2012, année de la fièvre inflationniste. Le risque en 2013.

2012, année de la fièvre inflationniste. Le risque en 2013.

Les derniers chiffres diffusés par l’Office national des statistiques (ONS) au sujet de l’évolution de l’inflation en Algérie sont inquiétants. L’inflation flirte désormais avec un taux à deux chiffres.

Par Sofiane Bensaid

C’est inquiétant ! D’autant plus que la Banque mondiale et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) prédisent une année de vaches maigres pendant 2013, voire une tension sur les produits alimentaires sur les marchés internationaux. Selon les experts, trois facteurs essentiels ont contribué à la hausse de l’inflation en 2012 ; les transferts sociaux et les revalorisations salariales, la masse monétaire qui a augmenté fortement en 2012 et la structure de l’économie nationale. Outre, la Banque mondiale et la FAO, le cabinet britannique spécialisé dans l’expertise et la prévision économiques «The Economist Intelligence Unit», a laissé apparaître dans son dernier rapport sur l’économie algérienne des perspectives plus au moins sombres pour l’année 2013. Les experts du cabinet d’expertise britannique font observer dans leur rapport sur l’économie algérienne que pour le cas de l’inflation le taux resterait «obstinément élevé, propulsé par les prix des produits alimentaires qui sont le principal contributeur à cette tension inflationniste». Quoi qu’il en soit, la poussée inflationniste de 2012 témoigne de l’incapacité du Gouvernement et de la Banque d’Algérie à venir à bout de cette fièvre qui a évolué fortement depuis quelques années déjà. Le taux de l’inflation qui a flirté avec les 10% en 2012 et qui a terminé l’année à plus de 8% est l’aboutissement d’une évolution à pas de géant depuis au moins 2008. L’inflation a connu ces dernières années une tendance haussière, passant de 4,9% en 2008 à un pic de 5,7% en 2009. Tandis que l’inflation des prix à la consommation s’est envolée à 9,3% en glissement annuel pour la période de novembre 2012. Il ne s’agit aucunement d’une inflation importée, puisque l’Indice FAO des prix des produits alimentaires a baissé pendant les 11 premiers mois de l’année 2012. En effet, le dernier Indice FAO, publié en décembre 2012, laisse apparaître un recul des prix des produits alimentaires sur les marchés internationaux à novembre 2012, ce qui explique, en partie, le recul de la facture alimentaire de l’Algérie durant les 11 premiers mois de l’année qui vient de s’écouler. Si l’on se réfère aux statistiques de cette organisation onusienne, il est indiqué que l’indice FAO du prix des produits alimentaires était de 211 points en moyenne en novembre 2012, soit 3 points (1,5%) de moins qu’en octobre. C’est son plus bas niveau depuis juin 2012. L’idée d’une inflation importée qui aurait contribué à la poussée inflationniste de 2012 est donc à exclure. Il s’agit plutôt d’un dérèglement sur le marché interne et d’un défaut de régulation qui ont tiré le taux de l’inflation des prix à la consommation vers le haut. Autrement dit, les vraies raisons de la forte inflation en 2012 sont à rechercher au niveau interne. Ces facteurs sont en relation avec entre autres, la spéculation, l’augmentation de la masse monétaire en circulation, la fébrilité des instances de régulation…etc. En outre, dans un contexte de printemps arabe, le gouvernement déploie ses efforts pour assurer la sécurité alimentaire et stimuler le pouvoir d’achat de la population. Pour 2013, en raison du niveau élevé continu des dépenses publiques, l’inflation demeure un risque potentiel.

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M’Hamed Hamidouche, expert financier

La politique des transferts sociaux est à l’origine de l’inflation

En 2012, le taux de l’inflation n’a jamais été aussi élevé depuis maintenant plusieurs années. Experts et statisticiens sont divisés sur les vraies causes de cette poussée inflationniste en Algérie en 2012. Quel est votre avis sur les facteurs ayant été à l’origine de cette inflation ?

inflation02L’inflation est traduite d’abord par le calcul du coût d’un panier fixe de biens et services (quantités et qualités invariables ou équivalentes) que les consommateurs achètent au cours d’une période donnée et sa comparaison par rapport à une année de référence ; cela permet de calculer l’Indice des prix à la consommation IPC et la variation en pourcentage de cet indice sur une période donnée par rapport à l’année de référence qui donne l’inflation. Autrement dit, certains biens et services augmentent alors que d’autres diminuent, et on parle d’inflation lorsqu’il y a une hausse généralisée des prix. Concernant les vraies sources de l’inflation, en général, les explications relatives à l’évolution de l’inflation dans la plupart des pays sont dues à deux facteurs clés à savoir le poste des produits alimentaires et de l’énergie. Pour le cas de l’Algérie, le poste de l’énergie est à exclure du fait que les prix du carburant, du fioul, de l’électricité et du gaz sont fixés par voie réglementaire et dont les prix ont pratiquement stagné depuis plus d’une décennie et par conséquent, il reste la hausse des prix qu’a connue le poste des produits alimentaires qui explique l’envolée de l’inflation en Algérie. Sur le plan technique, l’inflation est calculée sur la base de l’IPC grâce à l’indice de La spayres qui présente à son tour le défaut de surestimer l’inflation d’un demi-point par rapport aux indices de Paasche ou de Fisher.

Mais concrètment, de quoi la fièvre inflationniste de 2012 qui flirtait avec les deux chiffres tire-t-elle son origine ?

Il faut voir du côté de la demande et de l’offre. Les causes du côté de la demande sont dues essentiellement à la politique de transfert que mène le Gouvernement algérien dans les différentes lois de finances qui reflètent l’apport d’argent au public caractérisé à la fois par le soutien généralisé de certains produits et, la distribution du pouvoir d’achat par l’augmentation des salaires dans la fonction publique et chez le privé avec effet rétroactif de trois ans. Ce qui a provoqué un choc de la demande. Comme le système de production n’a pas la capacité d’ajuster son offre de production vis-à-vis de cette demande, l’ajustement s’est fait par la hausse des prix. Du côté de l’offre, les causes sont dues essentiellement à une insuffisance de la production, qui ne s’est vue accordée aucun avantage pour élargir les volumes de la production. Dans ce cas précis, je citerai l’exemple de la Malaisie dont les 2/3 des entreprises Malaisiennes travaillent 16 heures par jour et, le reste des chaînes de production travaillent 24h par jour. Pour cela, je préconise, de revoir certaines dispositions qui encouragent les entreprises de passer de 8h à 24h/24h et, notamment durant cette période de choc d’inflation. À titre d’exemple, le Ministère du Travail devra réviser lorsqu’il distribue des salaires dans le cadre des contrats de pré-emploi et la restauration d’une nouvelle fiscalité pour donner des avantages compétitifs aux entreprises qui travaillent au moins 16h par jour.

Il est important de trouver des solutions maintenant, car avec l’inflation il faut s’attendre à ce qu’on appelle l’effet du

second tour ou le cycle du retour de l’inflation, car une augmentation des salaires conduit à une augmentation des coûts de production, et, par conséquent l’augmentation des prix conduit à son tour à la perte du pouvoir d’achat et entraîne une demande d’augmentation des salaires.

La Banque d’Algérie qui s’est fixée pour principale mission celle de contrôler et de contenir l’inflation a-t-elle une responsabilité dans la poussée inflationniste de 2012 ?

Prenons le cas de la Banque Centrale Européenne dont la mission principale dans le cadre de l’article 127 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne est de maintenir la stabilité des prix (contenir l’inflation) à un niveau qu’elle considère comme optimum et voisin de 2% à moyen terme. C’est un objectif presque atteint puisque le taux d’inflation de l’Europe pour le mois de novembre 2012 est de 2,19% (rappelons que chaque pays européen publie son propre IPC et l’IPC harmonisé IPCH et que Eurostat le calcule à l’échelle européenne). Pour le cas des États Unis, la loi Federal Reserve Act modifiée en octobre 1978 par le Humphrey-Hawkins Full Employment Act et qui définit la mission de la Réserve fédérale à maintenir en moyenne une croissance des agrégats monétaires et de la quantité de crédit compatible avec le potentiel de croissance de la production; et ce de manière à viser trois objectifs qui sont : un taux d’emploi maximum, des prix stables et des taux d’intérêts à long terme peu élevés. Revenons à ces objectifs pour 2012, la Fed les avait fixés à 3% et 5,5% pour la croissance économique et le chômage et, une inflation entre 1 et 2%. Durant le mois de novembre 2012, l’inflation a été établie à 1,76%, disons que son objectif est atteint. La banque de Canada vise à son tour à maintenir l’inflation à 2% ce qui représente un taux médian d’une fourchette cible de 1 à 3% et pour le mois de novembre 2012, le taux d’inflation enregistré au Canada est de 0,83%.C’est-à-dire que l’on réussit à contenir l’inflation ailleurs mieux qu’en Algérie…?Ces banques ont pu atteindre plus au moins les objectifs visés grâce à des décisions de politique monétaire (les taux d’intérêt : des opérations principales de refinancement, de la facilité de prêt marginal et de la facilité de dépôt et les réserves obligatoires) et pour ce faire, il y a lieu de procéder à une analyse approfondie des évolutions économiques et monétaires. Une analyse économique qui prend en charge l’interaction entre l’offre et la demande à moyen terme et qui s’intéresse aux indicateurs tels que l’évolution de la demande globale et de la situation sur le marché du travail, indicateurs des prix et coûts, politiques budgétaires, etc… L’autre monétaire axée sur le long terme en s’appuyant sur le lien entre la monnaie et les prix, qui s’intéresse entre autres aux indicateurs relatifs à l’évaluation de la croissance de la masse monétaire et à l’évolution de ses composantes (les crédits octroyés et les changements en matière de financement). Par conséquent, la maîtrise de l’inflation passe par la maîtrise de la situation économique et monétaire et je termine avec le cas de la Banque Nationale Suisse qui procède à un examen approfondi de ces deux situations et qui les publie chaque trimestre. Cette appréciation permet à la dite Banque de faire une prévision de l’inflation à moyen terme. En conclusion, la maîtrise de l’inflation passe par l’anticipation périodique des tendances inflationnistes accompagnées d’une communication régulière sur les mesures prises et les corrections apportées.

Propos recueillis par Sofiane Bensaid

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Dernier chiffre de l’ONS : Le taux d’inflation atteint 8,9% en 2012 (ONS)

Le taux d’inflation en Algérie a presque doublé en 2012 s’établissant à 8,9% contre 4,5% en 2011, auprès de l’Office national des statistiques (ONS). Les prix à la consommation ont augmenté de 9%, situant l’évolution annuelle du taux d’inflation en 2012 à 8,9%, indique l’office, expliquant cette hausse par une forte augmentation de plus de 21% des prix des produits agricoles frais. Cette variation haussière est due en général à une hausse «relativement importante» des prix des biens alimentaires (12,22%), avec notamment 21,37% pour les produits agricoles frais et 4,67% pour les produits alimentaires industriels, explique l’Office. Les produits manufacturés ont également augmenté passant de 5,51% en 2011 à 6,60% alors que ceux des services ont évolué de 3,28% à 5,02% en 2012. Tous les produits agricoles frais ont connu des augmentations en 2012, les plus prononcées ont concerné la pomme de terre (36,03%) et les autres légumes frais (14,93%) ainsi que les fruits frais 7,33%. D’autres produits du groupe alimentation s’étaient inscrits en hausse, dont notamment la viande de mouton (30,28%), la viande blanche (volaille 20,32%), les poissons frais (13,35%), les oeufs (12%), la viande de boeuf (8,1%) et les viande et poissons en conserve (9,20%), ajoute l’ONS. Cette hausse a touché également les produits alimentaires industriels, il s’agit notamment des boissons (14%), du sucre et produits sucrés (4,5%), des huiles et graisses (4%), du café, thé et infusion (4,8%), du pain et céréales (3,8%) et du laits, fromage et dérivés (2,4%). Les produits du «panier» des biens et services, représentatifs de la consommation des ménages, ont tous connu des hausses. La plus remarquable a concerné le groupe «alimentation», boissons (13%), les produits «divers» (matériel d’entretien et nettoyage, produits de cosmétiques, dépenses des restaurants, cafés et hôtels…) avec 11%, «habillement et chaussures» (8%). D’autres produits ont aussi connu des hausses de moindre importance, il est question notamment des groupes «meubles et articles d’ameublement» (5,3%), «santé et hygiène» (5,8%), «transport et communication» (4,6%) et enfin celui de «l’éducation, culture et loisirs» (3,5%).

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