Tsukasa Kawada, Ambassadeur du Japon en Algérie à Dziri.

Tsukasa Kawada, Ambassadeur du Japon en Algérie à Dziri.

Le premier grand projet japonais en Algérie remonte à 1969

Dziri : Vous êtes ambassadeur de Japon en Algérie depuis octobre 2011. Qu’est-ce que cela vous fait de représenter le Japon dans un pays aussi lointain ?

L’Algérie est un beau pays. J’ai été récemment au Sud et j’ai été fasciné par la beauté et la grandeur de votre pays.

On a célébré, en 2012, le Cinquantenaire de l’Indépendance de l’Algérie, mais aussi le Cinquantenaire des relations entre nos deux pays. L’Algérie et le Japon sont, certes éloignés géographiquement. Mais, dans l’esprit, les deux pays sont proches. Car, durant la guerre d’indépendance, il y avait beaucoup de Japonais, notamment de jeunes étudiants, qui avaient soutenu le mouvement de l’Indépendance. Ils avaient éprouvé de la sympathie envers le mouvement de Libération. C’était d’ailleurs pour cela que le FLN avait créé son premier bureau d’Extrême Orient à Tokyo en 1958, bien avant l’Indépendance.

Nos relations remontent donc, à très loin. Il y a d’ailleurs une chanson japonaise sur la Casbah. C’est une chanson d’amour. Elle évoque une histoire d’amour qui s’est passée au sein de la Casbah. Elle était populaire durant les années 1960 et 1970. Les jeunes ne la connaissent pas forcément. Mais pour ma génération, cette chanson était très populaire. C’est une preuve que beaucoup de Japonais gardent une certaine sympathie envers la Casbah et toute l’Algérie.

Cette proximité dans les relations entre les deux pays doit se traduire, forcément, par des liens économiques. Où en sommes-nous dans ce domaine ?

Les relations économiques entre les deux pays sont également anciennes. Le premier grand projet japonais en Algérie remonte à 1969. Une société japonaise, JCC (Japanesse contruction company), avait construit la première usine de raffinage, à Arzew en 1969. Je crois que c’était la première usine du genre en Algérie.

Depuis, beaucoup de sociétés japonaises participent à la construction d’usines de gaz et de pétrole. Elles sont présentes dans d’autres domaines, aussi. C’est le cas de l’USTO (Université des sciences et technologie d’Oran) qui a été dessinée par l’architecte japonais Kenzo Tange. Elle a été construite en coopération avec la société japonaise Kajima, qui est entrain de construire l’autoroute Est-Ouest.

Nos relations remontent donc à très loin. Elles sont variées. L’autre jour, j’ai vu, à Sétif, une cimenterie qui a été construite, également, par une société japonaise.

J’ai appris, par le biais d’un article, que le président Boumediène appréciait beaucoup la coopération des entreprises japonaises. J’espère que nous allons continuer dans ce sens.

Est-ce que des entreprises japonaises se plaignent de difficultés qu’elles rencontrent, à l’instar de COJAAL ?

Il y a l’histoire de Cojaal qui est un peu compliquée. C’est à cause d’un retard de paiement des Autorités algériennes. Dans le cadre des travaux publics, les entreprises privées sont payées en fonction de l’avancement des projets. C’est sur la base de ce financement que l’entreprise peut continuer à travailler.

Il y a eu donc un petit retard dans le règlement des factures. J’espère que le problème va être réglé. (Le conflit a été, entre temps réglé, NDLR).

Au-delà de ce cas, les entreprises japonaises ne sont pas connues pour être championnes dans le transfert des technologies. Pourquoi ?

Je suis rentré du Japon le mois de juillet dernier. J’ai rendu visite à la Confédération des entreprises japonaises. Je leur ai parlé de l’Algérie. Ces entreprises se disent toujours intéressées de venir ici. Mais elles attendent toujours l’amélioration des conditions d’investissement. Cela peut changer.

Je viens de revenir du Sud et j’ai vu qu’il y a beaucoup de chantiers qui sont en cours de réalisation. Il y a la construction d’une grande autoroute Nord-Sud. C’est la preuve que sur le plan des infrastructures, il y a des améliorations. J’espère que les choses vont changer dans quelques années.

Mais, plutôt que d’attendre les investissements japonais, il est temps que les Algériens aillent investir à l’étranger, y compris au Japon. Vous avez beaucoup d’argent pour cela.

…. Est-ce que cela est possible ?

Bien sûr que cela est possible. Vous avez de l’argent pour cela. Il y a, en plus, beaucoup de grands chefs d’entreprises qui ont les moyens. L’Etat algérien peut également le faire. Surtout qu’actuellement, il y a beaucoup d’entreprises japonaises qui ont des difficultés à cause de la crise économique. C’est le moment donc, pour les Algériens, d’acheter des entreprises japonaises qui vont, ensuite, déplacer leur technologie et leur savoir-faire ici. Je crois que c’est le moyen le plus moderne pour importer la technologie.

Quel est le volume actuel des échanges entre l’Algérie et le Japon ?

Le volume des échanges est de près d’un milliard de dollars. Nous achetons essentiellement du pétrole et du gaz, même si ce n’est pas de façon régulière. Nous exportons des voitures, des machines de construction.

Le Japon a perdu sa place de deuxième plus grande puissance économique mondiale. Pourquoi ?

Dans le monde actuel, il n’y a pas de sens à comparer le PIB de chaque pays. Leurs économies sont étroitement liées. Les entreprises privées font du business au-delà des frontières. Elles ne pensent plus en termes de pays. Elles pensent au marché mondial.

Il y a plus de 20 000 entreprises japonaises en Chine. Chaque année, 2000 entreprises japonaises sont créées en Chine. Les deux pays sont étroitement liés. Les entreprises japonaises produisent, en Chine, des marchandises en important du matériel en provenance des pays asiatiques, comme l’Indonésie et le Viet Nam, et en exportant les marchandises à l’étranger, notamment aux Etats-Unis et en Europe. C’est cela la globalisation.

Excellence, qu’avez-vous apprécié comme plat dès que vous êtes arrivé en Algérie ?

J’aime bien le couscous (rire !), surtout celui que fait mon cuisinier, originaire de Kabylie…

…un goût musical ?

Je suis très impressionné par la musique andalouse. Au Japon aussi, il y a de la musique ancienne. Nous avons fait, cette année, plusieurs représentations de troupes japonaises. J’ai trouvé des similitudes entre la musique ancienne japonaise et la musique andalouse. Il y a des sonorités similaires aux musiques anciennes. Car, avant la découverte des douze échelles de la musique, il y avait certainement d’autres échelles. Il faut peut-être remonter à la civilisation hellénique pour trouver des liens entre la civilisation orientale et celle d’ici. Il y avait des routes de commerce qui servaient aussi de moyens de communication.

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