Mme Eva Emnéus, Ambassadeur de Suède en Algérie

Mme Eva Emnéus, Ambassadeur de Suède en Algérie

Dziri : Les deux pays jouissent d’une longue tradition politique qui remonte au soutien de la Suède à l’Algérie pendant la guerre de libération grâce, notamment, à Olof Palme, le défunt Premier ministre suédois.

Son Excellence : C’est vrai que la Suède a fortement soutenu la lutte de l’Algérie pour l’indépendance. En 1959, alors que la question de l’avenir de l’Algérie évoluait vers l’idée d’autonomie, la Suède fut le premier et le seul pays de l’Europe de l’Ouest à voter pour l’indépendance de l’Algérie, à l’Assemblée générale de l’ONU. Depuis lors, de bonnes et fructueuses relations avec l’Algérie se sont établies dans différents domaines. Durant les années difficiles de 1990, les relations s’affaiblissent un peu. La Suède connaissait alors, la crise économique la plus sévère depuis longtemps, alors que l’Algérie luttait pour sa survie. Malgré les années difficiles, ni l’ambassade ni la société Ericsson n’ont fermé leurs bureaux. L’Algérie n’a jamais oublié cela et j’ose dire que les relations entre nos deux pays sont très bonnes. Personnellement, je me sens bien reçue par les Algériens. Cependant, il ne faut pas oublier que les relations entre nos deux pays datent du 18ème siècle. En 1729, la Suède a conclu un traité de paix avec les Algériens, dont un des signataires était le dey Abdi Pacha. Le traité était de nature politique et commerciale, étant donné qu’il avait accordé le libre passage à tous les vaisseaux suédois. Le premier consulat suédois a été établi en même temps. En effet, je suis l’heureuse propriétaire d’un livre original, écrit par un des premiers consuls en poste à Alger, entre 1732 et 1735, Carl Réftelieus, qui a décrit l’histoire de l’Algérie et de la ville d’Alger. Sur la scène politique, les deux pays s’intéressent, depuis longtemps, aux questions globales. Dans le cas du Sahara occidental, par exemple, l’Algérie, ainsi que la Suède, soutiennent le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui et réclament une solution juste dans le cadre du Conseil de sécurité de l’ONU.

La Suède a maintes fois exprimé sa volonté d’accroître les échanges commerciaux hors hydrocarbures avec l’Algérie, notamment dans le secteur de l’hydraulique, de l’environnement et du bois. Quel est le volume des échanges commerciaux entre l’Algérie et la Suède ? Et comment qualifieriez-vous les relations économiques entre les deux pays ?

C’est un fait connu que les échanges commerciaux sont plus fructueux entre des voisins. L’Algérie a des relations très proches avec ses voisins dans la Méditerranée. Néanmoins, je pense que la Suède, au nord de l’Europe, et l’Algérie, en Afrique du Nord, ont beaucoup à offrir l’un à l’autre. L’industrie de la Suède a des spécialisations intéressantes pour l’Algérie, surtout en prenant en considération les grands projets d’investissement, par exemple, les secteurs des télécoms, de l’environnement, de la santé, de la construction, des transports, de la sécurité routière et beaucoup d’autres domaines. Les marchés de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient sont considérés comme des marchés de croissance. Le Maghreb devient de plus en plus important pour la Suède, dont le développement économique est étroitement lié à sa capacité d’exporter. En effet, les exportations de la Suède vers l’Algérie ont fortement augmenté, ces dernières années. En 2009, elles furent d’environ 300 millions d’euros, ce qui correspond à une augmentation de 29% par rapport à l’année 2008. Même pendant la crise économique globale, les exportations ont continué à augmenter de 8%, en 2009-2010. Il s’agit surtout des télécoms, de l’industrie mécanique et de la construction, des produits pharmaceutiques, du transport, du bois, entre autres. La Suède est intéressée, également, par l’agriculture, les énergies renouvelables, l’environnement à travers le traitement des déchets et le système de santé. En tous les cas, la Suède a un fort potentiel dans la production de véhicules lourds et l’industrie de transport en général, les trains et les avions de chasse de marque JAS Gripen qu’elle a a déjà vendus à l’Afrique du Sud, à la Hongrie à la Thailande et à la République Tchèque.

Afin de faciliter le travail des exportateurs de pays en voie de développement, la Suède a mis en place l’Open trade gate, une sorte de guichet unique pour les exportateurs algériens. Ce pont de contact suédois a-t-il boosté les exportations entre les deux pays ?

Afin de faciliter le travail des exportateurs de pays en voie de développement, la Suède a mis en place l’Open trade gate, une sorte de guichet unique pour les exportateurs. En 2003, l’Algérie a participé à ce programme, et cela a eu une influence positive sur les possibilités d’exportation vers la Suède. Cependant, la balance commerciale reste négative, malgré le fait que les exportations de l’Algérie vers la Suède soient à la hausse en 2008 avec 100 millions d’euros. Dernièrement, l’Algérie a exporté 15 tonnes d’oranges vers la Suède. C’était la première fois, depuis longtemps, que l’Algérie a exporté des agrumes. Espérons que cela soit le commencement d’une série d’exportations des agrumes vers mon pays. L’Algérie a un grand avantage dans ce domaine,avec plusieurs récoltes par an, parfois même quatre récoltes.
La Suède a participé, deux années de suite (2008-2009), à la Foire internationale d’Alger. Comment évaluez-vous votre participation à cet événement économique important ?
La Foire internationale d’Alger (FIA) joue un rôle important pour les sociétés suédoises, surtout pour celles qui ne sont pas encore introduites sur le marché algérien. Et j’ose dire que la plupart des sociétés qui y ont participé, ces cinq dernières années, ont fini par conclure des contrats. L’année passée, notre ministre du Commerce, Ewa Björling, nous a honorés par sa présence à l’inauguration du pavillon suédois à la FIA, représenté par 8 à 10 sociétés. Elle a rencontré plusieurs ministres, ainsi que la plupart des sociétés suédoises. Cette année, on ne compte pas y participer.

L’Algérie a fait appel à l’expérience suédoise en matière de prévention et de sécurité routière, notamment le dernier programme «vision zéro.» Est-ce que le système de sécurité routière préconisé par la Suède, a été mis en place ?

Les visites officielles sont toujours d’une grande valeur. Ce sont les contacts directs entre les représentants des pays qui mènent à une coopération à long terme. Un bon exemple est la conférence sur la sécurité routière que l’ambassade a organisée les 3 et 4 mai passés, en coopération avec les autorités algériennes. C’est le Centre national de prévention et sécurité routière et la Chambre de commerce et d’industrie d’Alger d’un côté, l’Agence suédoise des transports et la société Sensys Traffic AB de l’autre. L’intérêt a été très grand, avec au moins 100 participants, dont plus de 8 ministères et des agences nationales, comme les associations de handicapés, les ONG (NDLR : Organisations non gouvernementales) et les services de sécurité. J’ai un grand espoir que nos deux pays puissent établir un partenariat à long terme dans le domaine de la sécurité routière. Certes, chaque pays a sa propre solution, mais nous voulons proposer à l’Algérie un système intelligent de la gestion du trafic, renforcé par des caméras à haute vitesse, des barrages et d’autres outils nécessaires pour une meilleure sécurité routière.
Combien d’entreprises suédoises sont installées en Algérie ?
Il y a 17 sociétés suédoises installées en Algérie. La société Ericsson Telecom est la plus connue, mais il y d’autres sociétés suèdoises importates, telles que Volvo Construction, Volvo Trucks, Scania, TetraPak, Alfa Laval, Atlas Copco, ABB, Ramboll, Oriflame, Astra Zeneca, dont quelques unes ont parfois plusieurs nationalités, à l’image de ABB (suédoise-suisse) et Astra Zeneca (suédoise-britannique).
Comment se fait-il que vous n’ayez pas établi une chambre de commerce en Algérie ? Et où en est-on du projet d’accord relatif à la non double imposition en cours de discussion entre les deux pays ?
Il n’y a pas, pour le moment, assez de sociétés suédoises pour qu’on puisse établir une chambre de commerce en Algérie, étant donné qu’il faut au moins 35 sociétés pour obtenir l’agrément du ministère de l’Intérieur. Un de nos projets est d’établir un conseil d’affaires algéro-suédois, afin de rendre possible un échange d’idées et d’expériences. Un autre projet est la conclusion d’un accord sur la non double imposition. Les négociations ont commencé déjà en 2005, mais sont arrêtées pour des raisons inconnues. Je considère important un tel accord, pour le bon fonctionnement des sociétés suédoises en Algérie.

Depuis décembre 2009, la Suède a introduit la prise d´empreintes digitales pour les visas Schengen. Ne croyez-vous pas que cette procédure est trop pénalisante ? Prévoyez-vous un allègement de la procédure à court terme ?

Il n’y a pas de frontières internes entre les membres de l’UE. Une fois à l’intérieur, n’importe qui peut voyager dans n’importe quel pays, sans visa. Pour moi, cela est un grand avantage, non seulement pour un citoyen membre, mais aussi pour ceux qui viennent d’un pays non membre. Les critères pour obtenir un visa sont les mêmes. Peu importe si c’est la Suède ou bien un autre pays qui en a l’issue. L’essentiel est que le règlement soit respecté par les pays membres, ainsi que par celui qui demande un visa. L’introduction de la biométrie parait, peut-être, injuste à première vue mais, c’est mon opinion que c’est notamment la biométrie qui va le rendre possible pour chacun de voyager librement en Europe et ailleurs, étant donné qu’il ne sera plus possible de voyager sous une fausse identité.

Comment se fait-il que c’est l’ambassade de Pologne à Alger qui assure, depuis le 15 septembre 2010, le traitement des demandes ainsi que la délivrance des visas au nom de la Suède, pour les personnes se rendant en Suède ?

Le système Schengen permet aux pays membres d’échanger certaines tâches de travail. La Pologne a consenti à prendre les affaires migratoires de la Suède en représentation. La raison en est que l’ambassade de Suède en Algérie, vient de subir une réforme de structures qui a eu pour effet une réduction du nombre des effectifs. En conséquence, l’ambassade n’a plus les ressources humaines pour s’occuper des visas. Normalement, la Suède sera disposée à faire la même chose pour la Pologne, ailleurs dans le monde.

Selon le World Economic Forum, la Suède dépasse les États-Unis en matière de compétitivité. Quel est le secret de cette ascension ?

Comparer avec les États-Unis, n’est pas approprié mais il est vrai que la Suède est un pays avec un fort développement économique. Dans les termes de croissance, la Suède est une économie tigre. LaSuède a tiré des leçons de la crise économique qu’elle a subie dans les années 90. Depuis lors, elle a des finances saines, une économie en ordre, et elle a entrepris les réformes nécessaires pour pouvoir faire face à la concurrence globale. Aujourd’hui, la Suède est un pays moderne, réformiste, avec un esprit entreprenant qui a investi, notamment, dans la recherche scientifique et l’enseignement. La Suède a réussi à sortir renforcée de la crise globale. Un petit pays de 9 millions d’habitants mais, en même temps, une économie forte. La Suède est une démocratie sociale basée sur l’initiative privée forte, un État fort, un système de sécurité social et d’impôts performants et un marché de l’emploi très intéressant, régulé à travers un consensus par des négociations entre le syndicat et l’employeur.

L’écrivain suédois Henning Mankell ouvre un dialogue interculturel à Alger à l’occasion d’un Symposium international sur le rôle des écrivains dans la promotion de la diversité. Y aura-il d’autres initiatives ou projets de ce genre ? Et qu’en est-il de l’ensemble suédois, Göteborg Baroque, très apprécié par le public algérien lors de la 2ème édition du Festival culturel de musique symphonique d’Alger ?

La promotion des relations culturelles entre la Suède et l’Algérie est une priorité. Nous sommes très actifs, malgré le fait que l’ambassade n’a pas beaucoup de ressources en ce qui concerne les moyens financiers et humains. Nous sommes deux diplomates, sans représentation de commerce ni centre culturel, sur place. Chaque année, nous participons aux projets initiés par la délégation de l’UE. Notre contribution, cette année, sera celle d’une chanteuse de jazz, Fredrika Stahl, qui est déjà internationalement connue. L’année passée, un de nos plus célèbres écrivains, Henning Mankell, a été invité à participer au Salon du livre. Si tout va bien, il reviendra pour un projet de théâtre, en coopération avec le Ministère de la Culture. Quant à la participation de l’ensemble suédois, Goteborg Baroque, à la deuxième édition du Festival culturel de musique symphonique d’Alger, il a été un succès et nous avons l’intention de participer, cette année aussi. Depuis mon arrivée, il y a deux ans et demi, l’activité culturelle a été multipliée. Cette année, l’ambassade voudrait avec l’Institut suédois promouvoir une exhibition itinérante de livres, en arabe et en d’autres langues, pour enfants, à travers les bibliothèques des villes algériennes.

Quel est votre appréciation du climat des affaires en Algérie ?

Le climat des affaires en Algérie n’est pas considéré aussi positif qu’avant. Les nouvelles lois sur l’investissement, notamment la règle 51/49, ont créé beaucoup d’incertitudes et il n’y a rien que les hommes d’affaires craignent plus que l’imprévisibilité et cela a probablement retardé les investissements étrangers. Pour convaincre les investisseurs étrangers à investir, il faut créer un secteur privé dynamique et renforcer la confince entre acteurs commerciaux et l’État.

 

2 commentaires

  1. l’algerie est un pays riche en matiere première en energie et ressorce humain mais malheureusement il n ya pas des compétance qui peuvent investir dans 7 patrimoine naturel et humain ,

  2. that, let me inform you just what exalcty did work. Your writing is extremely persuasive and this is probably the reason why I am taking an effort in order to opine. I do not really make it a regular habit of doing that. 2nd, whilst I can easily see a leaps in logic you make, I am not certain of exalcty how you appear to connect the details which in turn produce your conclusion. For the moment I will subscribe to your point however wish in the near future you connect your dots much better.

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Revenir en haut de la page