vendredi , 26 mai 2017
Crise chez Microsoft et Blackberry, Il y a d’abord un défaut de stratégie…

Crise chez Microsoft et Blackberry, Il y a d’abord un défaut de stratégie…

DEUX GÉANTS SONT EN CRISE : MICROSOFT ET BLACKBERRY. S’IL EST VRAI QUE LES FINANCES SE POSENT EN CASSE-TÊTE, LA CRISE QUI SOUFFLE COMME UN COUP DE VENT SUR LES DEUX GÉANTS DES TÉLÉCOMMUNICATIONS EST D’ABORD D’ORDRE STRATÉGIQUE.

Par Yani. T.

Chez Microsoft, le patron Steve Ballmer est sur la sellette. Il décide de quitter la tête dirigeante de la boîte dans les prochains mois, attribuant à Microsoft une période de grâce durant laquelle l’on tentera de dessiner l’avatar de son successeur. L’on reproche à Steve Ballmer de n’avoir pas pu repositionner l’éditeur suffisamment vite sur les nouveaux marchés de l’informatique, comme la mobilité ou le cloud. Un défaut de stratégie, autrement dit. Microsoft est actuellement en période de transition, en attendant de mettre en marche une nouvelle stratégie et une nouvelle organisation. Le but recherché étant d’aller, non avec le dos de la cuillère, vers un marché qui ne laisse aucune marge de manoeuvre aux retardataires, mais plus vite et efficacement afin de faire de Microsoft une société de matériel (électronique) et de services. Sur un marché dont la concurrence est de plus en plus accrue, Microsoft avait joué des cartes gagnantes, mais qui arrivaient tout compte fait en retard. Fondé en 1975, le géant des PC a fait sa mue pour se convertir au modèle du cloud computing, préférant au début un modèle mixte «software + services». Mais cette métamorphose s’est faite tardivement. Car, de nouveaux venus comme Google, Amazon ou Salesforce lui sont passés devant. L’éditeur a surtout raté le tournant vers les smartphones et les tablettes, alors qu’il avait de sérieux atouts pour réussir: un écosystème autour de Windows Mobile, des équipes de développement autour des Windows Tablet PC Edition qu’il suffisait peut-être de réorienter. Blackberry a subi lui aussi les mêmes revers. Il fallait s’investir aussi dans une rapide métamorphose à même de s’embarquer dans l’ère du temps. Comme chez Microsoft, il a fallu d’abord trouver des boucs émissaires. Thorsten Heins quitte ses fonctions de principal dirigeant chez BlackBerry. Il sera remplacé par John Chen qui va assurer l’intérim. Après avoir trouvé la personne sur laquelle l’on fait retomber les torts de stratégie, BlackBerry a décidé de former un Comité spécial du Conseil d’administration afin de réévaluer les stratégies de la firme canadienne. L’ambition future de Blackberry est clairement affichée. Alors que la gestion et le conseil ont été axés durant l’exercice écoulé sur le lancement de la plateforme BlackBerry 10 et de BES 10, le gouvernail est réorienté désormais à même «d’explorer des alternatives stratégiques», compte tenu de ce paysage concurrentiel qui redouble de férocité. Blackberry doit rebondir dans des segments spécifiques, dont les smartphoses, une technologie sur laquelle la firme canadienne est en perte de vitesse par rapport aux concurrents. Signes d’une crise qui couve ; les parts de marché se rétrécissent, le chiffre d’affaires tombe, les profits aussi, etc. Il est temps que Blackberry change de stratégie. Crise chez Microsoft et Blackberry  Il y a d’abord un défaut de stratégie…

Mohamed Achir,enseignant-chercheur à l’université de Tizi-Ouzou

«Les développeurs de logiciels et de programmation sont les leviers des stratégies des entreprises»

Propos recueillis par Yani. T

«Une stratégie de restructuration de l’entreprise, en l’occurrence le recentrage des activités, peut également produire une situation déficitaire à court terme, où le bas de bilan de l’entreprise peut endurer une faible trésorerie.»

Dziri : Mocrosoft et Blackberry sont en crise, face à une concurrence de plus en plus accrue. Quel est votre avis? Mohamed Achir : Une guerre de numérisation et d’invention du monde de demain est, aujourd’hui, au centre des stratégies des entreprises spécialisées dans les technologies de l’information et de la communication (TIC). Pour pouvoir gagner des parts de marché ou du moins s’accrocher dans un environnement concurrentiel rude, les entreprises des TIC doivent inévitablement consentir des investissements colossaux en matière de la recherche et développement, de l’innovation et du marketing, tout en créant une chaîne de valeur réticulaire qui fait de l’investissement dans le capital humain un élément cardinal. Le logiciel, par exemple, est devenu une substance incontournable dans toutes les sphères, notamment économiques et culturelles. On dit que tout est, ou tout sera logiciel. Les développeurs de logiciel et de programmation sont les leviers des stratégies des entreprises comme Microsoft, Apple, Google, etc. C’est pourquoi les stratégies financières ou boursières et la veille commerciale ne sont pas aussi moins importantes que la veille technologique qui s’oriente vers la maîtrise de l’innovation et le captage des talents développeurs – chercheurs universitaires, ingénieurs, étudiants, etc. Mais tirer une croissance par le haut, c’est-à-dire par des grands investissements en innovation et en recherche et développement, pour une distinction qualitative, peut à court terme exposer l’entreprise à un déséquilibre financier et une perte de rentabilité. Une stratégie de restructuration de l’entreprise, en l’occurrence le recentrage des activités, peut également produire une situation déficitaire à court terme, où le bas de bilan de l’entreprise peut endurer une faible trésorerie. Ceci conduira l’entreprise à un plan de licenciement et de vente d’actifs corporels ou incorporel – brevets, licences. Aussi, dans un système du capitalisme financier spéculatif, en tablant sur des perspectives de long terme, l’entreprise ne génère pas des dividendes ou des «super» dividendes, et peut risquer de subir une offre publique d’achat hostile (OPA) ou, à moindre mesure, une fusion avec une autre entreprise, afin d’éviter une spirale menant vers l’effondrement de la valeur actionnariale. Qu’en est-il exactement du cas BlackBerry qui semble rater le virage de l’innovation, au moment où ses concurrents sont déjà en vitesse de croisière ? Il semblerait que l’entreprise canadienne de la téléphonie mobile BlackBerry, est en train de connaître cette situation de déséquilibre financier, causé, d’une part, par un environnement concurrentiel qui a fait baisser considérablement son chiffre d’affaires, et, d’autre part, par la spéculation boursière qui tire à la baisse le cours de son action suite à l’annonce d’un déficit de 5,9 milliards de dollars en mars 2014. BlackBerry, après avoir adopté une stratégie de recentrage qui lui a coûté des dépenses d’investissement importantes et des dépréciations devrait impérativement adopter une stratégie de rattrapage avant qu’elle soit sanctionnée sévèrement par le marché boursier. Ceci exige une stratégie marketing efficace pour accroître ses parts de marchés, largement récupérés par Apple et Google surtout en matière des systèmes d’exploitation des téléphonies multifonctions. Et le cas de Microsoft, est-il semblable à celui de BlackBerry ? Y a-t-il encore un défaut de stratégie qui se pose ? Par ailleurs, le rebond enregistré de l’action de Microsoft, en mars 2014, à un niveau jamais atteint depuis l’année 2000, est un retour logique de sa dernière stratégie de diversification adoptée en vue de garder sa position de leader dans le secteur. L’acquisition de Nokia en 2013, vise, selon des spécialistes du secteur, à regagner du terrain face à des groupes comme Apple ou Google et la maîtrise de la technologie des systèmes d’exploitation téléphoniques tout en profitant de l’expérience et de la chaîne de valeur de Nokia. Il est vrai que lors de cette opération, une chute notable de l’action de Microsoft a été enregistrée, soit 4,55%, mais la capacité financière et la trésorerie de Microsoft (plus de 70 milliards de dollars) et l’annonce d’une version de logiciels bureautiques Office dédiée à la tablette iPad d’Apple, ont soutenu la hausse du cours de son action. Ce qui permet à Microsoft de généraliser son système sur plusieurs plateformes numériques. C’est une position de leader, qui résulte de la maîtrise de la stratégie financière et de la veille technologique.

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Revenir en haut de la page