Complexe d’El Hadjar Sauvetage ou bradage

Complexe d’El Hadjar Sauvetage ou bradage

QUELQUES MOIS APRÈS LA RECONFIGURATION DU CAPITAL DU COMPLEXE SIDÉRURGIQUE D’EL HADJAR, ANNABA, L’HEURE EST ACTUELLEMENT À LA MISE EN OEUVRE DE CETTE NOUVELLE CONFIGURATION À TRAVERS, NOTAMMENT, UNE RÉVISION DES PROCÉDURES ET MÉTHODES DE TRAVAIL ET D’ADAPTER CELLES EXISTANTES.

Par Zineddine L.

il s’agit «d’un enjeu socio-économique majeur qui devra assurer la préservation des milliers de postes d’emplois. C’est donc de la stabilité de l’ensemble de la région de l’Est du pays dont il est question.»

Ainsi, selon une source très proche du dossier, «le modèle de fonctionnement adopté jusqu’à la date de la renationalisation du complexe n’étant plus convenable, il est question de revoir et de procéder à la transformation de trois axes essentiels, à savoir les approvisionnements/achats, la gestion des ressources humaines et, enfin, le contrôle et la sécurité du site.» À ce propos, il semblerait que «tout marche très bien» pour y parvenir, a affirmé la même source. «Ce sont des questions qui demandent du temps, mais c’est sur la bonne voie», preuve en est que le plan de stabilité sociale a été mis en oeuvre par les deux partie (direction et partenaire social) et un comité paritaire de soutien a été créé. Il faut savoir, en effet, que depuis la finalisation de l’accord stratégique entre Sider et Arcelor Mittal, la signature du nouveau pacte d’actionnaires, le Conseil d’administration d’Arcelor Mittal Algérie a tenu sa première réunion à l’usine le 23 janvier dernier. Durant cette séance, le conseil d’administration a été reconfiguré avec la création de trois comités, en l’occurrence un comité achats et investissements, un autre consacré aux audits, risques et comptes et, enfin, un troisième dédié aux ressources humaines et projet d’entreprise. Retour sur le périple de ce qui fut un joyau de l’industrie nationale L’État, par le biais du Groupe Sider, a officiellement racheté en début du mois d’octobre dernier le complexe sidérurgique d’El Hadjar, Annaba (AMA), la filiale du numéro 1 mondial de la sidérurgie, Arcelor Mittal. Beaucoup d’encre a coulé sur ce dossier. Réclamée à plusieurs reprises par des syndicats et certains partis politiques algériens, la nationalisation d’El Hadjar privatisée en 2001 a abouti après d’âpres négociations entre l’État et le géant de la sidérurgie Arcelor Mittal. Pour l’État, cette opération est un sauvetage in extremis du complexe et de ses travailleurs, mais pour certains, ce rachat est un bradage, résultat de l’échec de la privatisation dudit complexe. Depuis octobre dernier, le groupe Sider, majoritaire à hauteur de 51% dans le capital du complexe, a pris la présidence du conseil d’administration du complexe, assurée jusqu’ici par Arcelor Mittal qui, lui, continue d’assurer la gestion dudit complexe. «Le complexe d’El Hadjar risquait de disparaître définitivement si l’on n’avait pas agi ainsi», a déclaré Abdelmalek Sellal, Premier ministre lors de la tripartite du 10 octobre dernier. Cette opération, a-t-il ajouté, est une réponse à «la décision souveraine du Président de sauver ce complexe et de relancer l’industrie sidérurgique dans le pays.» Soulignant, à cet effet, que cette reprise «sans payer un dinar» a été rendu possible grâce à «la règle 51/49% relative aux investissements étrangers qui bien que contestée par certains opérateurs, a protégé l’économie nationale et continuera à le faire.» De son côté, le patron d’Arcelor Mittal, Lakshmi Mittal, s’est dit «très satisfait» quant à cet accord, car il s’agit le développement «à long terme de l’usine sidérurgique d’Annaba, des mines de Ouenza et Boukhadra». Comment ne pas être content ? Car il est certain qu’avec cette transaction, Arcelor Mittal a réalisé à son groupe une importante plus value. Pourtant, douze ans après… Douze ans après sa privatisation, le complexe d’El Hadjar a, de façon récurrente, fait face aux conséquences du sous-investissement, de la dégradation des installations et équipements, de la fermeture des sites de production essentiels, de la réduction des effectifs et de la non amélioration des conditions de travail. Une situation que de nombreux économistes imputeront à l’échec de la privatisation. Certains n’évoquent que cette opération «qui entre dans le cadre de l’apaisement social.» «Arcelor Mittal, qui a empoché de substantiels profits du marché algérien des produits sidérurgiques, a exigé de l’argent frais des banques algériennes pour réaliser ce qui relève de ses affaires d’industrielles», renchériront d’autres. Chiffres à l’appui, ils évoqueront une contre-performance du géant mondial, d’autant plus dommageable qu’elle s’inscrit dans un contexte économique porteur et une demande très dynamique d’acier sur le marché algérien. En ce sens où, sur un objectif de réalisation fixé initialement à 700 000 tonnes, le complexe n’a produit que 580 000 tonnes d’acier en 2012, ce qui est loin de couvrir les besoins du marché national. Un déficit qui oblige le pays à importer pour 10 milliards de dollars de produits sidérurgiques chaque année, soit l’équivalent de 80% de ses besoins en acier. Par ailleurs, les pertes financières d’AMA se sont élevées à 33 millions de dollars. En outre, AMA n’a cessé de faire face, ces dernières années, à des difficultés financières, au point de frôler une cessation de paiement en janvier 2012. Cette issue avait été évitée grâce au sauvetage assuré par la Banque extérieure d’Algérie (BEA), qui lui a accordé un crédit bancaire de 14 milliards de dinars, dont 9 milliards destinés au rachat de la dette d’Arcelor Mittal auprès de la banque française Société Générale. Malgré cela, ces efforts destinés à augmenter la production du complexe sidérurgique sont restés en deçà des objectifs tracés. «Une autre preuve de l’échec du partenariat avec Mittal», ajoutera une source proche du dossier. «Le véritable enjeu demeure dans la mise en oeuvre des clauses du pacte», s’inquiètera la même source. Et pour cause, poursuivra-telle, il s’agit «d’un enjeu socio-économique majeur qui devra assurer la préservation des milliers de postes d’emplois. C’est donc de la stabilité de l’ensemble de la région de l’Est du pays dont il est question». Étant majoritaire, et ayant pris les surcoûts à sa charge grâce à l’aisance de la rente des hydrocarbures, avec l’application de la règle des 49/51% régissant les IDE en Algérie, l’on s’interroge sur la pérennité de cette nouvelle configuration du désormais complexe Arcelor Mittal Algérie sur la rentabilité de cette nationalisation. Et c’est justement là que réside la réponse à ceux qui s’interrogent pourquoi des comptes à Arcelor Mittal n’ont pas été demandés, face à la contre performance constatée et en non respect des clauses de 2001. En effet, selon une autre source très proche du dossier, «on aurait pu, en effet, demander des comptes, mais cela aurait été de la fierté mal placée dans ce genre de situation». Car selon elle, «nous avons grand besoin de leader indien, en termes de technologies et des solutions sidérurgiques contribuant à améliorer l’efficacité énergétique d’un grand nombre des produits et des composants utilisés quotidiennement dans le complexe.» En plus, ajoutera la même source, «le fait que nous ayons gardé le nom d’Arcelor Mittal dans la nouvelle société, constitue pour l’Algérie un grand atout à l’international.» «Donc, le complexe d’El Hadjar n’a pas été bradé comme le considèrent certains», lancera-t-elle. En outre, suite à ce nouveau pacte d’actionnaires, le patron du géant mondial de l’acier Lakshmi Mittal, s’est engagé à doubler la capacité de production du complexe d’El Hadjar en portant la capacité de 1 million de tonnes à 2,2 millions de tonnes par an en 2017. Il prévoit, par ailleurs, une réduction de participation d’Arcelor Mittal dans le capital d’Arcelor Mittal Annaba et Arcelor Mittal Tébessa à 49%, ainsi qu’une augmentation du capital de la partie algérienne à 51% dans les deux entreprises, selon les termes de l’accord.

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