Azouaou Mehmel, P-DG d’Algérie Télécom

Azouaou Mehmel, P-DG d’Algérie Télécom

«Nous devons nous adapter aux besoins des clients»

AZOUAOU MEHMEL EST L’ACTUEL P-DG D’ALGÉRIE TELECOM, L’OPÉRATEUR HISTORIQUE DES TÉLÉCOMMUNICATIONS. DÈS SON ARRIVÉE EN AVRIL 2012 À LA TÊTE DE CETTE GRANDE ENTREPRISE PUBLIQUE, IL LANCE D’ÉNORMES CHANTIERS TANT EN MATIÈRE DE
ET DE MODERNISATION DES INFRASTRUCT URES DE TÉLÉCOMMUNICATIONS QUE SU R LE P LAN D U RENFORCEMENT DES COMPÉT ENCES DE LA RESSOURCE HUMAINE. DANS CE LONG ENTRETIEN, LE P-D G D’AT REVIENT SUR LES NOUVEAUX CHANTIERS ENTREPRIS PAR SES SERVICES, NOTAMMENT LE LANCEMENT DE LA 4G EN ALGÉRIE.

Propos recueillis par Samir

Dziri : Vous êtes actuellement présidentdirecteur Général d’Algérie Telecom ; pouvez-vous revenir sur votre trajectoire professionnelle ? Azouaou Mehmel : J’ai rejoint le ministère de la Poste et des Télécommunications en 1992. J’y ai travaillé en tant qu’ingénieur d’État à la direction des transmissions. En 2001, j’ai suivi une formation de spécialisation à l’étranger dans le domaine des réseaux optiques. J’ai rejoint Algérie Télécom à la fin de 2002 en tant que chef de projet. En juillet 2004, j’ai intégré Mobilis où j’ai eu pour mission la mise en place et la gestion de la fonction transmission. En 2009, retour à Algérie Télécom en tant que chargé de mission à la direction générale d›abord, et ensuite en tant que chef de la division des opérations du pôle DJAWEB. En 2010, j’ai rejoint Mobilis en tant que directeur général jusqu’à mars 2012. Puis, en avril 2012, retour à Algérie Télécom en tant que P-DG, poste que j’occupe à ce jour.

Étant le fils de la «boîte», est-ce que cette posture vous a aidé à mieux connaître l’entreprise que vous dirigez et à dépasser les déficiences ? Vous savez, je n’aime pas tellement l’expression «fils de la boîte», car ce serait irrévérencieux envers mes parents qui ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui, malgré leurs modestes moyens. Par contre, il est juste de dire que mon parcours m’a énormément aidé pour connaître les forces et faiblesse de l’entreprise, ce qui est indispensable pour tout gestionnaire d’entreprise.

Depuis votre arrivée à la tête du groupe AT en avril 2012, vous avez entrepris d’énormes chantiers, notamment le lancement de la 3G et de la 4G. Dans un premier temps, quel bilan faites-vous de l’expérience de la 3G ? Concernant la 3G, ce service relève de l’activité de la filiale mobile Mobilis, et son lancement est intervenu bien après mon départ. Pour ce qui est de son évaluation, il me semble qu’il est encore tôt pour pouvoir dresser un bilan objectif, vu que les opérateurs sont toujours dans la phase de déploiement de leurs réseaux respectifs, et que du côté des utilisateurs, nous sommes plus dans une phase de découverte et d’apprentissage de cette technologie.

Vous vous apprêtez aussi à lancer la 4G en ce mois de mai 2014 ; AT est-elle prête à relever, encore une fois, le défi ? Effectivement, nous nous apprêtons à lancer le service d’accès sans fil haut débit de type 4G durant ce mois de mai. Cette action rentre dans le cadre de la décision des pouvoirs publics de développer le haut débit sur le territoire national en faisant lancer les services d’accès de type 3G par les opérateurs mobiles, à charge pour Algérie Télécom de lancer et généraliser les solutions d’accès filaires haut et très haut débits, ainsi que les accès haut débit sans fil en mode fixe, bien entendu. S’agissant de technologie sans fil, l’état de l’art plaide pour l’option du LTE 4G. Le déploiement des équipements prévus dans la première phase est achevé, et nous avons entamé les tests et essais techniques pour lancer le service durant le mois de mai.

Quelles seront vos offres après le lancement de la 4G ? Les offres seront dévoilées en temps opportun, mais sachez que ce seront des offres qui viendront compléter ce qui existe sur le marché. Il y aura des offres dédiées pour le segment professionnel dans un premier temps, ainsi que des offres adaptées pour les particuliers surtout dans les zones où la couverture en réseau filaire haut débit est faible ou inexistante.

Les prix seront-ils accessibles aux simples citoyens et aux entreprises ? Utilisant une technologie d’accès sans fil, il est clair que les tarifs seront différents de ceux des accès de type ADSL, mais ils demeureront accessibles. Il faut comprendre que cette technologie n’est pas déployée pour substituer à la technologie ADSL, mais pour la complémenter et permettre au maximum de citoyens d’avoir accès au haut et très haut débits.

Quel sera l’impact de cette technologie sur le quotidien des citoyens et des entreprises ? Cette technologie n’est qu’une technologie d’accès aux haut et très débits, et ce n’est pas cette dernière qui créera un impact sur le citoyen ou l’entreprise. Ce seront les usages et les applications qui auront un lien direct sur notre quotidien en tant que citoyens, et sur les entreprises et le secteur économique en général. Ces technologies d’accès, qu’elles soient filaires (ADSL, FTTX) ou sans fil (3G, 4G, wifi), permettent d’abord l’accès à internet à haut et très haut débits. Le premier impact, c’est qu’on va réduire si ce n’est rompre l’isolement que ressentent les citoyens dans certaines régions de notre pays aujourd’hui. Avec la généralisation des accès haut et très haut débits, l’étendue du territoire national qui a été jusquelà un facteur exacerbant le ressentiment d’éloignement ne sera plus une contrainte. Cela permettra aux citoyens de se sentir plus proches des leurs, de leurs institutions et de leurs centres d’intérêts. L’impact sur le quotidien du citoyen et de l’entreprise se verra à travers les usages et les contenus qui seront véhiculés via ces différentes technologies d’accès. On peut d’ores et déjà penser à des applications qui existent ailleurs comme le télétravail, le télé-enseignement et la télé-médecine. Ces technologies, en plus de réduire la notion de distance, réduisent également les discriminations en permettant à un maximum de citoyens d’accéder aux mêmes ressources, et donc leur donner les mêmes droits et les mêmes chances.

Pourquoi l’Algérie n’est-elle pas passée directement à la 4G ? Cette question a fait l’objet de grands débats dans un passé récent. Concernant le haut débit mobile, les opérateurs mobiles établis sur le marché ont affiché leur souhait de déployer d’abord la 3G dans sa version évoluée 3G+ afin de préserver les investissements déjà réalisés, sans parler de la contrainte liée à la disponibilité des terminaux. Ceci dans le but d’offrir des accès haut débit mobiles abordables par la majorité des citoyens tel que voulu par les pouvoirs publics afin de généraliser le haut débit. En ce qui concerne Algérie Télécom qui n’a pas les mêmes contraintes invoquées par les opérateurs mobiles, il était logique d’aller directement vers la technologie LTE 4G. Cette option fera de notre pays le second pays d’Afrique à déployer un réseau commercial de type LTE 4G après l’Afrique du Sud.

Quels sont les coûts d’investissement de la 4G ? Pour la première phase du projet LTE 4G, nous avons réalisé des investissements à hauteur de deux milliards de dinars pour la partie équipements, sans parler des coûts d’exploitation en termes de liens et de bande passante. Mais je considère cela minime devant les investissements projetés pour le développement de l’infrastructure d’accès filaire (cuivre et fibre optique) pour offrir des connexions avec une meilleure qualité de service, ainsi que sur le réseau de transport à fibres optiques et le coeur de réseau. Il faut savoir que nous activons dans un domaine caractérisé par un facteur d’obsolescence élevé qui implique des investissements quasi permanents pour se maintenir dans une position compétitive. Sur ce plan, Algérie Télécom a accusé un grand retard que nous nous efforçons de rattraper par ce vaste plan de mise à niveau de l’infrastructure sur toutes les couches du réseau (accès, transport et services), ainsi que son extension pour couvrir les zones non couvertes, et sur un second plan, nous travaillons également à la mise à niveau de la ressource humaine pour la mettre au diapason de ce plan de transformation et l’adapter à la nouvelle réalité d’Algérie Télécom en tant qu’opérateur commercial centré sur le client, résolument tourné vers le développement et l’innovation. Conscients de l’importance des TIC dans le développement de la société, et aussi du rôle central que jouera nécessairement Algérie Télécom dans ce domaine, les pouvoirs publics ont décidé d’aider Algérie Telecom dans la réalisation de ce plan de mise à niveau par l’octroi d’un financement à taux bonifié. C’est ainsi que nous avons engagé un vaste plan d’investissement de plus de 100 milliards de dinars sur les cinq années à venir.

Pensez-vous que le marché de la 4G dans notre pays sera rentable pour Algérie Télécom ? Comme je vous l’ai dit, la 4G ne sera pas notre produit principal et nous ne comptons pas la substituer aux autres technologies d’accès existantes. C’est une technologie d’accès qui aura ses clients et qui devra être nécessairement rentable. Je tiens à rappeler que nous sommes une entreprise commerciale avant tout, et que nous nous devons de rentabiliser nos investissements même si le niveau de rentabilité ne sera peut-être pas le même qu’ailleurs, car chaque marché a ses spécificités en fonction de l’étendue du réseau, de sa densité et du profil des clients. Vu l’engouement des citoyens pour les TIC et les récents développements qui font que nous vivons dans un monde de plus en plus connecté, le secteur des TIC est celui qui connaît la plus grande croissance, surtout dans les pays émergents comme le nôtre. Donc pour moi, ce sera une technologie rentable.

Une rude concurrence a été enregistrée sur le marché de la 3G. Qu’en est-il de la 4G ? Il est vrai que nous constatons une rude concurrence sur le marché de la 3G entre les opérateurs mobiles, ce qui est normal et bien pour le marché. Pour ce qui est de la 4G, nous ne comptons pas en faire un produit concurrent à ce qu’offrent les opérateurs mobiles. Comme je l’ai déjà dit, pour nous, la 4G est une technologie d’accès complémentaire aux autres technologies d’accès et l’objectif d’Algérie Télécom est d’offrir le très haut débit fixe, sachant que l’utilisation des applications nécessitant des accès très haut débit se fait généralement en position statique et sur des terminaux adaptés autres que les terminaux mobiles même de type smartphone. Pour illustrer mon propos, je peux vous donner un exemple simple. Aujourd’hui, l’usage qui est en train de faire exploser les réseaux en termes de bande passante est la vidéo. Vous pouvez voir un contenu vidéo comme un film par exemple sur votre smartphone. Mais si vous voulez voir le même contenu sur un écran plus grand comme votre PC par exemple, il faudra plus de bande passante. Mais si vous êtes un cinéphile et voulez apprécier votre film sur un meilleur support de type grand écran Full HD avec effet 3D, je vous laisse le plaisir d’imaginer la bande passante nécessaire. C’est pour cela que je reste confiant et rassuré. Nous ne nous positionnons pas, à Algérie Télécom, comme des concurrents des opérateurs mobiles, même si certains d’entre eux ont pensé l’être avec l’espoir de voir les accès 3G se substituer aux accès ADSL d’aujourd’hui. Les expériences dans d’autres pays ont montré le contraire, et il n’en sera pas autrement chez nous.

L’introduction de ces nouvelles technologies a-t-elle boosté les chiffres d’affaires du groupe Algérie Télécom ? La 4G a certes été introduite, mais la commercialisation ne se fera qu’au courant du mois de mai, donc il n’y aura pas d’impact immédiat sur le chiffre d’affaires. Nous escomptons, bien sûr, une croissance mais pas uniquement sur le segment 4G. Il ne faut pas oublier que nous sommes en train d’investir beaucoup plus sur les accès filaires multiservices de type MSAN, et nous commençons déjà à voir une croissance. Paradoxalement, nous enregistrons de plus en plus de demandes pour les accès ADSL depuis le lancement de la 3G. Ceci dément formellement certaines voix qui avaient justifié le retard du lancement de la 3G dans notre pays par l’appréhension des pouvoirs publics quant à l’avenir d’Algérie Télécom et de ses vingt-deux mille travailleurs, sachant que ces même voix avaient même prédit la mort sans appel d’Algérie Télécom dès le lancement de la 3G. Le temps et les faits ne leur ont pas donné raison.

Des informations disent qu’AT va ouvrir son capital et rentrer en bourse… Confirmez-vous ces informations ? L’ouverture du capital d’Algérie Télécom n’est pas à l’ordre du jour. Par contre, les pouvoirs publics ont décidé de faire rentrer la filiale Mobilis en bourse. Après un processus de modernisation des infrastructures de télécommunication et de la ressource humaine, nombreux sont les citoyens qui se plaignent encore d’insuffisances de la qualité de services… Le processus de modernisation est certes engagé, mais demeure toujours en cours. Il ne faut pas oublier qu’Algérie Telecom opère un réseau fixe extrêmement étendu, ce qui suppose des délais incompressibles pour cette action qui touche toutes les couches du réseau. Nous sommes confrontés à un phénomène d’obsolescence des équipements qui suivent l’évolution technologique des terminaux et des applicatifs. Malheureusement, Algérie Télécom n’a pas suivi cette tendance-là, parce qu’à sa création, nous ne disposions pas de tous les outils d’accompagnement. Les responsables qui ont eu à gérer l’entreprise, ont travaillé selon leurs moyens et ils ont réussi à maintenir l’entreprise dans une situation difficile. Nous avons lancé un plan de modernisation, pour rattraper le retard accumulé et c’est un plan qui se déroulera sur plusieurs années vu le retard accumulé, cela pour ce qui est de l’infrastructure technique. Maintenant, il reste une autre question et qui est, de mon point de vue, beaucoup plus importante, c’est celle liée à la ressource humaine. Nous projetons la mise à niveau de cette ressource humaine pour mieux maîtriser et je dirais même apprivoiser et s’approprier ces nouvelles technologies pour être à même de les mettre à la disposition de nos concitoyens, mais aussi transformer les mentalités au niveau des employés de l’entreprise pour qu’ils considèrent les usagers comme des clients à part entière, et les mettent au centre de leurs préoccupations. C’est un travail de transformation que je considère plus difficile ; il est possible d’acheter la technologie, mais pas le personnel. C’est une difficulté que vivent tous les opérateurs, mais avec le peu d’actions qu’on a lancées, de bonnes choses s’annoncent dans la mesure où nous avons constaté une adhésion et une prise de conscience sur les enjeux et l’avenir de l’entreprise qui nécessitent l’engagement de tous à tous les niveaux. Nous avons engagé un vaste plan de formation ainsi que l’amélioration des conditions de travail et la mise en place du nouveau référentiel emploi qui décrit la cartographie de tous les métiers d’Algérie Telecom. Je tiens aussi à souligner et saluer l’engagement du partenaire social à tous les niveaux dans ce processus. Nous travaillons avec l’implication totale du partenaire social pour changer cette image négative qui n’a que trop collé à Algérie Telecom et au secteur en général. Il est vrai qu’il y a des insuffisances, et parfois une mauvaises prise en charge. Cet état des lieux est la conséquence du vécu de ce secteur qui n’a malheureusement pas évolué comme l’ont été les secteurs des télécommunications dans les autres pays. Pour résumer les deux actions sont liées et qui vont de pair : la mise à niveau de l’infrastructure pour satisfaire la demande et la qualité de service, et la mise à niveau de la ressource humaine en travaillant sur le développement des compétences et de la relation client pour le mettre au centre de nos préoccupations. Ce n’est pas au client de s’adapter à nous, c’est à nous de nous adapter au client pour lui offrir ce dont il a besoin. Je profite de votre tribune pour saluer toutes les travailleuses et tous les travailleurs qui font de grands efforts pour leur entreprise, leurs clients et leur pays, et j’en profite également pour remercier nos clients qui nous font confiance et qui font aussi preuve de beaucoup de patience vu les défaillances que nous enregistrons et qui souvent sont indépendantes de notre volonté. Beaucoup de dérangements sont le fait d’agressions externes sur nos supports (cuivre et fibres optiques), parfois accidentelles et aussi, à regret, quelquefois malveillantes. Je les remercie pour leur compréhension en les assurant de notre engagement à améliorer la qualité des services que nous leur proposons à court terme.

Du tac au tac

Votre livre de chevet actuellement… Hostage at the table. Un film qui vous est resté en mémoire… L’opium et le bâton. L’Algérie pour vous ? Un grand pays. Une ville ou une région d’Algérie qui vous fascine ? Difficile de répondre, car c’est tout le pays qui est fascinant, d’Est à l’Ouest et du Nord au Sud. L’équipe de foot dont vous êtes fan ? Cela va peut-être vous surprendre, mais je ne suis pas un fan de foot et donc d’aucune équipe, sauf quand l’équipe nationale est engagée. Un voyage que vous souhaiteriez faire ou refaire ? J’ai fait un circuit fascinant dans le Hoggar et j’aimerais bien visiter le Tassili. Que faites-vous de votre temps libre ? Je consacre le peu de temps libre que j’ai à ma famille. Ma fonction est extrêmement prenante et je vous avoue que c’est grâce à mon épouse qui me soutient énormément que je peux concilier un tant soit peu mes responsabilités professionnelles avec mes obligations familiales.

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