Entretien avec Son Excellence, Michal Radlicki, ambassadeur de la République de Pologne en Algérie

Entretien avec Son Excellence, Michal Radlicki, ambassadeur de la République de Pologne en Algérie

Durant les années 80, Michal Radlicki a découvert l’Algérie, lors d’un séjour de neuf mois qui l’a amené à passer sa thèse de doctorat à l’université des Sciences et Technologies Houari Boumédiène à Bab Ezzouar. À cette époque, il a fait connaissance avec un pays chaleureux qui lui a ouvert généreusement les bras. Des années plus tard, Michal Radlicki revient en Algérie en tant qu’ambassadeur de la République de Pologne. En poste depuis quelques mois à Alger, Michal Radlicki s’est donné la mission d’approfondir les relations entre la Pologne et l’Algérie. Ces deux pays, naguère très proches, se sont éloignés avec le temps. Mais, dans son bureau situé à Dely Ibrahim, Michal Radlicki a confié à Dziri que la Pologne n’économisait plus ses efforts pour renouveler son amitié avec l’Algérie. Et c’est avec la même assurance qu’il répond aussi à toutes nos questions.
Propos recueillis par Abderrahmane Semmar

Dziri : Excellence, vous vous êtes félicité récemment, de la profondeur des relations qui unissent l’Algérie à votre pays, la Pologne. Peut-on savoir quelles sont les particularités de cette relation et, jusqu’où elle remonte ?

très bon souvenir de mon séjour dans votre pays que j’ai découvert lors de mes voyages avec des amis algériens. C’était une très belle aventure. À cette époque, la communauté polonaise en Algérie était nombreuse et comptait entre 3 000 et 5 000 ressortissants, établis dans votre pays. À un moment donné, nous avons enregistré pas moins de 7 000 coopérants polonais installés en Algérie. Votre pays a toujours été considéré ainsi, comme un pays proche et ami en Pologne. Malheureusement, durant les années 90, on s’est éloigné un peu car la Pologne vivait de grandes transformations et, l’Algérie souffrait de la décennie noire. Mais, aujourd’hui, nous avons la volonté de construire des relations plus proches et plus profondes.
Lors d’une conférence animée au mois de septembre dernier au Centre de recherches sécuritaires et stratégiques (CRSS) à Alger, vous êtes revenus sur les réformes économiques et politiques
accomplies avec succès en Pologne. Croyez-vous que l’Algérie puisse s’inspirer du modèle polonais ?
Vous savez, il y a un proverbe polonais qui dit qu’on ne se baigne jamais deux fois dans la même eau. Donc, on ne peut reproduire le même modèle, partout ailleurs car chaque pays a sa culture et son histoire. Cependant, s’il y a beaucoup de différences entre l’Algérie et la Pologne, il y a aussi de nombreuses similitudes. Ces ressemblances, je les constate dans la vie sociale et le secteur économique. J’ai une impression de déjà vu quand je vois les transformations économiques qui s’opèrent en Algérie. Il est, certes, difficile de transporter les réformes effectuées en Pologne, pour les appliquer en Algérie. Mais les réformes engagées en Algérie, obéissent à la même logique économique initiée en Pologne, il y a des années de cela. L’Algérie, comme la Pologne, est sortie d’une économie collectiviste, pour se diriger vers une économie libéralisée.

Pour assurer la transition d’une économie collectiviste à l’économie de marché, la Pologne a mis en place une brillante stratégie pour devenir l’une des économies les plus solides de l’Europe de l’Est. Selon vous, que peut apporter concrètement,l’expérience polonaise à l’Algérie qui cherche encore à trouver son chemin vers la croissance et la diversification économique ?

Nous, les Polonais, nous refusons toujours de nous ingérer dans les affaires des autres pays. Mais, concrètement, nos expériences dans l’ouverture du marché du travail et le secteur bancaire, ainsi que la libéralisation du commerce, peuvent apporter un appui à l’Algérie. Pour notre part, nous avons commencé par libéraliser le secteur bancaire, en ouvrant le capital des banques publiques. Nous avons privatisé quelques banques, pour permettre la circulation des capitaux et l’échange libre de la monnaie. Nous avons compris que le marché noir ne sert ni les citoyens ni l’État. Nous avons aussi développé les crédits bancaires, pour permettre aux citoyens d’acquérir des logements et des biens particuliers. En réalité, nous avons libéralisé le secteur financier, pour libérer le citoyen. Nous lui donnons ainsi, l’occasion de s’occuper de lui-même en renforçant les libertés économiques. Les Polonais ont créé ainsi, des petites et moyennes entreprises qui font, aujourd’hui, la puissance économique de la Pologne, d’autant plus que les banques n’hésitent pas à répondre favorablement aux demandes de crédits formulées par ces PME. Le succès de l’économie polonaise, repose sur cette libéralisation bancaire. Et, nous pensons, dès lors, que nos réformes financières peuvent aider l’Algérie à se développer.

L’année dernière, une mission de chefs d’entreprise polonais, encadrée par la Chambre polonaise de commerce (KIG), a séjourné en Algérie. Est-ce qu’au cours de cette visite, des partenariats ont pu être conclus avec des opérateurs
algériens ? Y-a-il des investisseurs polonais qui se sont installés, depuis en Algérie ?

Il est clair que les investissements polonais en Algérie, ne sont pas aussi visibles que les investissements français ou chinois. Ceci dit, il y a pas mal de contrats qui ont été conclus, ces dernières années, entre des opérateurs économiques algériens et polonais. À titre d’exemple, «ELMAT», l’une des plus grandes sociétés polonaises de fabrication d’équipements de fibres optiques pour le marché des télécoms, l’industrie, l’automatique et les réseaux urbains, a déjà créé une société mixte avec un partenaire algérien. Ils ont enregistré leur société et ils m’ont confié récemment, qu’ils ont formulé une offre intéressante pour réaliser l’étude d’un projet important dans le domaine des télécommunications. Ils sont persuadés qu’ils ont une place à conquérir sur le marché algérien. Je suis sûr que nous allons entendre parler de cette entreprise polonaise en Algérie, dans un avenir proche. Concernant «IMPULS», une entreprise d’innovation et de mise en oeuvre, spécialisée dans la fabrication de produits chimiques écologiques, biodégradables pour le transport du pétrole et du gaz naturel, ainsi que des équipements pour la désinfection et la stérilisation et des lubrifiants, elle est également en train de créer une société mixte de production chargée de la production de produits chimiques, avec un partenaire algérien. Ces deux sociétés sont déjà presque installées en Algérie, alors que d’autres entreprises polonaises ont trouvé des difficultés à investir en Algérie, pour des problèmes liés à la distance et à la langue de communication. Il faut savoir aussi que de nombreux produits polonais sont présents en force en Algérie. Ainsi, la majorité des produits laitiers commercialisés dans votre pays par des groupes internationaux, ont été fabriqués en Pologne.

La Pologne fait partie de l’espace Schengen depuis le 21 décembre 2007. Quelle est la politique des visas de la Pologne à l’égard des Algériens ? Y-a-t-il des restrictions imposées aux ressortissants algériens par les services consulaires de l’ambassade de Pologne à Alger ?

Il n’y a aucune restriction imposée par la Pologne aux ressortissants algériens. Il y a, en plus, très peu d’Algériens qui sont établis en Pologne. Par conséquent, peu d’Algériens déposent des demandes de visas auprès de nos services consulaires. Mais, il faut savoir que nous faisons partie de l’espace Schengen qui est régi par une politique commune. Les critères de cette politique sont les mêmes pour tous les pays, membres de l’espace Schengen. Il n’y a donc aucune politique précise à l’égard des Algériens. Ils sont d’ailleurs traités sur le même pied d’égalité que les ressortissants des autres pays. Malheureusement, la Pologne est très peu connue par les Algériens et, c’est pour cela qu’ils ne s’adressent pas beaucoup à nous pour leurs demandes de visa Schengen.

La Pologne assure, aujourd’hui, la présidence du Conseil de l’Union européenne. Comment la diplomatie polonaise interagit, dès lors, avec les évènements qui secouent le Maghreb et le monde arabe ?

En Pologne, nous avons suivi avec beaucoup d’attention le «Printemps arabe.» Nous nous sentons très proches de ces pays qui luttent contre les dictatures. Nous avons combattu, durant de longues années, le totalitarisme et, nous l’avons vaincu, à la fin. Nous avons admiré le courage des peuples arabes dans leur combat contre des régimes dictatoriaux. Aujourd’hui, nous cherchons à partager l’expérience polonaise, en matière de construction politique, avec des pays de l’Afrique du Nord comme l’Égypte et la Tunisie. Des experts polonais sont, d’ailleurs, sur le terrain dans ces deux pays, pour aider les gouvernements à réaliser une reconstruction politique. Il est pour nous très important de lutter pour sa liberté. Nous nous sentons donc concernés par le «Printemps arabe» et, nous serons toujours engagés aux côtés des peuples de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

 

 

 

2 commentaires

  1. J’ai eux un grand honneur de parler avec son excellence, Michal Radlicki, quand il a visité notre institut, c’est une personne très remarquable et que j’admire beaucoup.

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Revenir en haut de la page