mardi , 25 avril 2017
Fête à l’algérienne «On va danser… Oui, c’est la vie !»

Fête à l’algérienne «On va danser… Oui, c’est la vie !»

LE QUOTIDIEN DE CERTAINES FEMMES EST SI MONOTONE QU’ELLES GUETTENT LA MOINDRE SORTIE POUR POUVOIR ENFIN SE DÉFOULER UN PEU. LONGTEMPS CONFRONTÉES À LA DÈCHE FESTIVE, ELLES SAISISSENT LA MOINDRE OCCASION QUI S’OFFRE À ELLES POUR METTRE UN ZESTE DE GAIETÉ ET DE FANTAISIE DANS LEUR VIE.

Par Celia Ouabri

À fond la sono. Le DJ envoie à peine la musique que la piste de danse est déjà envahie par une horde de femmes déchaînées. Le spectacle est ahurissant. Popotin frétillant, tête dodelinant, yeux révulsés, bras levés au ciel. Petits sauts en avant. Triple salto arrière… Allez, shake your booty… Les chatahate sont en transe

Le nec plus ultra : les cérémonies de mariage. Alors, toutes excitées et impatientes, elles s’en donnent à coeur joie. C’est le Saint Graal… L’apothéose ! L’occasion de se faire belle, d’orner cou, oreilles, doigts et poignets avec des bijoux qui croupissent dans le tiroir à cause des voleurs à la tire… et surtout, de se lâcher sur la piste de danse. Elles piaffent d’impatience et cochent un à un, les jours sur le calendrier. Elles parlent et reparlent de ce qu’elles vont porter le jour J. Comment elles vont se coiffer, se maquiller… Elles se promettent d’en mettre plein les yeux aux autres. Ces femmes se glissent dans la peau de Penelope lorsqu’elle guettait le retour d’Ulysse. «N’difouliwe à fond !» Agitez un carton d’invitation sous leur nez de femmes en manque de ch’tih ouar’dih et vous les verrez s’exciter comme des puces. Un ticket gagnant de loto ne leur ferait pas autant d’effet. Claquemurées tout au long de l’année, elles savent qu’en allant à un 3arss, elles vont se défouler. D’ailleurs, elles le disent elles-mêmes : «N’difouliwe à fond !» Dans un quotidien purgé de toute fantaisie et soumis à l’implacable loi de la routine, une cérémonie de mariage, c’est un peu comme un rayon de soleil en plein hiver. L’unique échappatoire pour rompre la monotonie et zapper les soucis de la vie. Le jour J arrive. Les femmes piaillent comme des pies, caquètent comme des cocottes. L’excitation est à son comble. La coiffeuse est alertée. L’esthéticienne prévenue. La maquilleuse informée. Les tenues préparées à l’avance… Même le long foulard à nouer autour des hanches en prévision des danses endiablées sur la piste, est de sortie. Z’wit r’wit À fond la sono. Le DJ envoie à peine la musique que la piste de danse est déjà envahie par une horde de femmes déchaînées. Le spectacle est ahurissant. Popotin frétillant, tête dodelinant, yeux révulsés, bras levés au ciel. Petits sauts en avant. Triple salto arrière… Allez, shake your booty… Les chatahate sont en transe. C’est le grand exutoire. Derrière ses platines, le David Guetta de la fête exulte. Il enchaîne les tubes dansants. On lui réclame Zwit r’wit d’Idir, Zaama Zaama de Takfarinas, C’est la vie de Khaled… Le disc-jockey est ravi de chauffer la salle. De vraies furies ces invitées ! Sueur perlant sur leur front, elles gigotent dans tous les sens, enchaînant les danses naïli, kabyles, algéroises, aurasiennes… Elles dansent, elles chantent, elles crient… elles sont carrément en transe. Plus rien ne peut les arrêter. Même pas une secousse de 7 sur l’échelle de Richter. Ni même un tsunami ! «ZE» sortie ! Hassiba, 23 ans, a rarement l’occasion de sortir. Pas de boulot, ni de petit ami et encore moins de distractions. Ménage et popote rythment ses journées du dimanche au samedi et de janvier à décembre. Alors, évidemment, lorsqu’il y a un aârs en vue, Hassiba se réjouit. «Je suis H24 à la maison. Mes loisirs se limitent à regarder la télévision. Aussitôt que j’entends parler de mariage ou de fiançailles, je suis sur des charbons ardents. Il arrive que le carton d’invitation soit destiné à ma mère, ma soeur, ma cousine ou une amie… Mais, pas de problème. En Algérie, les faireparts ne sont pas nominatifs. On y va à plusieurs personnes. Pas question de rater une occasion de danser et de me défouler. Parfois, je ne connais aucune des invitées, mais je m’en fiche complètement. Ce que j’aime c’est l’ambiance, la musique, les belles tenues… Je m’en donne à coeur joie et je danse tout mon saoul, car il peut se passer plusieurs mois avant qu’une pareille occasion ne se présente à nouveau à moi.» Les fêtes de mariages sont de véritables exutoires. Comme des pilules anti dépressive qui mettent du rose dans le bourrichon. «On va danser, on va s’aimer… oui, c’est la vie, la la la !»

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