Repenser la ville

Repenser la ville

Depuis la fin des années 70 nos villes se sont transformées en véritables villes dortoirs. Y habiter est devenu une situation cauchemardesque pour ses habitants.

Samir Larabi

«La construction de logements s’est souvent limitée à l’aspect quantitatif. Une approche qui a donné lieu à l’émergence de cités dortoirs qui n’ont fait qu’élargir les disparités et renforcer les sentiments de frustration et de marginalisation sociales». C’est la phrase lâché par le président de la République à l’occasion de la cérémonie de remise du prix national d’architecture et d’urbanisme. Cela représente un aveu d’échec des politiques urbaines prônées dans le passé par les pouvoirs publics. Des politiques qui n’ont pas pu offrir aux millions d’Algériens, qui sont 75% à habiter dans les zones urbanisées, un cadre de vie décent dans des espaces urbains, où ils peuvent accéder à toutes les commodités nécessaires et qui répondent aux normes universelles.

En effet, nos villes et centres urbains «ne ressemblent à rien» comme le qualifie la vox populaire. Une simple virée dans n’importe quelle ville nous permet de constater l’ampleur du désastre urbain. Sur le plan architectural, c’est une véritable mosaïque : dans le même quartier on trouve plusieurs styles de construction qui renvoient à plusieurs périodes historiques ; des villas qui côtoient des HLM, les tours construites à coté des bidons-villes et les zones d’habitation sont mitoyennes aux zones industrielles. Le tissu urbain est devenu au fil des années complexe et discontinu. Ce qui produit des espaces urbains fragmentés et sans âme.

Le besoin de se loger, l’exode massif des populations, la construction anarchique et la spéculation, pour ne citer que cela, ont rendu l’urbain asphyxiant. Par ricochet, la gestion ou le réaménagement de la ville est devenue presque impossible et plus couteuse. Les acteurs qui interviennent dans ce domaine peinent à trouver des solutions adéquates. Il n’ ya qu’à voir la gestion catastrophique des déchets, la mise en place de nouveaux équipements, la gestion du trafic routier et du transport…etc.

La ville lieu des contrastes

La ville est devenue le lieu privilégié des toutes les contradictions et de tous les maux sociaux, notamment dans les quartiers et cités populaires. Ces lieux d’habitation enregistrent un manque flagrant des équipements urbains et de loisirs les plus élémentaires, ce sont de véritable citées dortoirs. Des lieux, où le chômage et toutes formes de privation sont les plus importantes. Ce qui rend le phénomène de la consommation de la drogue, la délinquance et la violence comme de véritables fléaux urbains. La criminalité et la guerre des gangs sont presque devenues les lots quotidiens des citadins. les dernières statistiques des forces de sécurité démontrent bien cette réalité amère. Le stress et les maladies respiratoires touchent de plus en plus les habitants des villes, les statistiques affirment que les citadins sont plus exposés à ces pathologies du siècle.

La problématique du désordre de la ville nous pousse à réfléchir sur de nouveaux mécanismes de gestion du cadre urbain. Une gestion qui doit être basée sur de nouveaux cadres juridiques, la modernisation et une participation effective des citoyens dans la définition des priorités sociales .Les expériences à travers le monde, ont bien démontré que les espaces gérés d’une manière pluridisciplinaire et participationniste, obtiennent de bien meilleurs résultats et un cadre de vie plus conviviale. Comme l’affirment certains sociologues «c’est aux structures de s’adapter à l’être humain».

Nadir Djermoune, architecte
 Nos villes ont surtout besoin d’une appropriation harmonieuse
Entretien réalisé par Samir Fadel.

Dans cet entretien, Nadir Djermoune, architecte et enseignant d’architecture à l’université de Blida, nous livre sont point de vue sur le choix des nouvelles villes en Algérie.

DZIRI : Ces dernières années, les pouvoirs publics ont lancé plusieurs projets de nouvelles villes et de zones d’extension urbaine à la périphérie des grandes villes. Selon vous pourquoi ce choix ?

perspect01Nadir Djermoune : Il faut surement poser cette question au ministre de l’habitat ou celui de l’aménagement du territoire…ce choix reprend une hypothèse d’aménagement du territoire et urbain des années 50 du 20° siècle, avec comme objectif d’éviter la concentration urbaine dans les grandes métropoles et de réaliser un développement urbain multipolaire, c’est le cas des villes nouvelles autour des grandes métropoles européennes des années 60. Il y a aussi la construction carrément de nouvelles capitales, c’est le cas de Brasilia ou encore de Chandigarh au Pendjab. Mais quelque soit le bien fondé de ces politiques et les résultats peu convaincants, dans le cas de l’Algérie, nous n’avons pas de grandes métropoles qu’il faut déconcentrer. Nos villes ont surtout besoin d’une réhabilitation de leurs espaces accompagnés d’une restructuration.

Est ce que le choix des nouvelles villes constitue une solution pour déconcentrer les grandes villes et mettre un terme au désordre qui règne dans nos centres urbains ?

Non ! Ce n’est évidement pas mon avis. Nos villes, comme je viens de le noter, ont surtout besoin d’une appropriation harmonieuse de leur espace urbain par une politique de réhabilitation des centres et des quartiers résidentiels. Cette action doit être accompagnée d’une politique de restructuration. D’abord nos villes ne sont pas immenses. Elles n’ont pas besoin de déconcentration. Ensuite, une ville nouvelle est toujours accompagnée en amont d’une structuration et d’infrastructures territoriales. Ce qui annule tout objectif de déconcentration. Imagine une ville nouvelle à sidi abdallâh au sud ouest d’Alger. Rien pour y accéder, il faut des routes, un chemin de fer, son assainissement…etc. c’est donc la ville d’Alger qui s’élargit. Or entre temps et en temps réel, la ville émerge sans réflexion sur sa forme, sa structure ou encore ses fonctions entre l’axe Draria-ElAchour et Charaga…et qui va relier dans si peu de temps Ouled Fayet. Autant réfléchir la structure de cette partie du territoire qui est en train de se restructurer.

En tant qu’architecte, quelles sont les solutions à apporter pour nous permettre d’avoir des villes où il fait bon vivre ?

A travers cet exemple que je viens de citer, il y a lieu de restructurer la ville algérienne dans la perspective de son extension et consolider l’espace existant par une politique de réhabilitation de ses espaces divers et différentiels. La qualité de l’espace urbain réside avant tout dans la qualité de son espace public. Les parcours, les rues, les places et les noeuds, sont les éléments principaux qui structurent la ville. Leur qualité en termes de fonctionnalité, d’esthétique et d’assainissement sont les garants d’un espace urbain où «il fait bon vivre».

Pensez vous que l’Algérie peut suivre les pays développés en matière d’architecture écologique? Enfin serait-il possible d’adapter l’architecture bioclimatique, solaire ou durable ?

Oui absolument ! Pourquoi ce ne serait pas possible ? Il suffit d’orienter la politique d’aménagement urbain et territorial. Or, aujourd’hui on assiste plutôt à un aménagement centré surtout sur la voiture et l’autoroute. Or, l’écologie urbain et territoire ne rime pas avec la voiture. Mais cela qu’à terme il faut penser l’aménagement en terme de chemin de fer à l’échelle territoriale et en terme de rail à l’échelle urbain. C’est valable en terme de bioclimatique. Toute l’histoire de la construction avant l’ère de la machine et de l’industrie est bioclimatique, c’est-à-dire centré sur les matériaux locaux. Donc il est possible de réhabiliter cette technique. Or aujourd’hui, on continue dans l’héritage industriel car à court terme c’est plus rapide et plus facile de faire travailler l’industrie qui existe (ciment, brique, rond à béton…). Réhabiliter à l’échelle industrielle les matériaux locaux nécessite des investissements et une planification à moyen et long terme. Mais c’est plus rentable sur l’échelle de l’histoire.

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