Entretien avec Mr Takeshi Kamitani Son Excellence, l’ambassadeur du Japon en Algérie

Entretien avec Mr Takeshi Kamitani Son Excellence, l’ambassadeur du Japon en Algérie

Dziri : En premier lieu, quel bilan faites-vous, Excellence, des relations bilatérales entre le Japon et l’Algérie ?

Son Excellence : Les relations bilatérales se sont développées depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962, en particulier dans le domaine de l’économie, avec les opérations des entreprises privées japonaises. Bien qu’il y ait eu une période de ralentissement pendant la décennie noire, les relations ont pris un nouvel élan ces dernières années, ce qui a été prouvé par la visite du ministre des Affaires étrangère du Japon, S.E.M. Seiji Maehara, en décembre 2010. Nous qualifions
ces relations d’excellentes et nous envisageons de les intensifier davantage.

En dépit de la distance qui sépare les deux pays, l’Algérie et le Japon entretiennent des relations économiques intenses, particulièrement dans les hydrocarbures.Pourquoi votre pays s’intéresse-t-il autant à ce secteur ?

Le Japon s’intéresse à intensifier les relations économiques,tous secteurs confondus. En effet, la coopération entre les deux pays s’est concrétisée dans divers domaines, tels que le textile, la pêche, les travaux publics, les cimenteries, les télécommunications et le dessalement de l’eau de mer, mais il est vrai que le secteur des hydrocarbures est devenu le plus important, parce que l’Algérie a privilégié le développement de ce domaine. La stabilisation de l’offre des hydrocarbures sur le marché international, est importante pour l’économie du Japon. Et effectivement, les deux pays trouvent des intérêts communs dans ce secteur.

Les entreprises japonaises sont présentes, depuis des années, dans plusieurs secteurs. Combien sont-elles ? Et selon vous, les nouvelles lois de finances lancées par l’Algérie, favorisent-elles la venue de nouvelles entreprises nipponnes pour investir ?

Actuellement, il y a une vingtaine d’entreprises japonaises ayant des bureaux en Algérie. La nouvelle loi de finances établit de nouvelles mesures restrictives à l’investissement et à l’activité des entreprises étrangères
en Algérie. Donc, les entreprises japonaises sont concernées par l’application de cette nouvelle réglementation et sont attentives à ce nouvel environnement.

Qu’en est-il du projet de négociation de l’accord bilatéral de la promotion et de la protection des investissements, pour protéger les activités et les biens des entreprises japonaises et, aussi, répondre à la demande algérienne pour la promotion des investissements japonais en Algérie ?

Comme il a été prévu lors de la visite de S.E.M. Maehara, les deux gouvernements ont entamé des négociations sur la conclusion d’un accord bilatéral, portant sur l’investissement entre les deux pays. Ces négociations sont toujours en cours, afin qu’elles aboutissent à un accord le plus vite possible.

Le Japon est également très intéressé par le projet Sahara Solar Breeder (Super Apollo). C’est un projet innovateur qui prévoit de produire du silicium, matière qui entre dans la fabrication des panneaux photovoltaïques, à partir du sable du désert. Ce projet est-il toujours d’actualité ?

Oui, ce projet est toujours d’actualité, dans le cadre organisée conjointement avec la JICA du côté japonais et l’USTO, l’université de Saïda, et l’université d’Adrar, du côté algérien. Ce programme de coopération au niveau de la recherche a été mis en route, et il s’étalera sur une durée de cinq ans, à commencer par cette année.

Quant aux échanges entre les deux pays, en 2007, le montant des importations a atteint un milliard de dollars. Quels sont les produits qui sont concernés par ces importations ?

L’Algérie importe principalement des véhicules, des équipements et des matériaux d’usines.

Le Japon est impliqué dans plusieurs projets structurants en Algérie, dont une partie de l’autoroute est-ouest. Votre pays compte-t-il investir davantage en Algérie, à la lumière des projets inscrits dans le plan quinquennal 2010-2014 ?

Nous considérons le plan quinquennal 2010-2014 comme très important pour le développement économique et social de l’Algérie, et les entreprises japonaises y portent de l’intérêt. Elles sont donc prêtes à étudier les projets, et ce sont elles qui décideront, après études, de leur participation à ce plan.

Qu’en est-il du transfert de technologie ?

Dans le cadre de la coopération technique au niveau de la JICA, entre les gouvernements il y a actuellement un projet de coopération technique pour l’amélioration de la capacité de surveillance de la qualité de l’eau, dans le domaine de la protection de l’environnement, par exemple. Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, une coopération vient d’être lancée pour la recherche sur l’énergie solaire photovoltaïque.

En plus, il y a le programme de formation, destiné aux stagiaires et chercheurs algériens qui a lieu au Japon, sans oublier le programme d’octroi de bourses au bénéfice des étudiants algériens. Le transfert de technologies s’opère également entre les universités, à l’exemple de la coopération académique entre l’USTHB et l’Université de Tsukuba, en parallèle d’un accord plus général entre cette même université et le ministère algérien de l’Enseignement supérieur et de la recherche. Dans le secteur privé, il va sans dire que l’activité des entreprises japonaises en Algérie inclut une coopération technique et un transfert de technologies.

Le japon veut investir dans l’équipement, l’infrastructure, les PME, l’agriculture, le tourisme. Peut-on en connaître les détails ?

Comme je l’ai stipulé tout à l’heure, les entreprises japonaises étudient leurs possibilités de participation
à différents projets. À ce stade, nous ne pouvons prévoir les conclusions de ces études. En effet, il y a un cadre de consultation entre l’Association des organisations économiques du Japon (Keidaren) et le Forum algérien des chefs d’entreprises (FCE) dans lequel les entreprises des deux pays sont disposées à discuter des détails d’une éventuelle coopération. La prochaine réunion de ce Comité économique mixte algérois- japonais se tiendra au cours de l’année 2011.

Mr Seiji Maehara, ministre des Affaires étrangères japonais, lors de sa visite à Alger, a insisté sur le fait que l’Algérie mène, depuis son indépendance, une diplomatie très active et prend le leadership dans l’engagement pour relever les défis. Quelles sont, justement, les points de vue que vous partagez avec l’Algérie, concernant les questions mondiales, notamment le processus de décolonisation au Sahara occidental et au Proche-Orient ?

Le Japon souhaite toujours la paix et la sécurité dans le monde entier, et dans toutes les régions. Nous considérons, à cet effet, que le Japon et l’Algérie ont des intérêts communs dans la résolution des problèmes
internationaux et régionaux. Ainsi, lors de la visite du ministre des Affaires étrangère du Japon en Algérie, un mémorandum a été signé pour la consultation politique entre les ministères des Affaires étrangères des deux pays, conjointement avec S.E.M. Medelci. Pour les questions régionales, telles que le Sahara Occidental et la situation au Proche-Orient, le Japon souhaite une solution rapide et pacifique, à travers un dialogue incluant toutes les parties concernées, selon les principes établis par les Nations unies.

Quelle est la position du Japon sur les révolutions arabes, notamment ce qui se passe en Libye, au Yémen, à Bahreïn et en Syrie ?

Le Japon reste toujours dans sa position : souhaiter une solution pacifique selon les aspirations des peuples de chaque pays.

Le Japon a été secoué, en janvier dernier, par un séisme dévastateur suivi d’un tsunami catastrophique qui a fait énormément de victimes. Quel est le bilan définitif de cette déferlante et à combien est estimée la reconstruction des villes dévastées?

Le séisme et le tsunami qu’a subis le Japon, cette fois, ont été vraiment dévastateurs, une catastrophe sans précédent. Aujourd’hui, nous n’arrivons pas encore à faire un bilan définitif, ni l’estimation des coûts de la reconstruction.

Le tsunami a provoqué l’explosion de centrales nucléaires, notamment celle de Fukushima. Pensez-vous, qu’à l’heure actuelle, le danger radioactif est maîtrisé ?

Les retombées du séisme et du tsunami sur la centrale nucléaire sont sans précédent, et ont dépassé toutes nos prévisions. Le gouvernement japonais et les autorités concernées déploient tous leurs efforts et prennent toutes les mesures possibles, pour maîtriser ce danger radioactif. Nous espérons que les problèmes seront résolus.

Le Japon, zone très sismique, envisage-t-il d’abandonner le nucléaire dans les années à venir ?

En tenant compte des désastres récemment connus, le Japon va envisager de réexaminer sa politique énergétique,
en particulier la question du nucléaire.

L’année 2012 est une année commémorative, parce qu’elle est le cinquantième anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre le Japon et l’Algérie. Quels sont vos souhaits et vos projets ?

L’année 2012 sera l’année du cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, et sera aussi la cinquantième année depuis l’établissement des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Japon. Nous souhaitons le renforcement des liens d’amitié entre les deux pays et entre leurs peuples, et nous espérons l’aboutissement des consultations entre les deux pays sur un projet pour célébrer cet anniversaire.

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