How bizarre the big bazar !

How bizarre the big bazar !

«UN ASILE À CIEL OUVERT»… C’EST L’IMAGE QUE NOUS RENVOIE ALGER TOUT AU LONG DU MOIS DE RAMADHAN. L’ACTIVITÉ EST AU POINT MORT, CÉDANT LA PLACE AUX «FESTINS GASTRONOMIQUES» SUR FOND D’ESCARMOUCHES, DE COMPORTEMENTS DÉPLACÉS ET D’EXCÈS EN TOUT GENRE. HOW BIZARRE… CE BIG BAZAR !

Par Celia Ouabri

À peine dehors, le sayem se met à balancer des saha ftourek à tirelarigot, à chaque personne croisée et à chaque coin de rue. Pourtant, il est à peine 9 heures du matin. L’haleine chargée d’indécrottables relents de h’rissa et d’ail datant de la veille, le jeûneur vous asphyxie dès qu’il ouvre son clapet. Le dentifrice devient son ennemi juré pendant le Ramadhan, histoire, pense-t-il, de glaner quelques bonus qui lui assureront une place au paradis. Tel un macchabée ambulant, il bat le pavé de ses semelles, ne sachant trop où aller. L’oeil torve, la mine défaite, le teint blafard, on dirait un pétard dont la mèche est constamment allumée. Sur le point de faire «boum» pour un oui ou un non. Le cadavre en sursis, complètement désarticulé, a faim, soif, chaud… Sa tête cogne comme une derbouka par manque de nicotine et de caféine. Malheur à celui qui croiserait son chemin. Il serait prêt à dégainer le bazooka plus vite que son ombre. Coups de poing, rasade d’insultes, jet de glaviots… La bouche sèche, le regard haineux, les yeux injectés de sang, «l’inassouvi» s’emballe très vite. La moutarde lui monte au nez en 3 secondes chrono. Et vas-y qu’il arrose son antagoniste d’un chapelet d’insultes. Tout l’arbre généalogique y passe, en insistant sur la zone en-dessous de la ceinture, sans une once de hechma pour les oreilles chastes qui traîneraient aux alentours. Ces avilissantes scènes se multiplient à longueur de journée et à longueur du Ramadhan. Et lorsque ce n’est pas dans la rue que le sayem règle ses comptes, c’est à la maison qu’il se défoule. Terrain des hostilités : la cuisine. Monsieur soulève les tnidjrates qui mijotent sur le feu et lance ouvertement à sa femme : «Je t’avais dit que j’en avais marre de la h’rira. Tu sais bien que je voulais une chorba vermicelles aujourd’hui, alors pourquoi tu fais zkara ?» Un coup d’oeil au contenu de la deuxième marmite et nouvelle envolée lyrique. «Quoi ? Encore de la ch’titha ! Pourtant ce matin, goutlek, que twahachte sfiriya. T’es vraiment une tête de mule, ma parole !» Et vlan ! Voilà qu’une claque est partie se planter contre la joue de madame. Cinq minutes après. «Pourquoi tu as invité ta soeur à manger ? Tu sais bien que je ne supporte pas ses diablotins d’enfants qui vont se mettre à courir dans tous les sens pendant le ftour ?» Môssieur ne sera satisfait qu’une fois qu’il aura rendu folle sa pauvre compagne. Le Ramadhan a vraiment bon dos. Le sayem lui impute tous ses travers. Il est énervé ? C’est la faute du Ramadhan. Il dit des bêtises ? C’est Ramadhan qui est mis en cause. Il n’en fout pas une rame au boulot ? C’est encore à cause du Ramadhan… Au travail, il ne s’y rend qu’en coup de vent. Juste le temps de feuilleter la presse et de noircir une ou deux grilles. Son esprit est ailleurs. Aller flâner dans la rue ou au marché, histoire de «tuer le temps». L’estomac dans les talons et les intestins jouant la cinquième symphonie de Beethoven, il fait une razzia au souk. Il bave sur tout ce qui ressemble à de la nourriture. Même les escargots, qu’il déteste pourtant en temps normal, lui font envie. Il les imagine dans une sauce à l’ail et aux échalotes et finit par craquer. «Aatini Zoudj kilos skargo», ordonne-t-il au commerçant. Il enchaîne avec le boulanger et en ressort avec un sachet XXL débordant de toutes sortes de pains : brioche, kesra, mâatlou, ficelle, baguette, pain au son, fougasse, khobz eddar, pain de seigle… De quoi nourrir une base militaire toute entière. Ignorant son diabète et son hypercholestérolémie (nom barbare signalant un taux élevé de mauvais cholestérol dans le sang), le sayem rafle les zlabiate, qalb elouz et autres q’tayef qui accéléreront son ultime voyage dans la tombe. Après le ftour, le ventre dodu comme un ballon de foot, il prendra le chemin de la mosquée pour les sacro saints tarawih. Chemin faisant, il gratifiera voisins et connaissances du sempiternel saha ftourek. How bizarre !

Le Ramadhan a vraiment bon dos. Le sayem lui impute tous ses travers. Il est énervé ? C’est la faute du Ramadhan. Il dit des bêtises ? C’est Ramadhan qui est mis en cause. Il n’en fout pas une rame au boulot ? C’est encore à cause du Ramadhan…

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