Mohand-Said N’ait Abdelaziz, président de la Confédération algérienne du patronat (CNPA), et industriel

Mohand-Said N’ait Abdelaziz, président de la Confédération algérienne du patronat (CNPA), et industriel

Dans cette interview, Mohand-Said N’ait Abdelaziz, président de la Confédération algérienne du patronat (CNPA), et industriel, que nous avons voulu faire intervenir au sujet du marché des médicaments et de la politique de l’État en la matière, porte un regard politique sur la question lui, qui représente une partie du patronat algérien mais qui a été aussi un des industriels qui se sont investis, durant les premières années, et qui ont marqué la volonté de l’État de faire émerger une industrie pharmaceutique, dans ce secteur. Mohand-Said N’ait Abdelaziz a vécu surtout les différentes étapes de cette industrie, accompagnées de diverses décisions des pouvoirs publics, tantôt contradictoires, tantôt nécessaires pour fonder les premières bases de toute industrie. Le président de la Confédération algérienne du patronat (CNPA) croit dur comme fer que l’essor de l’industrie pharmaceutique en Algérie, est conditionné par un accompagnement politique clair et une stratégie de formation capable de répondre aux besoins de ce secteur. Pour lui, la polémique que se livrent le ministère de la Santé et les opérateurs de pharmacie ne sert ni les intérêts du pays ni, encore moins, le citoyen.
Propos recueillis par Sofiane Bensaid

Dziri : Depuis quelques semaines, l’on assiste à une véritable polémique engageant sur une même piste, ministère de la Santé et opérateurs de pharmacie. Cette polémique s’est fait ressentir sur le terrain par, tantôt des pénuries de médicaments et, tantôt par la mise à l’arrêt de certaines structures hospitalières. La situation n’a-t-elle pas, quelque peu, dépassé les bornes ? Comment sommes-nous arrivés à ce stade de polémique, d’après-vous ?
Mr N’ait Abdelaziz : La politique du médicament en Algérie, a fait couler beaucoup d’encre. Il faut dire que le pays se cherche encore, depuis une vingtaine d’années, sur la politique et la stratégie à entreprendre en matière de médicament. Je crois qu’il est temps de cesser de se renvoyer la balle, les uns contre les autres, sur la politique et les choix du pays en matière de médicament, car il s’agit d’un secteur très sensible, auquel il faudra la combinaison de tous les efforts. Il ne faut, tout de même, pas se voiler la face et tenter de dissimuler des réalités et des lacunes ; le pays manque d’une politique claire en matière de médicament. Il y a eu d’abord cette ouverture du marché qui s’est imposée à nous, car nous avons fait une ouverture débridée de l’économie dans tous ses domaines, ce qui fait qu’aujourd’hui, dans des secteurs sensibles, à l’instar de la santé et l’industrie, le pays ne cesse de se rechercher et chercher la meilleure formule capable de garantir son essor. Le gouvernement a fixé, ensuite, en 1998, un cahier des charges définissant les conditions et les modalités d’investissements dans le domaine du médicament. C’est à ce moment-là que les pouvoirs publics ont décidé d’imposer aux importateurs de médicaments, la clause de passer à l’investissement productif local au bout de deux années passées dans les opérations d’importations. Cette mesure démontrait qu’il y avait un manque flagrant de concertation entre responsables en charge du secteur et les opérateurs. Car, il est utile de le préciser, pour pouvoir investir dans le domaine de l’industrie pharmaceutique, il fallait libérer le foncier industriel en premier lieu, un casse-tête qui pesait de tout son poids sur les politiques industrielles du pays. Les différents ministres qui se sont succédés à la tête du ministère de la Santé, n’ont pas pu appliquer, ni faire appliquer le cahier de charges imposé aux opérateurs depuis 1998. Il fallait une étude sérieuse sur l’impact d’une telle décision sur le terrain.
L’échec de ces premières tentatives de faire émerger une stratégie nationale de médicaments était donc à l’origine de ces premiers signaux de crise. Mais quelles étaient donc les conséquences de ce premier échec sur le terrain et, quelle était la suite réservée à cette politique ?

Cette décision d’imposer le passage à une industrie pharmaceutique à tous les opérateurs, au bout de deux années d’importation, a été ensuite abandonnée dans le cadre des négociations de l’Algérie en vue de son adhésion à l’OMC. Cela démontre, une fois de plus, que le pays manque de stratégie claire en matière de médicament. Effet sur le terrain, il y avait parmi les opérateurs, ceux qui ont cru à cette décision et se sont pleinement investis mais, qui se sont cassés la figure au bout de quelques années et/ou quelques vaines tentatives. L’industrie pharmaceutique exige des conditions strictes, à l’instar de la formation qualifiante et spécialisée. L’Algérie ne dispose aujourd’hui, d’aucune école spécialisée dans la pharmacie industrielle, pour ne citer que cet exemple parmi d’autres qui conditionne la réussite et l’essor d’une industrie pharmaceutique. Il y a eu donc les premières victimes de cette politique qui n’était pas claire, ce qui a fait que les importations de tous les genres et de toutes les destinations, n’ont cessé de se multiplier pendant cette période. La facture du médicament a explosé mais, il faut reconnaître que ces importations étaient tout de même nécessaires, afin de combler le retard en matière d’industrie pharmaceutique. Nous sommes donc revenus à la case départ ; les engagements des uns et des autres n’ont pas été tenus. Néanmoins, il faut reconnaître que nous avons un soubassement d’une industrie pharmaceutique car, certains laboratoires, à l’image de Saïdal, ont démontré leur capacité à relever le défi.
Il y a eu échec d’une politique certes, mais pourquoi aucune solution n’a été apportée à cette première mouture ? Les rapports entre l’administration et les opérateurs n’ont-t-ils pas été le poison qui a tué dans l’oeuf toute tentative de remettre les choses sur les rails ?
Il faut relever, en premier lieu, l’absence de concertation entre intervenants dans ce secteur. Cette situation a instauré un climat de méfiance, de suspicion et de rupture entre le ministère de la Santé, de la famille et de la réforme hospitalière et les opérateurs du secteur. Loin de vouloir apporter un jugement de valeur, le ministère de la Santé méritait une réorganisation en amont et en aval. Il faudra tout de même reconnaître qu’il y a eu une écoute et les opérateurs nationaux étaient, depuis toujours, accompagnés dans leurs missions. Cependant, cette rupture du dialogue a fait que chacun a choisi de camper sur ses positions, d’où la polémique actuelle et le comportement impulsif des uns contre les autres. Mais il faut dire que ces comportements ne servent ni le pays ni, encore moins, le citoyen. Il y a de bonnes intentions d’améliorer la situation et de créer une confiance auprès des opérateurs mais, cette volonté a été fragilisée par un manque de rapprochement des avis des uns et des autres, au profit du citoyen. La polémique a gagné la rue et le ministère de la Santé gagnerait, à mon avis, à relancer le dialogue, afin de trouver un dénominateur commun capable de construire, sur de bonnes bases cette fois-ci, une véritable politique du médicament.

Maintenant que le mal est fait, les conséquences d’une politique mal réfléchie se font ressentir sur le terrain, quelle solution préconisez-vous pour une telle situation ?
Il faut cesser de se rejeter la balle, l’administration d’un côté et les opérateurs de l’autre, car il est bien temps de fixer une feuille de route et des objectifs clairs capables de faire sortir le secteur de cette crise et le doute dans lequel se sont embourbés les opérateurs, quant à la volonté du gouvernement de faire émerger une réelle industrie pharmaceutique. Je propose qu’il y ait une concertation objective et responsable, pour avoir des solutions pertinentes et durables. La responsabilité est partagée entre l’administration et les opérateurs, alors que l’urgence suppose l’engagement d’un véritable chantier en amont et en aval, à commencer par la formation et la ressource humaine dans le domaine de l’industrie pharmaceutique.

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Revenir en haut de la page