Association algérienne de Défense des consommateurs de l’Assurance Un rempart pour les clients «abusés»

Association algérienne de Défense des consommateurs de l’Assurance Un rempart pour les clients «abusés»

RETARDS, SOUS-ESTIMATION DES SINISTRES OU MAUVAIS ACCUEIL : LES USAGERS ET CLIENTS DES COMPAGNIES D’ASSURANCE SE PLAIGNENT DES DÉSAGRÉMENTS CAUSÉS PAR LEUR ASSUREUR À UN MOMENT OU UN AUTRE DE LEUR VIE.

Par Nesma Aghilès

Les témoignages sont légion. C’est le cas de ce client qui a dû endurer des mois pour se faire rembourser au bout d’une… année ! Pourtant, lui et son épouse ont souscrit une assurance tous risques. «À chaque fois, on me dit que le dossier de l’expertise n’est pas arrivé», raconte-t-il. Comme notre témoin, des citoyens qui sont confrontés à ce genre de problèmes sont innombrables. C’est ce qui a poussé un groupe de citoyens à créer une association. Elle s’appelle Association algérienne de défense des consommateurs de l’Assurance. Elle vise, selon son président Adel- Amine Kouidri, à pousser les autorités à exiger des compagnies d’assurance l’application de la loi. Créée depuis deux ans, l’Association algérienne de défense des consommateurs de l’Assurance compte aujourd’hui quelque 100 adhérents répartis sur 13 wilayates du pays. «Nous sommes une association nationale», insiste Adel-Amine Kouidri, que nous avons rencontré début avril dernier au siège du Conseil national des Assurances, à Alger. Le chiffre peut ne pas impressionner. Mais ce n’est pas ce qui importe aux responsables de l’Association. «Le plus important, pour nous, est la qualité du travail que nous faisons. Car, il s’agit avant tout de faire un travail pédagogique», explique Mr Kouidri qui dit comprendre qu’un citoyen ne peut pas tout savoir. Le rôle de l’Association nationale pour la défense des consommateurs de l’Assurance n’est pas uniquement de soulever les problèmes des assurés. «Nous faisons un effort énorme en vue d’expliquer aux citoyens les mécanismes du métier d’assureur. Pis, il nous revient également de faire un travail de pédagogie envers les consommateurs en vue de leur faire connaître leurs droits», indique encore le président de l’Association qui déplore que certains assureurs utilisent cette ignorance du citoyen en vue de ne pas faire leur travail. En cas de besoin, l’association que préside Adel-Amine Kouidri peut assister des citoyens «abusés» dans une action judiciaire. «Nous avons gelé toutes les actions depuis que le ministère des Finances a enjoint les compagnies de régler tous les problèmes en suspens», a indiqué notre interlocuteur. À rappeler que pour régler les litiges entre les compagnies d’assurance et les assurés, les pouvoirs publics ont mis sur pied des mécanismes adéquats. Il s’agit de l’IDA et de l’IDAC, deux accords signés par les compagnies d’assurance pour permettre une indemnisation mutuelle entre organismes, et éviter ainsi une bureaucratisation de plus en plus pesante. Les deux mécanismes ne sont pas convenablement appliqués, affirme l’association.

Adel Amin Kouidri,

président de l’Association algérienne de défense des consommateurs de l’Assurance

«Il faut des experts indépendants»

RENCONTRÉ DANS LES BUREAUX DU CONSEIL NATIONAL DES ASSURANCES, AU SEIN DUQUEL IL EST MEMBRE PERMANENT REPRÉSENTANT LES ASSURÉS, ADEL-AMINE KOUIDRI, PRÉSIDENT DE L’ASSOCIATION ALGÉRIENNE POUR LA DÉFENSE DES CONSOMMATEURS DE L’ASSURANCE, A BIEN VOULU RÉPONDRE À NOS QUESTIONS. Propos recueillis

par Nesma Aghilès

«Quand vous demandez à un médecin, un avocat ou un entrepreneur, pourquoi il n’assure pas son entreprise, la réponse est la même : “déjà que je n’arrive pas à assurer convenablement ma voiture. Comment voulez-vous qu’on m’indemnise une usine ou un cabinet ?” Il y a véritablement une crise de confiance.»

de protéger les consommateurs des abus de certains assureurs. Comment procédez-vous ? Adel-Amine Kouidri : Nous allons mettre à la disposition du public des numéros de téléphone et des boîtes mails. Les citoyens nous appellent pour s’informer soit sur les contrats, les sinistres ou sur les moyens de recours. Notre rôle, pour l’instant, est d’informer et d’assister les «victimes». Il nous est arrivé également d’adresser des lettres de recours aux assureurs. C’est cela notre première mission. Nous avons, par ailleurs, discuté de la meilleure manière d’avoir recours à la justice. Cela reste pour l’instant bloqué, puisque le ministère des Finances a diffusé une circulaire à travers laquelle il enjoint les compagnies d’assurance à régler les litiges en suspens. Nous attendons les résultats de cette décision. Dans le cas où les compagnies ne suivent pas, nous avons décidé en Assemblée générale d’aller devant les tribunaux. Mis à part les problèmes d’indemnisation, quels sont les autres problèmes que rencontrent les assurés sur le terrain ? Le premier point sur lequel nous insistons est celui de l’information. Il y a un cruel manque d’informations qu’il faut combler. Il y a un deuxième point qui nous préoccupe: c’est l’expertise. Dans tous les pays du monde, l’expert est indépendant. Il ne dépend pas des compagnies d’assurance. Or, chez nous, ces «experts» sont des employés des compagnies d’assurance. C’est une situation juridique insoutenable. Le troisième problème que nous soulevons est lié aux prix exagérément bas des expertises. Enfin, nous mettons en cause les délais, trop longs, d’indemnisation. Certains citoyens ont attendu 5 ans pour être indemnisés. Cela est inacceptable ! Comment trouvez-vous le marché des assurances en Algérie, notamment depuis le démarrage de l’assurance-vie ? Tant que l’assurance automobile n’évolue pas, il est difficile de faire avancer d’autres segments. L’assurance automobile représente, malheureusement, la mauvaise vitrine de la filière dans le pays. Pourtant, le secteur est vierge. Il y a encore beaucoup de choses à faire. Mais quand vous demandez à un médecin, un avocat ou un entrepreneur, pourquoi il n’assure pas son entreprise, la réponse est la même : «déjà que je n’arrive pas à assurer convenablement ma voiture. Comment voulez-vous qu’on m’indemnise une usine ou un cabinet ?» Il y a véritablement une crise de confiance. Selon vous, à quoi cela est-il dû ? Il y a, à mon avis, un manque de moyens de coercition à l’encontre des compagnies d’assurance. Tant que ces dernières ne sont pas obligées d’indemniser, elles ne le feront pas d’elles-mêmes. N’y-t-il pas un problème juridique ? Pas du tout. La preuve est qu’il y a eu l’IDA et l’IDAC. Il s’agit d’un accord signé entre les différentes compagnies d’assurance pour permettre une indemnisation mutuelle. L’accord, qui aurait pu régler d’énormes problèmes, n’a jamais été appliqué. Ceci dit, des efforts sont fournis de temps à autres en vue d’améliorer les choses.

 

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