vendredi , 26 mai 2017
Exploitation du potentiel algérien en gaz de schiste. Les thèses écolo face à l’épuisement des réserves…

Exploitation du potentiel algérien en gaz de schiste. Les thèses écolo face à l’épuisement des réserves…

La nouvelle loi sur les hydrocarbures, avalisés sans aucune réserve par les deux chambres du Parlement, est un gaz de bonne foi de l’Algérie vis-à-vis de ses partenaires étrangers, plus que jamais « allergiques » au domaine minier national. Il faut appeler un chat par son nom. L’Algérie peine depuis 2008 à susciter l’intérêt des investisseurs étrangers lors des dernières enchères 2008, 2009 et 2010, voire même en 2011. La nouvelle loi sur les hydrocarbures qui consacre officiellement la volonté du pays d’exploiter son potentiel en gaz de schiste devrait augmenter l’attrait du domaine minier national. C’est l’un des objectifs auquel concourent les correctifs apportés au texte initial de la loi sur les hydrocarbures. En termes plus simples, le gouvernement veut faire de cette révision un coup double ; rehausser l’attractivité et la rentabilité du domaine minier à travers de nouveaux incitatifs financiers au profit des investisseurs étrangers et donner des signes d’apaisement à certaines compagnies, dont Anadarko et Maersk, avec lesquelles Sonatrach entretenait des relations conflictuelles en raison de la T P E (taxe sur les profits exceptionnels). Voilà l’exercice d’équilibre auquel s’adonnait le gouvernement depuis l’échec des derniers appels d’offres émis par Sonatrach. Entre autres atouts sur lesquels repose la stratégie de pays de faire revenir les investisseurs étrangers est l’appel à manifestation d’intérêt émis par la nouvelle loi sur les hydrocarbures pour l’exploitation de son potentiel en gaz de schiste. Alors que cette nouvelle technologie introduite dans l’industrie gazière est décriée dans plusieurs pays en occident, l’Algérie entend relancer son attractivité en jouant, entre autres, sur son potentiel en gaz de schiste. Il est vrai, ensuite, qu’au-delà de la controverse invoquant l’aspect environnemental et écologique de la chose, le vieillissement de la plupart des gisements qui font l’essentiel de la production algérienne de gaz risque de mettre le pays et ses finances à rude épreuve à l’avenir. Cet élément déterminant dans la décision algérienne d’exploiter son potentiel en gaz de schiste a entraîné plusieurs opposants dans la logique mercantiliste. Pour certains autres experts, fervents défenseurs de l’autre thèse liée à l’exploitation du gisement solaire, réputé un des plus importants au monde, pas question pour autant de laisser poindre la moindre brèche faisant défiler le danger de se retrouver, à l’avenir, face à l’épuisement des réserves en hydrocarbures conventionnels. Là aussi, les esprits se sont illico presto refroidis par le coût exigé par le développement de l’industrie solaire qui suppose, elle aussi, le recours au gaz pour faire tourner les turbines aux énergies mixtes. Bien que l’industrie du gaz de schiste suppose, elle aussi, la mobilisation d’importantes ressources pour l’exploitation du gisement de cet hydrocarbure non conventionnel à l’origine de toute une révolution aux Etats-Unis d’Amérique. Raison pour laquelle le gouvernement entend impliquer les investisseurs étrangers en introduisant une série d’incitatifs financiers et fiscaux. C’est pourquoi, Abdelmadjid Attar, ex-PDG de Sonatrach et ancien ministre, mais surtout géologue de formation, pense qu’à l’avenir, le recours au gaz de schiste est « inéluctable ». D’autant plus que « les technologies qui font objet actuellement de polémique évoluent pour rendre l’industrie plus soucieuse du volet environnemental, mais aussi parce que la demande interne au gaz évolue, elle aussi, de manière considérable pour se situer en moyenne à 7% par an. L’offre de gaz conventionnel, très conditionnée par la situation des gisements, dont la plupart sont arrivés à maturité, ne peut couvrir la cette demande en nette croissance », nous dira Abdelmadjid Attar, contacté par nos soins. De son coté, l’ancien ministre de l’Energie, Noredine Ait-Laoussine, estime, quant à lui, que « reproduire actuellement le succès américain dans l’industrie du gaz de schiste est possible en Algérie mais cela doit être considéré comme un objectif à long terme, lorsque les conditions techniques et économiques seront réunies ». En un mot, le gouvernement est désireux de puiser dans ses réserves potentielles de gaz de schiste et de faire face dans le même temps au défi que pose le déclin des investissements dans les hydrocarbures conventionnels. D’ailleurs, la nouvelle loi sur les hydrocarbures offre des mesures incitatives pour l’exploration de ressources non-conventionnelles supérieures à celles qui sont offertes pour le pétrole et le gaz conventionnels.

Sofiane Bensaid

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Gaz de schiste. Le potentiel algérien en chiffres

Selon une récente évaluation de Sonatrach, les réserves algériennes en gaz de schiste pourraient s’élever à 2 billions de mètres cube (2000 milliards de m3), en se basant sur des tests effectués sur une surface de 180 000 kilomètres carré dans trois régions. Les réserves de gaz naturel conventionnel s’élèveraient quant à elles à 4,5 billions de mètres cube, selon l’agence américaine d’information sur l’énergie (la US Energy Information Agency). Si les réserves en gaz de schiste s’avèrent aussi importantes que les premières estimations le laissent présager, cela devrait permettre d’élargir de manière significative les perspectives de l’Algérie en matière de ressource énergétique et ainsi l’aider à faire face à une production en baisse dans ses champs de pétrole et de gaz arrivés à maturité. D’après Sohbet Karbuz, directeur du département hydrocarbures à l’Observatoire méditerranéen de l’énergie (OME), « le potentiel algérien en gaz de schiste reste largement sous-exploité, mais l’amélioration des conditions et de l’environnement de l’investissement est la clé de réussite pour l’Algérie ». Pour cet expert, dont les propos ont été rapportés par The Financial Times, les prévisions quant aux gains que devrait engranger l’Algérie à la suite de l’exploitation de son potentiel en gaz de schiste sont appréciables. Le gaz non conventionnel devra, à coup sûr, estime le même expert, rehausser de double la production de gaz dans le pays au cours des deux prochaines décennies. La production pourrait ainsi atteindre, en chiffres, 160 milliards de mètres cubes par an. Quant aux volumes qui seront destinés à l’exportation, ceux-ci devraient atteindre 110 milliards de mètres cubes à l’horizon 2030. Pour l’ancien ministre de l’Energie du temps de Belaid Abdeslam, Noredine Ait-Laoussine, les réserves algériennes en gaz non conventionnel sont très prometteuses, « avoisinant peut être ses réserves en gaz conventionnel ». D’autres évaluations du potentiel algérien en gaz de schiste font croire que les réserves peuvent atteindre 6000 milliards de m3, se référant aux résultats d’une étude réalisée en partenariat sur une superficie de 180.000 km² et avec juste un taux de récupération de 20%. Le potentiel est énorme. British Petrolium estime qu’il s’agit du plus grand potentiel

de la région MENA (Afrique du Nord-Moyen Orient). L’Agence internationale de l’énergie (AIE), elle, a évalué, en 2011, le potentiel algérien en gaz de schiste à 6500 milliards de mètres cube. Quoi qu’il en soit, l’exploitation du gaz de schiste étant chère et nécessitant une utilisation importante de technologies, l’état a reconnu que la participation des entreprises étrangères était un facteur essentiel pour aider l’Algérie à développer le savoir-faire dont elle a besoin pour développer ce secteur et former une main d’oeuvre qualifiée. Plusieurs pays, dont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Chine, l’Ukraine et la Pologne, se tournent vers l’exploration du gaz de schiste, après que les avancées en matière technologiques ont rendu ces ressources plus profitables. L’extraction du gaz de schiste requiert l’injection à haute pression d’eau, de sable et de produits chimiques dans la roche sédimentaire par un procédé appelé «fracturation hydraulique» ou «fracking».

Sofiane Bensaid

Abderrahmane Mebtoul, universitaire et ancien chargé d’études à Sonatrach et au ministère de l’Energie et des mines

L’épuisement des réserves du gaz conventionnel motive le recours au gaz de schiste

Dans la dernière mouture de la loi sur les hydrocarbures, le gouvernement a réaffirmé son intention d’aller coûte que coûte vers l’exploitation du potentiel algérien en gaz de schiste, d’après vous, qu’est ce qui motive essentiellement cette décision ?

gaz02Il faut rappeler, d’abord, à mon sens que les hydrocarbures constituent l’épine dorsale de l’économie algérienne. L’Algérie est au 10ème rang mondial et au 2ème rang africain en termes de réserves de gaz conventionnel prouvées, avec un potentiel de 4.580 milliards de m3. Le pays arrive aussi au 16ème rang mondial pour ses réserves de pétrole (12,3 milliards de barils) et figure à la 6ème position parmi les exportateurs de gaz. Pour répondre clairement à votre question, j’attire votre attention sur le rythme par lequel évolue la consommation intérieure de gaz. Celle-ci tend à atteindre 65 à 70 milliards mètres cube gazeux à l’horizon 2017-2020. Si l’on comptabilise les volumes destinés à l’exportation qui sont de 85 milliards mètres cubes gazeux, il faudrait produire plus de 145 à 150 milliards de mètres cube gazeux pour répondre, à la fois à la demande interne et externe. A ce rythme là, il y a un réel risque d’accélérer l’épuisement des réserves du gaz conventionnel non renouvelable. Et c’est d’ailleurs l’une des motivations essentielles de la décision algérienne de renouveler ses réserves en recourant potentielles du pays en gaz de schiste. En outre, l’intérêt des autorités algériennes pour les hydrocarbures non conventionnels s’explique par la nécessité d’assurer la transition énergétique du pays, mais il est également guidé par la captation de la rente afin d’éviter à terme des remous sociaux.

Les écolos brandissent le risque environnemental que cette industrie gazière pourrait infliger au pays et appellent à surseoir à l’idée d’exploiter le potentiel algérien en gaz de schiste, quel est votre avis ?

Le gaz non conventionnel est contenu dans des roches sédimentaires argileuses très compactes et très imperméables, qui renferment au moins 5 à 10% de matière organique. Généralement, la profondeur d’exploitation des shale gags est de l’ordre, en moyenne générale, selon les gisements, de 500 à 1.000, voire même à 3.000 mètres de profondeur. La fracturation de la roche suppose par ailleurs d’injecter du sable et un million de mètres cube d’eau douce pour produire un milliard de mètres cube gazeux. Une partie de l’eau qui a été injectée pour réaliser la fracturation hydraulique peut être récupérée (20 à 50%) lors de la mise en production du puits. Le sable injecté combiné d’additifs chimiques a pour but de maintenir les fractures ouvertes une fois la fracturation hydraulique effectuée, afin de former un drain pérenne par lequel le gaz va pouvoir être produit. De nombreux gisements sont enfouis sous des nappes phréatiques et avec la remontée du gaz, le liquide de fracturation peut parfois atteindre ces nappes et se mêler à l’eau qui devient alors impropre à la consommation. Selon un rapport rédigé par la commission de l’énergie et du commerce de la Chambre des représentants américaine, l’exploitation du gaz de schiste a entraîné l’utilisation de «plus de 2.500 produits pour la fracturation hydraulique, contenant 750 substances chimiques dont 29 sont connues pour être cancérigènes ou suspectées telles ou présentant des risques pour la santé et l’environnement». Pour l’Algérie, le risque de pollution des nappes phréatiques se pose avec acuité. Aussi, l’Algérie réputé comme étant un pays semi-aride, il va falloir faire des arbitrages entre les besoins de couvrir la consommation d’eau des populations et les besoins des secteurs économiques, dont l’industrie gazière. Ainsi, en l’absence de techniques alternatives à la fracturation hydraulique, grande consommatrice d’eau, l’impact de cette exploitation sur la ressource en eau demeure l’une des principales préoccupations.

Les estimations officielles du potentiel algérien en gaz de schiste font ressortir des volumes assez importants, avez-vous des statistiques à ce sujet ?

Je ne dispose pas personnellement de données qui peuvent confirmer les chiffres avancés par les officiels algériens. On peut, comme pour le gaz conventionnel, découvrir des milliers de gisements mais qui ne sont pas rentables financièrement au bout du compte. Selon les dernières estimations établies par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) en 2011, nous avons les réserves mondiales de gaz de schiste récupérables suivantes (en milliards de mètres cube gazeux) : Chine (36.120), USA (29.500), Argentine (21.900), Mexique (19300), Afrique du Sud (13.700), Libye (8.200), Algérie (6.500, donc à peine 25% des réserves des USA). Ces estimations concernent plus précisément les gisements prouvés. Pour le ministère de l’Energie et des mines, les estimations dépassent ceux de l’AIE puisqu’elles s’établissent entre 12.000 et 17.000 milliards de mètres cube gazeux. L’écart est donc énorme.

Sofiane Bensaid

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