Journée mondiale de Lutte contre le travail des enfants Beaucoup reste à faire !

Journée mondiale de Lutte contre le travail des enfants Beaucoup reste à faire !

MALGRÉ LES EFFORTS CONSENTIS PAR LE GOUVERNEMENT ALGÉRIEN, DEPUIS LA SIGNATURE EN 1991 DE L’ACCORD DES NATIONS-UNIES SUR LA LUTTE CONTRE LE TRAVAIL DES ENFANTS, L’ENFANT ALGÉRIEN RESTE NON PROTÉGÉ PAR CET ACCORD. IL SE TROUVE QUE DES ENFANTS À L’ÂGE DE LA SCOLARISATION TRAVAILLENT DANS LES SECTEURS SUIVANTS : LE BÂTIMENT ET LES MARCHÉS…

Par Noreddine Izouaouen

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Mohamed El Ghazi a, en effet, reconnu, lors de son intervention en marge de la journée d’étude sur la lutte contre le travail des enfants, organisée au siège de son ministère à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le travail des enfants, qui coïncide avec le 12 juin de chaque année, l’existence de l’exploitation des enfants en Algérie, disant que : «Le travail des enfants est un phénomène qui existe en Algérie, mais à des taux très faibles qui ne dépasse pas 0,5%», et d’ajouter : «Le marché informel est le grand obstacle de son département pour le recensement des enfants travailleurs.» L’Algérie, selon El Ghazi, «a accompli des avancées considérables en matière de protection de l’enfance contre toutes formes d’exploitation, 0,5% des enfants âgés de moins de 16 ans travaillent en Algérie», mais il ne reste, souligne-t-il, que «la lutte contre les marchés parallèles.» Aux yeux de Mr El Ghazi, «ce chiffre est le résultat des enquêtes menées par l’Inspection du travail et la direction de la sécurité sociale (DAS). Ces enquêtes ont touché plus de 2 000 entités économiques relevant, seulement, du secteur économique privé», tout en précisant que ces chiffres ne concernent pas le secteur informel, connu pour être le premier employeur des enfants en Algérie, voire dans le monde entier. «Pour des raisons techniques, l’enquête ne s’est pas étendue au secteur informel», a-t-il clarifié, avant d’ajouter : «Des concertations entre plusieurs ministères sont en cours pour élaborer un programme de lutte contre le travail des enfants dans le secteur informel.» Il a, par ailleurs, nié «l’enregistrement d’aucun cas en ce qui concerne l’existence des pires formes de travail des enfants selon le concept du droit international.»

Quelle solution pour ce phénomène ?

En plus de la démarche du Gouvernement qui entend, à travers l’amendement du Code du travail, durcir les sanctions contre toute personne reconnue coupable d’employabilité des enfants, l’UGTA, de son côté, s’est engagée à se coordonner avec les organisations patronales pour diminuer le travail des enfants dans les entreprises privées. Le Code du travail actuel 90/11, indique Mr El Ghazi, «interdit le travail, mais de nouvelles mesures plus contraignantes doivent être prises pour réprimer le phénomène du travail des enfants.» L’amendement de ce code, souligne le ministre, interviendra après les concertations qui se feront avec les bureaux de l’APN et du Sénat, sans préciser la date exacte. Pour l’initiative de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), première du genre au niveau mondial, la convention porte, en effet, sur l’interdiction du travail des enfants dans les entreprises privées. Elle sera signée après le Ramadhan, entre l’UGTA et les organisations patronales. «Nous avons convenu avec les organisations patronales la préparation et la signature d’une convention qui interdira le travail des enfants dans les entreprises privées nationales et étrangères opérant en Algérie et ce, en présence des représentants des agences onusiennes accréditées en Algérie, et qui sera parrainée par le ministère du Travail dans l’objectif de protéger les enfants», a précisé Mr Abdelmadjid Sidi Said, patron de l’UGTA.

L’Algérie, selon El Ghazi, «a accompli des avancées considérables en matière de protection de l’enfance contre toutes formes d’exploitation, 0,5% des enfants âgés de moins de 16 ans travaillent en Algérie», mais il ne reste, souligne-til, que «la lutte contre les marchés parallèles.»

Abderahmane Arrar, Président du Réseau NADA «Le travail des enfants en Algérie est un phénomène qui prend de l’ampleur»

Entretien réalisé par Noreddine Izouaouen

Dziri : En tant que président du réseau NADA, quel constat faitesvous sur le phénomène du travail des enfants en Algérie ?

Mr Abderahmane Arrar : Le phénomène du travail des enfants est la conséquence de plusieurs facteurs sociaux, économiques et notamment de conflits familiaux. En effet, c’est le besoin qui pousse l’enfant vers cette option, qui n’est nullement un choix à faire. Les mutations sociales, économiques et sécuritaires que l’enfant subit, dont les aléas du divorce de la femme, ce dernier est grandement responsable de la situation de cette frange vulnérable de la société qui travaille dans tous les lieux sans exception. Les femmes divorcées n’arrivent pas, la plupart du temps, à subvenir aux besoins de leurs enfants, se trouvant dans l’impasse, et la seule solution qu’elles jugent idéale est celle d’orienter leurs enfants vers le marché du travail. Même calvaire vécu par les mères célibataires, les familles diminuées et sans ressources issues des régions enclavées qui sont, entre autres, les causes qui poussent l’enfant à travailler. Chose qu’il faudrait préciser est que l’exploitation des enfants pourra mettre en péril l’état de santé de l’enfant poussé sitôt dans un environnement qu’il ignore.

Vous affirmez, comme l’ont affirmé déjà les responsables d’État et même des ministres, l’existence de ce phénomène ; mais face à cela, qu’est-t-il vraiment prévu par la loi ?

Le code du Travail est clair, il interdit le travail des enfants. Mais le seul obstacle des services concernés, c’est le manque d’inspecteurs qui ne peuvent pas couvrir tout le territoire national. Cependant, pour lutter contre ce phénomène, l’État doit créer des brigades spécialisées dans la lutte contre le travail des enfants, car à l’état actuel, les services de sécurité font des missions déjà trop chargées, à savoir la vérification des produits et vérifications des papiers administratifs et registres. Ces brigades seront versées dans les marchés parallèles qui enrôlent un nombre important d’enfants en bas âge. La formation professionnelle est aussi concernée. Il est un très vaste espace qui devient malheureusement une autre réalité, celle de la conversion de la formation professionnelle sensée assurer une période de stage pour les stagiaires pendant la période de leur formation en lieux d’exploitation. La cause en est le manque de surveillance et le contrôle des agents de la formation professionnelle, d’où la nécessité pour ce département de renforcer le contrôle au niveau de ces structures. Puisque vous êtes un responsable d’un réseau qui veille à la protection de l’enfant, quel est votre rôle pour lutter contre ce fléau ? Le réseau NADA travaille sur trois volets : sensibilisation des familles, en leur donnant des conseils pour ne pas envoyer leurs enfants travailler dont on a mis à leur disposition un numéro vert pour recevoir les familles et les accompagner ; sensibiliser les enfants même ceux issus des familles aisées, en leur apprenant leurs droits ; et le dernier volet, c’est le plaidoyer auprès des institutions publiques pour mettre en place des mécanismes susceptibles d’endiguer et de faire en sorte de renforcer la législation dans ce sens.

Les chiffres avancés par les autorités concernées reflètent-ils la réalité du terrain ?

Sincèrement, le chiffre avancé par le ministère du Travail, de l’emploi et de la sécurité sociale ne reflète pas la réalité, car le véritable chiffre se trouve dans le secteur informel. Pour cette raison, le Gouvernement algérien doit prendre l’initiative de faire des recensements dans les marchés parallèles, un vrai refuge des enfants travailleurs.

«Le gouvernement doit s’engager dans le recensement des enfants travailleurs et il est temps d’aller sur le développement local et de créer des espaces pour ces enfants.»

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Revenir en haut de la page