création d’entreprise ordinaire, car c’est un moyen d’aider la région de Timimoune, non seulement d’un point de vue économique en développant une source d’emplois, mais également, d’un point de vue culturel en permettant à l’artisanat local de se pérenniser. Ainsi, ce projet permettra un développement économique en respectant la tradition et la culture locale. Quel objectif souhaitez-vous réaliser à travers ce projet ? Actuellement en école de commerce, je suis en apprentissage à Canal+ en tant qu’apprenti chef de projet SAP. Je pense en faire mon futur métier. Dans un premier temps, un projet solidaire comme celui de Sahar’Art est intéressant pour moi car, en effet, je ne pense pas – dans le court terme en tout cas – pouvoir élaborer un projet solidaire comme celui-ci. C’est un excellent moyen d’élargir ma vision du monde des affaires par l’apprentissage de la création d’un établissement solidaire international. Ensuite, je suis encore jeune et j’ai plein de choses à apprendre du monde de l’entreprise tant au point de vue économique que juridique. Ainsi, ce projet me permet de mieux comprendre mon environnement en comprenant le fonctionnement des entreprises d’aujourd’hui .

Fatiha Kadiri,
co-gérante de l’atelier de tissage Tigurarin
«On a reproduit 60 différents modèles perdus»

DÉDIÉ À LA SAUVEGARDE DE LA MÉMOIRE DU TISSAGE GOURARI, L’ATELIER DE TISSAGE TIGURARIN QUI SE TROUVE À TIMIMOUNE, EMPLOIE AUJOURD’HUI 12 FEMMES ET PRODUIT ANNUELLEMENT PLUS DE 100 TAPIS (110 EN 2013). À L’INTÉRIEUR DE L’ATELIER, ON COMPTE PLUS DE 40 COULEURS VÉGÉTALES EXTRAITES DE L’OIGNON, DE GRENADE, DE THÉ ET DE BEAUCOUP D’AUTRES COULEURS VÉGÉTALES. TIGURARIN EST « UN EXEMPLE À SUIVRE».

Par K. Dj.

«Pour le marché local, ici à Timimoune, nous travaillons avec les maisons d’hôte et les hôtels, et nous faisons aussi des affiches publicitaires qu’on colle partout.»

Dziri : Comment l’idée de la teinture végétale vous est-elle venue ? Fatiha Kadiri : S’agissant des tapis du patrimoine perdu, nous les avons trouvés dans des musés en France. Et on les a refait mais avec des couleurs synthétiques. Plus tard, après plusieurs recherches et études effectuées en partenariat avec l’association Trait d’union solidarité de Marseille, nous avons compris que les couleurs utilisées à l’époque étaient des couleurs naturelles. Du coup, nous avons pensé à chercher les produits nécessaires afin de faire ressortir ces couleurs. Il y avait certains produits disponibles sur le marché algérien mais les autres étaient importés. Où vos productions sont-elles commercialisées, et comment ? Pour le marché national et international, nous vendons nos produits via Internet. Nous lançons des annonces puis nous produisons selon les commandes. Pour le marché local, ici à Timimoune, nous travaillons avec les maisons d’hôte et les hôtels, et nous faisons aussi des affiches publicitaires qu’on colle partout.

Produisez-vous d’importantes quantités ?

À l’heure actuelle, nous arrivons à produire 60 différents modèles de tapis perdus. Et pendant l’été, comme il fait très chaud – plus de 52°C – je demande aux tisseuses de travailler pour assurer un stock. Je leur propose certaines dimensions et elles produisent deux ou trois pièces de chaque modèle que nous réservons pour les expositions – nationales ou internationales – et qu’on montre aussi aux visiteurs qui viennent ici à Timimoune entre le mois de novembre et mars. Avant, ce n’était pas possible d’avoir des quantités de stockage car la main d’oeuvre était rare. Mais maintenant, nous avons des tisseuses qui maîtrisent bien le métier et qui sont engagées pour former d’autres jeunes filles pour renforcer les ressources humaines de notre atelier. Actuellement, nous avons 12 employées permanentes qui maîtrisent parfaitement les techniques du tissage traditionnel. Comment identifiez-vous les prix de ces produits «prestigieux» ? Je ne dis pas que les prix sont abordables, mais la qualité et le coût de revient très élevé, justifient le prix de vente. Par exemple, pour fabriquer un tapis d’un mètre sur deux, il nous faut au moins 2kg de garance. Ce produit, très demandé par nos clients, se vend sur le marché local à 1 800DA/kg. Donc, en additionnant les autres charges de fabrication, le coût de revient peut aller jusqu’à 10 000DA. C’est pour cela que les prix de vente sont un peu élevés. Ils atteignent les 24 000DA pour un tapis de 2x2m.

Lumière sur…

Projet Sahar’Art Sahara’Art est un projet de solidarité qui combine des bénévoles algériens et français. Il est composé d’une marque saharienne afin de promouvoir des produits du Sahara dans le monde entier. Le projet s’intéresse à la haute couture et aux produits d’artisanat qu’il souhaite distribuer dans le monde : les tapis, la vannerie, la maroquinerie, la poterie, les objets forgés, les bijoux, la cosmétique et beaucoup d’autres créations faites avec les mains des Timimouniens. Association ADEA Créée à Timimoune en avril 2003, l’Association des droits de l’enfant et des adolescents (ADEA) est le principal partenaire de l’association Trait d’union solidarité Alsace en Algérie depuis 2006. En plus de son activité dans les domaines sportif et socioculturel, l’ADEA, présidée par Dr Hocine et Fatiha Kadiri, propose des formations en couture, broderie, cuisine et cogère avec TUS Alsace, l’atelier de tissage et de teinture végétale Tigurarin, dédié à la sauvegarde de la mémoire du tissage Gourari. Les créations artistiques que cet atelier propose, ont fait sa popularité à l’échelle nationale et l’internationale. Des tapis de haute qualité tissés à base de fils teintés avec des couleurs végétales. Ces dernières sont extraites de l’oignon, le thé, les épices, la grenade et beaucoup d’autre plantes cultivées, dans leur majorité, à Timimoune.

 

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Revenir en haut de la page