P r Chafia Daho Mekhloufi, chef de service orthopédique de l’hôpital Lamine Debaghine

P r Chafia Daho Mekhloufi, chef de service orthopédique de l’hôpital Lamine Debaghine

CONSIDÉRÉ COMME LA MALADIE DU SIÈCLE, LA LOMBALGIE TOUCHE ACTUELLEMENT DES MILLIONS DE PERSONNES À TRAVERS LES QUATRE COINS DE MONDE. SELON LES SPÉCIALISTES, CETTE MALADIE TOUCHE LES HOMMES ÂGÉS ENTRE 25 ET 50 ANS, ET LES FEMMES DE 60 ANS QUI SONT PARTICULIÈREMENT EXPOSÉES AUX FRACTURES ET À L’OSTÉOPOROSE. LES PERSONNES SUJETTES AUX LOMBALGIES SONT PRINCIPALEMENT CELLES QUI FONT DES TRAVAUX PÉNIBLES, SOULÈVENT DES POIDS OU CEUX QUI RESTENT LONGTEMPS ASSIS DEVANT LEUR ORDINATEUR. DANS CET ENTRETIEN, PR CHAFIA DAHO MEKHLOUFI, CHEF DE SERVICE ORTHOPÉDIQUE DE L’HÔPITAL LAMINE DEBAGHINE, REVIENT SUR LES SYMPTÔMES ET LE COÛT SOCIAL DE LA LOMBALGIE.

Entretien réalisé par Samir Fadel

Dziri : La lombalgie est considérée par la communauté scientifique comme la maladie du siècle dans la mesure où elle touche des centaines de millions de personnes dans le monde. Quelles sont les symptômes de cette maladie ? Pr Chafia Daho Mekhloufi : La lombalgie est très répandue dans le monde. On estime à 80% le nombre de sujets ayant souffert, au moins une fois dans leur vie, de lombalgie. La pathologie vertébrale ou «mal de dos» est une matière riche, où se côtoient des douleurs de toutes origines. Dans la majorité des cas, ces douleurs sont d’origine dite «commune» discale ou arthrosique.

«La lombalgie touche particulièrement la population active et survient souvent chez le sujet jeune entre 30 et 50 ans, à la suite d’un effort déclenchant ; elle prédomine aux mouvements, elle est impulsive à la toux et elle a tendance à s’atténuer au repos.»

La lombalgie correspond à une douleur localisée au bas du dos, médiane, parfois, elle peut être latéralisée, pouvant irradier vers le bas, mais ne dépassant pas le genou. La lombalgie touche particulièrement la population active et survient souvent chez le sujet jeune entre 30 et 50 ans, à la suite d’un effort déclenchant ; elle prédomine aux mouvements, elle est impulsive à la toux et elle a tendance à s’atténuer au repos. Est-ce que les hommes sont-ils plus exposés à cette maladie ? Des études récentes aux États-Unis, pays où la lombalgie est très répandue, ont montré qu’il y a une prévalence élevée de la lombalgie ente 25 et 50 ans chez l’homme, et une fréquence élevée chez la femme à partir de 65 ans, tout en sachant que le risque d’hospitalisation pour lombalgie est plus élevé chez les patients âgés. En fait, la lombalgie concerne les deux sexes. Certaines professions, et en raison des postures qu’elles imposent, exposent fortement au risque de lombalgie. Une fois atteint, que doit faire le patient ? Le patient qui souffre de lombalgie aigue ou lumbago doit être rassuré, car dans plus de 90% des cas, les lombalgies sont «bénignes». Ces douleurs relèvent d’un traitement médical basé essentiellement sur les antalgiques et les anti-inflammatoires non stéroïdiens afin de permettre la reprise des activités quotidiennes. La reprise du travail est essentielle, elle doit se faire le plus tôt possible afin d’éviter le passage à la chronicité et le déconditionnement physique. De toute façon, la plupart des épisodes aigus évoluent naturellement vers la guérison en quelques jours à quelques semaines. Mais l’identification précoce des facteurs de risque de chronicité permet d’éviter le passage vers la chronicité. Ensuite, une hygiène rachidienne est préconisée, certains gestes doivent être évités. Au stade de lombalgie chronique, à savoir de plus de 3 mois d’évolution, une approche multifactorielle (évaluations physique, fonctionnelle, socioprofessionnelle, psychologique et éventuellement médico-légale) et une prise en charge multidisciplinaire semblent nécessaires. Elles ont pour objectifs de contrôler la douleur, d’améliorer les capacités fonctionnelles et de favoriser une réinsertion sociale et professionnelle. Généralement, c’est une maladie incurable, c’est pourquoi il y a toute une hygiène de vie à respecter… Il faudra bien sûr optimiser le poste et la position de travail, corriger les facteurs favorisants, informer le patient afin de minimiser les effets des facteurs psycho sociaux, de prévenir la progression vers la chronicité. L’exercice physique, notamment la natation, est conseillé, l’éducation thérapeutique est importante. La prise en charge de la lombalgie chronique doit être multidisciplinaire associant médecins, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, assistants sociaux, psychologue et médecin du travail. Quel en est le coût social ? La lombalgie est la première cause de la limitation des activités et l’absence du travail, elle représente un énorme fardeau économique. Il y a une dizaine d’années, elle était considérée comme un problème limité aux pays occidentaux, mais la lombalgie représente également un problème majeur dans les pays émergents. Le dernier Global urden of disease study (GBD) (étude de la charge mondiale des maladies), publié à la fin de 2012, a mis en évidence l’énorme poids mondial de la lombalgie. Celle-ci est considérée comme la principale cause d’invalidité dans le monde, devant 290 autres affections .

La lombalgie, une affection coûteuse

La prise en charge de la lombalgie et le traitement de la douleur nociceptive et neuropathique ont été à l’ordre du jour des travaux de la 5ème édition de la «Douleur académie» (Pain Academy), organisée par Pfizer Afrique et Moyen- Orient à l’hôtel Sheraton, il y a quelques mois. En présence d’une panoplie de spécialistes nationaux et internationaux, cette cinquième édition dédiée à lombalgie se situe dans le cadre d’échange d’expériences et le partage des dernières avancées scientifiques en matière d’évaluation et de prise en charge de la douleur. Qualifiant la lombalgie de «maladie du siècle», la spécialiste a souligné qu’elle touche les hommes âgés entre 25 et 50 ans et les femmes de 60 ans qui sont particulièrement exposés aux fractures et à l’ostéoporose. Les personnes sujettes aux lombalgies sont principalement celles qui font des travaux pénibles, soulèvent des poids ou ceux qui restent longtemps assis devant leur ordinateur, affirme Pr Chafia Daho Mekhloufi. La même spécialiste déplore aussi le manque d’études traitant de la lombalgie en Algérie, car sans ce genre d’études nécessaires, on ne peut s’arrêter sur l’ampleur du phénomène et des politiques de prévention à mener.

 

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