Son Excellence l’Ambassadeur du Brésil à Alger, Mr Edouardo Botelho Barbosa «L’Algérie est le principal partenaire du Brésil en Afrique et dans le monde arabe»

Son Excellence l’Ambassadeur du Brésil à Alger, Mr Edouardo Botelho Barbosa «L’Algérie est le principal partenaire du Brésil en Afrique et dans le monde arabe»

LES RELATIONS DE COOPÉRATION ENTRE L’ALGÉRIE ET LE BRÉSIL CONNAISSENT, CES DERNIÈRES ANNÉES, UN ESSOR CERTAIN. POUR LES ALGÉRIENS, LA COUPE DU MONDE DE FOOTBALL QUI S’EST DÉROULÉE, CETTE ANNÉE, DANS CE PAYS, A ÉTÉ UNE OCCASION DE LE REDÉCOUVRIR. DANS L’ENTRETIEN QUI SUIT, SON EXCELLENCE L’AMBASSADEUR DU BRÉSIL À ALGER, MR EDOUARDO BOTELHO BARBOSA, REVIENT SUR CET ÉVÈNEMENT PLANÉTAIRE, ET ABORDE, AVEC BEAUCOUP DE FRANCHISE, LES DIFFÉRENTS DOMAINES DE COOPÉRATION, ÉCONOMIQUES ET COMMERCIALES, QUE SON PAYS ENTRETIENT AVEC L’ALGÉRIE, DEPUIS 1962.

Entretien réalisé par Mustapha Chaouchi

Dziri : La participation de l’équipe nationale algérienne à la Coupe du monde a été marquée par le déplacement de plus de 2 000 supporters algérien au Brésil. Ces derniers n’ont pas manqué de défiler dans les rues brésilienne après, notamment, la victoire emportée face à la Corée du Sud. Quelle est votre impression ?

Son Excellence Mr Edouardo Botelho Barbosa : Effectivement, mon pays a eu la joie d’abriter le Mondial de 2014. Cette joie, nous l’avons exprimée plusieurs mois avant le lancement de la compétition. Nous étions très contents donc de recevoir le monde entier au Brésil, particulièrement les Algériens. Personnellement, j’ai eu des échos très favorables de la participation de l’équipe algérienne à ce Mondial, mais aussi du comportement des supporters algériens qui ont découvert le Brésil et son peuple. Les Brésiliens sont des supporters assidus de l’équipe nationale algérienne, dont les matchs joués ont été suivis avec une réelle ferveur. En toute franchise et sincérité, j’ai eu une impression très positive, autant de l’équipe nationale algérienne que des supporters algériens.

Les officiels de l’Algérie et du Brésil insistent sur l’excellence des relations entre les deux pays. Quels sont les domaines de coopération les plus marquants qui lient les deux pays ?

Nous avons, sur le plan de la coopération économique et commerciale, un flux intense et je dirais très complémentaire des deux côtés. L’Algérie nous vend des produits énergétiques tels que le pétrole brut et le gaz. Quant à nous, nous exportons des produits de l’agriculture, notamment le sucre, dont nous sommes le premier fournisseur. Nous exportons également, vers l’Algérie, des viandes rouges et blanches. Il faut savoir que le Brésil a une agriculture très productive et aussi compétitive sur le plan international.

Le Brésil est une puissance agroalimentaire mondiale. Il est en concurrence avec, notamment, les anciennes puissances coloniales. Quels sont les arguments que votre pays fait valoir pour gagner la bataille économique ?

Je tiens à vous faire savoir, et vous l’avez certainement très bien remarqué, que l’économie brésilienne est d’autant plus riche que diversifiée. Nous n’avons pas seulement l’agriculture, mais aussi l’industrie. Il faut dire qu’il n’a pas été du tout facile, pour nous, d’arriver au niveau de progrès que nous avons atteint aujourd’hui. Pour revenir au volet agricole, je tiens à préciser que le Brésil a deux atouts qui ont joué favorablement pour le développement de son agriculture, j’entends parler de sa position géographique et des conditions climatiques favorables dont il jouit. Je tiens aussi à rappeler que nous avons un territoire de 8,5 millions de kilomètres carré, et la plupart de ces terres sont utilisées dans l’agriculture. Et ce qui est extraordinaire, c’est que nous pouvons étendre les superficies agricoles sans pour autant toucher à la forêt de l’Amazonie. Donc, nous avons cet atout de la nature qui nous permet d’atteindre un niveau de production et de productivité important, voire même de standard international. Cela nous permet également de concurrencer les puissances agricoles traditionnelles, et je pense, en premier lieu, aux États-Unis d’Amérique avec qui nous partageons le leadership sur plusieurs produits. Aujourd’hui, nous sommes les premiers en matière de production de viandes rouges, de soja, de sucre, de café, mais aussi du jus d’oranges. Je tiens à rappeler que 80% de la production mondiale de jus d’oranges provient du Brésil ! Le degré de développement agricole que nous avons atteint aujourd’hui, nous l’avons acquis au fil du temps, grâce à l’effort soutenu que nous avons fourni. Ce n’était pas du tout une sinécure, parce que nous devons toujours faire face au défi de la compétition et de la concurrence venues de part et d’autre.

«Nous étions très contents donc de recevoir le monde entier au Brésil, particulièrement les Algériens. Personnellement, j’ai eu des échos très favorables de la participation de l’équipe algérienne à ce Mondial, mais aussi du comportement des supporters algériens qui ont découvert le Brésil et son peuple.»

L’Algérie, qui tend à améliorer sa sécurité alimentaire, a basé sa stratégie sur le développement de l’agriculture. L’Algérie et le Brésil ont-ils identifié des domaines de coopération dans ce volet ?

Je crois que c’est évident que l’agriculture doit être une priorité, notamment lorsqu’on tient en compte le fait que 3% des terres sont utilisées dans l’agriculture, et à cela, ajoutez une population démographiquement dynamique. Toutefois, je pense que la sécurité alimentaire d’un pays devra se baser autant sur la production interne, que sur le commerce international, où l’Algérie a de grands atouts. Pour ce qui est des domaines de coopération dans le secteur de l’agriculture, nous entretenons, avec l’Algérie, des relations de coopération dans le domaine technique. Ce sont, en fait, des actions que nous menons ensemble pour répondre à des besoins spécifiques. Par ailleurs, je dois vous rappeler que le secteur agricole n’est pas le seul domaine de coopération entre le Brésil et l’Algérie puisque, comme je l’ai déjà mentionné, nous échangeons aussi d’autres produits : nous achetons des produits énergétiques et nous exportons des produits agricoles.

Le Brésil a une expérience remarquable dans le développement économique et social. Quel est le secret de sa réussite dans un monde en crise ?

Le développement du Brésil n’est pas venu du jour au lendemain, mais c’est un processus qui s’inscrit dans la durée, la conséquence d’une volonté et d’un effort soutenus. Dès notre indépendance, nous avons mis en place une politique agricole, dont nous cueillons le fruit aujourd’hui. Sur le plan politique, nous avons des gouvernements de droite, d’extrême droite mais le développement national a toujours été une priorité. Je crois que le facteur politique est important. Le Brésil est un pays démocratique, et qui pense démocratie pense, dans les sociétés les plus solidaires, à une société où règne l’égalité sociale. Nous sommes au troisième mandat du parti des travailleurs qui a développé et renforcé la politique de développement. Ce Gouvernement a fait un travail remarquable, en ce sens qu’il a opté à la redistribution des revenus nationaux. Ce qu’on constate au Brésil, c’est qu’en améliorant davantage le pouvoir d’achat des classes démunies, nous avons pu non seulement diminuer sensiblement la pauvreté et l’extrême misère, mais également intégrer 25 millions de brésiliens dans la classe moyenne.

«Ce qu’on constate au Brésil, c’est qu’en améliorant davantage le pouvoir d’achat des classes démunies, nous avons pu non seulement diminuer sensiblement la pauvreté et l’extrême misère, mais également intégrer 25 millions de brésiliens dans la classe moyenne.»

Sur le plan des investissements, y a-t-il des opérateurs économiques algériens qui veulent investir au Brésil ?

Il faut savoir que l’investissement est un type de relation de coopération auquel nous accordons beaucoup d’importance. Je suis très content de dire qu’effectivement, il y a des investissements algériens au brésil. L’Algérie n’est, certes, pas un bon exportateur de capitaux en ce moment, mais vous avez le groupe Cevital qui est un groupe extraordinaire ; d’ailleurs, il est en train de développer un projet très intéressant au Brésil. Cet état de fait va être bon pour le développement de l’agriculture au Brésil, et aussi pour la sécurité alimentaire en Algérie. C’est un investissement très important auquel nous accordons beaucoup d’intérêt.

Et du côté brésilien ?

Il y a des intérêts pour investir ici, en Algérie. Vous savez, nous avons ce flux commercial très complémentaire et qui est absolument dans l’intérêt de deux pays, et c’est la base sur laquelle on pourra asseoir la diversification de notre coopération. Il y a des initiatives ponctuelles des investissements, notamment en ce qui concerne la possibilité de produire des matériaux médicaux. L’Algérie est un marché très intéressant, mais il demeure très complexe. Toutefois, nous sommes très positifs quant aux potentialités que recèle le marché algérien. En dépit des difficultés rencontrées, force est de constater que nous avons des capacités qui se marient bien avec la nécessité algérienne.

«L’Algérie n’est, certes, pas un bon exportateur de capitaux en ce moment, mais vous avez le groupe Cevital qui est un groupe extraordinaire ; d’ailleurs, il est en train de développer un projet très intéressant au Brésil.»

Restons toujours, si vous le permettez, dans le volet lié aux relations entre l’Algérie et le Brésil. Quel bilan en faites-vous ?

Le bilan est absolument très positif. L’Algérie est le principal partenaire du Brésil, en Afrique et dans le monde arabe, notamment dans le domaine commercial. J’espère que ces relations évolueront davantage, car je sais que nous pourrons mieux faire pour les hisser encore plus haut. On doit penser à la diversification car l’énergie qu’on pourra importer et la quantité de sucre qu’on devra exporter sont limitées. Maintenant, il impératif de faire plus d’effort pour ouvrir d’autres fronts de coopération.

Ces relations peuvent-elles être relevées à un niveau d’exception ?

Nous entretenons de bonnes relations avec l’Algérie depuis son indépendance et ce, en dépit des différents mouvements politiques qu’a connus le pays. Sur les grands thèmes de portée internationale, on a eu des visions communes. Nous avons une commission mixte qui a plusieurs volets et qui va du politique au commercial, technique, santé, et aussi, nous avons un dialogue stratégique qui doit être également ouvert.

Sur le volet sécuritaire, quelle lecture faites-vous sur la situation au Sahel ?

Le Brésil travaille pour la paix dans le monde. Et si vous regardez l’Amérique Latine, vous constaterez qu’il n’y a aucun conflit avec les 11 pays avec qui nous partageons les frontières. Nous avons la capacité de construire cette entente. S’agissant de la situation sécuritaire prévalant au Sahel, ce que je peux vous dire, c’est que nous suivons avec intérêt les discussions au Conseil de sécurité. Je tiens à réitérer, encore une fois, que nous oeuvrons pour la paix dans le monde.

Et si l’on aborde le volet lié au tourisme, quel est le nombre de touristes algériens qui ont récemment visité le Brésil ?

Nous avons atteint 293 000 visas, c’est une demande exceptionnelle. Il est difficile d’établir des statistiques. Nous avons octroyé une moyenne de 2 500 visas par an. J’estime que c’est trop peu.

Un dernier mot ?

D’abord, je tiens à vous remercier de m’avoir donné cette occasion pour aborder les relations bilatérales entre le Brésil et l’Algérie. Je suis ici depuis 9 mois et je me sens bien, j’espère que cela continuera sur ce rythme jusqu’au bout de ma mission. Nos deux pays entretiennent de très bonnes relations de coopération. Enfin, permettezmoi de conclure sur l’enthousiasme des Algériens pour le football, que j’ai constaté durant la Coupe du monde, et qui m’a rappelé beaucoup l’intérêt extraordinaire que mes compatriotes accordent à ce sport.

 

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