Son Excellence Hannele Voionmaa, Ambassadrice de Finlande en Algérie «Nous avons plus que jamais développé les relations commerciales entre nos deux pays»

Son Excellence Hannele Voionmaa, Ambassadrice de Finlande en Algérie «Nous avons plus que jamais développé les relations commerciales entre nos deux pays»

DANS CET ENTRETIEN ACCORDÉ À DZIRI, SON EXCELLENCE HANNELE VOIONMAA, AMBASSADRICE DE FINLANDE EN ALGÉRIE, MET EN RELIEF LES RELATIONS ENTRE SON PAYS ET L’ALGÉRIE. ELLE LES DÉFINIES COMME ÉTANT PLUS FORTES AUJOURD’HUI, SUR LE PLAN AMICAL ET DIPLOMATIQUE MAIS AUSSI ÉCONOMIQUE. PLUSIEURS SECTEURS SONT PRISÉS PAR LES FINLANDAIS EN MATIÈRE D’INVESTISSEMENT EN ALGÉRIE MAIS LE SECTEUR PHARE RESTE CELUI DES NOUVELLES TECHNOLOGIES.

Entretien réalisé par Sabrina Aks

Dziri : De nouveaux partenariats sont engagés entre l’Algérie et la Finlande. Comment estimez-vous l’état des relations économiques entre nos deux pays ?

Son Excellence Hannele Voionmaa : Il faut dire que durant quelques années, nous n’avons pas eu beaucoup de contacts avec l’Algérie. Cela dit, nous avons à présent, et plus que jamais, renforcé nos relations économiques et commerciales avec votre pays. Nous avons dépassé la barre des 200 millions d’euros d’exportations finlandaises vers l’Algérie, de même que les exportations algériennes vers la Finlande sont évaluées à un peu plus de 140 millions d’euros et ce, rien que pour l’année 2013, ce qui représente une belle évolution. Il reste cependant encore beaucoup à faire de ce côté-là. Il y a également beaucoup de commerces qui ne sont pas enregistrés du fait des achats indirects, comme pour les nouvelles technologies dont l’importation passe par différents pays, mais qui sont en réalité des produits finlandais et dépassent les 400 millions d’euros.

L’agriculture, l’industrie mécanique, les technologies de l’information et de la communication ainsi que de la formation et de l’éducation sont les secteurs sur lesquels pivotent les coopérations entre les deux parties. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Le premier secteur et le plus important à susciter la coopération entre nos deux patries représente les nouvelles technologies, dont la téléphonie, domaine dans lequel nous sommes des pionniers. Notre pays étant recouvert à 70% de forêts et pourvu de plus de trois mille lacs, dans ce contexte, nous faisons surtout commerce de bois. Viennent ensuite les machines et les appareils électriques ; à cela s’ajoutent le papier et le carton. Les relations commerciales entre nos deux pays ont beaucoup évolué. C’est ainsi que de nouveaux domaines de coopération sont en train de voir le jour, notamment dans le secteur des technologies de l’environnement et des énergies renouvelables. D’autres secteurs, à savoir l’agriculture et la formation, font l’objet d’un intérêt entre l’Algérie et la Finlande.

Quel est le secteur phare et quels sont les secteurs susceptibles d’intéresser les investisseurs finlandais, hormis cités plus haut ?

Le secteur le plus important reste celui des nouvelles technologies. Comme vous le savez sans doute, nous sommes un pays qui a vu naître certaines des plus grandes inventions du 20ème siècle, à l’image du téléphone, dont les premiers appareils de types NMT et GSM, par le biais de Nokia. Nous possédons dans ce domaine encore de nombreux brevets qui nous profitent à travers le monde entier. Nous avons également travaillé ensemble à la création de diverses usines, telle que l’usine de fabrication de moissonneuses batteuses établie dans la région de Sidi Belabès. Et cette année encore, l’usine prévoit de fabriquer 1 000 machines algéro-finlandaises. D’autres usines sont sur le point de voir le jour, notamment de fabrication de papier. Nous oeuvrons également dans le domaine des nouvelles technologies ainsi que de la fibre optique. Nous travaillons donc dans de nombreux domaines pour augmenter la production algérienne.

«Le premier secteur et le plus important à susciter la coopération entre nos deux patries représente les nouvelles technologies, dont la téléphonie, domaine dans lequel nous sommes des pionniers.»

Et les hydrocarbures… ?Des perspectives dans ce sens ?

Nous avons rouvert le marché algérien vers la Finlande l’année dernière, et nous avons énormément augmenté les achats d’hydrocarbures. Nous souhaiterions également aller de l’avant dans le domaine du LNG, le gaz non liquéfié. Nous allons, entre autres, travailler sur différents points qui se rapprochent du domaine des hydrocarbures, à savoir l’écologie, spécialement l’épuration de l’eau. En effet, nous possédons de grandes structures «Cleantech», ce sont des technologies spécifiques et avancées, conçues justement pour l’épuration de l’eau. Notre ministre des Affaires étrangères, Mr Lamamra, a reçu en février dernier son homologue finlandais, Erkki Tuomioja.

Dans quel cadre s’inscrit cette visite, et quels sont les principaux pôles discutés ?

La visite de notre Ministre des affaires étrangère a touché de très près à la question de la coopération culturelle. Nous avons eu la chance, l’année dernière, d’accueillir ici un orchestre finlandais. À cela, j’ajoute de nombreux autres quatuors ainsi qu’un grand compositeur mondialement connu, qui est venu ici pour inaugurer l’une de ses oeuvres dédiée à l’Algérie. Pour en revenir à la rencontre entre Mr Lamara et Mr Tuomioja, l’autre question qui a été abordée fut celle des journées qui seront consacrées l’année prochaine en Algérie à la littérature scandinave, dont la Finlande fera bien entendu partie avec la participation de la Suède et de la Norvège.

Qu’en est-il des relations politiques ?

Pour ce qui est des relations politiques à proprement parlé, la Finlande se trouve être très intéressée par la position de l’Algérie dans une région très critique, sujette à de nombreuses crises. Nous connaissons l’expérience de l’Algérie, qui a su garantir sa sécurité, mais n’en savons pas tout, il faudrait beaucoup travailler sur cela. Vous avez su préserver votre sécurité en ce lieu, cela nous intéresse également, d’en connaître quels en sont les éléments qui ont permis ça, mais aussi si cette situation est durable. Nous avons un intérêt spécifique, un point commun, nous qui sommes d’un pays à l’extrême nord de l’Europe, et vous au Nord du continent africain ; nous avons tous deux travaillé sur des questions de médiation assez sensibles, dont nous avons tiré une certaine expérience. Nous avons notamment Martti Ahtisaari qui a remporté le prix Nobel de la Paix en 2008 et qui est également un ancien président de Finlande, et vous, en Algérie, vous avez Mr Brahimi. Pour ce qui est de votre pays, vous avez été fortement touchés lors de la décennie noire. Cependant, comme tout bouge, il nous est très difficile de comprendre et de décrypter la politique algérienne, cela n’en reste pas moins une tâche intéressante.

Que peut apporter la Finlande à notre pays en termes de développement économique ?

Nous avons certainement apporté tout ce qui concerne la technologie et tout ce qui touche au bois. Nous investissons également plus de 4% de notre budget annuel dans la recherche, ceci a permis à la création de nombreuses start-up qui travaillent dans le domaine des nouvelles technologies et biotechnologie. Grace à cela, la Finlande a partagé énormément de son savoir-faire, à travers ses brevets, avec de nombreux pays. Nous espérons, d’ailleurs, partager cet aspect avec l’Algérie, et ainsi participer au développement des relations économiques entre nos deux pays. Y-aurait-il des facilitations pour l’obtention des visas non-immigrants ? Avant de revenir ici, en Algérie, les demandes de visa pour la Finlande étaient traitées par les ambassades d’autres pays européens. Mais depuis 2012, les demandes sont traitées ici. Concernant les demandes en elles-mêmes, je peux vous dire que nous avons des taux tout à fait représentables. Il y a beaucoup d’Algériens qui se rendent en Finlande pour le travail, notamment les hommes d’affaires. Ces derniers représentent justement les plus importantes demande de visas.

Mis à part les voyages d’affaires, nous octroyons également des visas d’études et d’autres pour des visites familiales. Qu’en est-il de l’immigration… ?

En ce qui concerne la question de l’immigration, il faut savoir que celle-ci n’est pas très élevée. En effet, il n’y a pas beaucoup d’Algériens émigrés en Finlande, ils sont tout au plus quelques centaines seulement, peut-être maintenant un peu plus de mille, ce qui reste relativement assez faible. Mais rien d’étonnant à cet état de fait, vu que la Finlande se situe à l’extrême nord de l’Europe, ce qui n’attire pas énormément de personnes. Ajoutez à cela la barrière de la langue, surtout que nous sommes un pays anglophone plus que francophone. Même si nous sommes très polyglottes, puisque nous apprenons différentes langues très tôt à l’école, comme le finnois et le suédois qui sont les langues officielles du pays, mais encore de nombreuses autres langues comme l’anglais, l’espagnol et le français, mais surtout l’allemand. En parlant d’enseignement, existe-il des programmes d’échange universitaires entre l’Algérie et la Finlande ? Et quels sont les domaines de recherche communs entre nos deux pays ? Nous travaillons ensemble sur des échanges universitaires consacrés à des étudiants doctorants préparant des thèses spécifiques à certains domaines. Nous travaillons sur un projet précis qui demande à être réalisé et dont nous disposons d’un certain budget. Ce projet s’inscrit dans le cadre du développement des start-up. Il y aura, dans ce sens, une coopération, ici à Alger, où nous avons eu l’idée d’aménager un lieu spécialement pour cela. Cette coopération regroupera aussi bien des doctorants finlandais qu’algériens, qui travailleront ensemble. Nous avons, entre autres, repris récemment un projet qui traitait du problème de reboisement. Il y a justement en Finlande des professeurs spécialisés dans le domaine du reboisement des déserts, et nous avons eu l’idée d’inviter des doctorants algériens à participer à ce projet. Mais nous tentons encore de trouver le budget nécessaire à sa réalisation en faisant bouger les choses, ce qui n’est pas chose aisée.

Un mot aux Algériens ?

Marhaba bikom fi dar Finlanda…

«Nous investissons également plus de 4% de notre budget annuel dans la recherche, ceci a permis à la création de nombreuses start-up qui travaillent dans le domaine des nouvelles technologies et biotechnologie.»

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Revenir en haut de la page