Entretien avec Son Excellence,Aloisia Wörgetter,ambassadrice d’Autriche Algérie de la République

Entretien avec Son Excellence,Aloisia Wörgetter,ambassadrice d’Autriche Algérie de la République

Il y a quelques mois, les habitants de la cité Malki, à cheval entre Hydra et Ben-Aknoun, étaient surpris de voir débarquer, chaussée de bottes et mains ganté, une jolie blonde pour participer à une action de volontariat pour nettoyer le quartier. La surprise a été plus grande lorsque des jeunes du quartier apprennent que la blonde s’appelle Aloisia Wörgetter. Elle est ambassadrice d’Autriche à Alger. C’est avec la même chaleur, la même gentillesse que cette diplomate de carrière – elle cumule 30 ans d’expérience – nous reçoit dans son bureau situé à Hydra. Elle parle de l’Algérie avec une même intensité comme il s’agissait de son pays. C’est avec la même ardeur qu’elle répond à nos questions.
Entretien réalisé par Nesma Aghilès

Dziri : Excellence, malgré les échanges économiques, l’Autriche est peu connue des Algériens. Pourquoi cette situation ?
Aloisia Wörgetter : Je ne partage pas totalement votre analyse. Les Algériens connaissent mon pays. Tout le monde connaît Sissi l’impératrice, Mozart, etc. Tout le monde ici, connaît l’histoire du football entre les deux pays (une rencontre historique a opposé, en 1982, les deux pays lors du Mondial espagnol, NDLR). Il ne faut pas, non plus, oublier l’aide autrichienne à l’Algérie, lors de sa Guerre d’indépendance. Un autrichien, Mustapha Müller, avait participé activement à la Guerre d’indépendance. Après, il avait choisi de rester ici et de fonder une famille. C’est un symbole de la force des liens entre les deux pays. Il est évident que l’Algérie n’a pas la même nature de relations avec l’Autriche que celle qu’elle entretient avec la France, par exemple. Nous essayons de mieux faire connaître le pays, ici. C’est ce que nous faisons à l’ambassade.

L’aspect économique a tout de même dominé ces relations-là. De quelle nature est la coopération économique entre l’Algérie et l’Autriche ?

Cela est vrai. La nature étatique des entreprises algériennes et autrichiennes a créé, lors des années 1960-1970, un lien entre elles. Depuis, les entreprises autrichiennes ont toutes été privatisées. Elles sont devenues, pour la plupart d’entre elles, des multinationales. Elles ont, par conséquent, acquis à la fois une expérience et une autonomie. Cela ne les empêche pas de développer des partenariats avec plusieurs partenaires dans le monde, y compris en Algérie. En Algérie, de grandes entreprises, avec un passé et un savoir-faire autrichien, comme Siemens Estel, VA Tech WABAG, DOKA, Strabag-Dywidag, sont actives sur place. À titre d’exemple, la station d’épuration d’eau d’Oran, est l’une des plus grandes de tout le continent africain. Nous avons également des entreprises qui activent dans l’assainissement et le traitement des eaux.

Quels sont les secteurs d’activité que vous ciblez ?

L’essentiel des entreprises autrichiennes, est constitué de PME, dont le nombre de salariés dépasse rarement les 30  personnes. C’est cela que nous voulons ramener, ici. Nous voulons également développer la formation des jeunes Algériens. L’autre secteur qui reste à explorer, est celui des énergies renouvelables. Il est vrai que, dans ce domaine, des entreprises autrichiennes sont toujours à l’état de l’exploration en Algérie. Nous sommes, en effet, en train d’établir un diagnostic pour chercher des opportunités de coopération. Le terrain est, pour l’instant, à exploiter.

En attendant, nous sommes en train d’aider des artisans algériens à exporter leurs produits vers l’Autriche. Nous avons identifié des produits, à l’image de l’huile d’olive, des bijoux kabyles, du cuir de Médéa et du miel de Chechar (Khenchela). Nous attendons également que les entrepreneurs algériens se manifestent. Nous avons besoin de les connaître, pour les mettre en contact avec leurs homologues autrichiens.

Nous avons remarqué un activisme particulier de votre Excellence. Est-ce le résultat de la volonté de l’Autriche de se déployer en Algérie ou est-ce le signe de votre personnalité ?

Je dirais les deux à la fois. Prenez les domaines de l’environnement, de l’assainissement et du traitement des déchets. Ce sont des secteurs dans lesquels les entreprises autrichiennes sont pionnières. Cela n’est pas dû au hasard. C’est l’expression d’une culture de l’environnement que nous avons acquise. C’est ce sentiment qui m’a poussée, par exemple, à proposer un volontariat pour nettoyer le quartier dans lequel je vis. Aujourd’hui, cette initiative fait non seulement du chemin, mais elle est renouvelée désormais chaque mois. Tout est dans les relations humaines. En fin de compte, c’est quoi l’économie ? Ce sont des échanges qui s’opèrent, avant tout, entre les humains. Il y a certes, la matière dans ces échanges, mais il n’y a pas que cela. Il y a aussi la compassion et l’entraide entre les gens. C’est cela que je fais.

Après une année passée en Algérie, quel regard portez-vous sur notre pays ?

Je suis certainement fière de mon pays. Mais j’avoue que mon admiration pour l’Algérie est énorme. Vous avez un grand et un beau pays. C’est une chance. C’est,également une énorme chance de vous retrouver ainsi comme point de jonction entre le Vieux continent et l’Afrique. L’Algérie a toujours été un carrefour entre plusieurs civilisations, plusieurs régions dans le monde. Mon pays est riche en ressources humaines, culturelles et en histoire. Mais le vôtre l’est, encore plus, par sa diversité et l’immensité de son histoire. C’est un atout que vous pouvez exploiter aujourd’hui, d’autant que vous avez une population en majorité jeune. J’ai été particulièrement attirée par trois endroits : Tikjda, les Aurès et Adrar. Nous allons d’ailleurs inviter, à l’occasion de la fête nationale de mon pays, des femmes au foyer de la région d’Adrar, pour exposer et vendre leurs produits.

 

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Revenir en haut de la page