Les scandales se succèdent dans le secteur de la santé…

Les scandales se succèdent dans le secteur de la santé…

Le nouveau rebondissement dans l’éternel conflit qui oppose le ministère de la Santé aux opérateurs de pharmacie et aux autres intervenants du marché, dont les distributeurs, a été, cette fois-ci, de couleur grisâtre. Dans ce nouvel épisode, la situation s’est envenimée et a atterri dans la place publique par divers scandales, dont le dernier en date est celui de la mise à l’arrêt du centre de radiothérapie du centre CPMC de l’Hôpital Mustapha. Outre ce scandale, la situation se caractérise également sur le terrain par la pénurie enregistrée dans la vente de certains médicaments, notamment ceux destinés aux maladies chroniques et à l’entretien d’équipements médicaux.
Par Sofiane Bensaid

C’est dire que la situation n’est aucunement au stade anodin de polémique. La responsabilité s’annonce lourde. Des milliers de cancéreux sont pris au piège et, voient leur vie s’éteindre à petit feu. Pourtant, l’État avait alloué des fonds nécessaires pour l’acquisition de 57 appareils de radiothérapie, au profit de différentes régions du pays. Le but recherché, à travers cette mesure, était aussi celui d’atténuer la pression que connaissent les grands centres d’oncologie.

Les responsables se rejettent la balle
Autre scandale mais qui n’a pas été révélé par la presse, il semblerait que le CPMC ne souffre pas uniquement de la défection du matériel de radiothérapie, mais aussi de certains médicaments nécessaires pour le traitement du cancer, par le recours à la chimiothérapie. Au niveau de la pharmacie du CPMC, nous apprenons que cette structure souffre de l’indisponibilité de certains médicaments d’une première importance, dont le soluté concentré utilisé dans la chimiothérapie et l’anesthésie. À qui incombe la responsabilité de cette seconde affaire ? Les responsables du secteur ne cessent de se rejeter la balle. Pourtant, les besoins exprimés par les patients souffrant de cancers sont énormes. Rien que pour la catégorie de femmes atteintes de cancer du sein, nous apprenons, par le biais de la secrétaire générale de l’association El Amel,Mme Kettab Hamida, que plus de 28 000 personnes atteintes du cancer du sein attendent de se faire traiter par radiothérapie. Elle estime que le facteur temps est primordial car tout manque de médicaments ou retard dans la radiothérapie, peut être fatal pour le malade. Mme Kettab Hamida, contactée par nos soins, nous a fait savoir qu’il y a eu, depuis le début de l’année en cours, 10 000 nouveaux cas de femmes atteintes de cancer du sein et 3 500 décès par an, à cause de cette grave maladie. Pour ne citer que cette catégorie de malades, la situation s’annonce beaucoup plus dramatique, si l’on prend en compte les différentes autres catégories de patients souffrant de cancers, d’où l’urgence d’une prise en charge totale à leur profit. Toutefois, les responsables du secteur semblent avoir évincé le facteur temps de leurs calculs, se contentant de faire les mises au point aux autres intervenants du secteur.

Une industrie pharmaceutique qui peine à s’envoler
Justement, agissant face à l’urgence de rétablir la situation sur le marché, le ministère de la Santé a préféré ne pas y aller avec le dos de la cuillère. D’ailleurs, des mesures drastiques ont été prises à l’encontre de certains acteurs du marché de médicaments, dont les distributeurs. Au moins 200 distributeurs de médicaments se verront retirer leur agrément. Le ministère s’agrippe encore sans relâche à l’idée de l’inexistence de pénurie de médicaments en Algérie, préférant user de la force pour punir les distributeurs qui, selon les responsables du ministère de la Santé, sont à l’origine d’une situation de «rupture de distribution.» Une question qui continue d’intriguer plus d’un : le ministère refuse-t-il d’appeler un chat par son nom ou les distributeurs font-il réellement la loi sur le marché, au détriment de la santé de milliers de citoyens ? Quoiqu’il en soit, le département de Djamel Ould Abbès entend passer à une autre vitesse après avoir sanctionné les maillons faibles de la chaîne ; un nouveau cahier de charges contenant de nouvelles clauses imposables aux distributeurs, sera prochainement mis au point. En attendant l’assainissement de ce marché qui, de prime abord, ne s’annonce pas pour demain, l’Algérie peine toujours à faire émerger une industrie pharmaceutique capable de répondre, par la qualité et par la quantité, aux besoins nationaux. Le ministère de la Santé se fixe l’objectif de couvrir, grâce au concours de la production locale, 70% des besoins du marché national en médicaments, à l’horizon 2014. Cet objectif est loin d’être réalisable de sitôt, puisque la production nationale ne couvre actuellement que 40% des besoins, d’après les dernières statistiques du ministère de l’Industrie, de la PME et de la promotion de l’investissement. Pour parvenir à couvrir les besoins nationaux par recours à la production locale, l’État, rappelons-le, s’est investi pour mettre en place une batterie de mesures, dont certains sont destinées au profit des pharmaciens et des médecins qui encouragent l’utilisation des médicaments produits localement. L’État avait également institué le Credoc (Crédit documentaire) en 2009, afin de réduire la facture des importations. Mais les contrecoups de cette mesure s’étaient fait ressentir durement au niveau des unités de production qui étaient, elles, très pénalisées par l’institution du Credoc, une mesure à l’origine de la rupture des stocks de matières premières. Dans sa quête de limiter sa dépendance du médicament étranger et garantir, par là même, son autosuffisance en médicaments à hauteur de 70%, l’Algérie vient de signer une convention avec neuf laboratoires internationaux pour la fabrication de médicaments, pour optimiser le fonctionnement de ce pôle biotechnologique qui se chargera également du développement de la recherche scientifique, dans tous les domaines liés à la santé. Ces mesures sont-elles suffisantes pour guérir la santé de ses maux et scandales répétitifs ? La question s’impose.

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