Ghalib Fissah, PDG d’ALGreenIA à Dziri

Ghalib Fissah, PDG d’ALGreenIA à Dziri

Après avoir remporté le trophée de la meilleure entreprise réalisée durant le concours Injaz El Jazaïr, tenu en Algérie, le 7 octobre dernier, et le premier prix de la meilleure entreprise réalisée au niveau régional composée des 14 pays de la zone MENA (Middle East & North Africa), à Doha, au Qatar, le 5 et 6 novembre derniers, l’équipe dirigeante d’ALGreenIA, par la voix de son PDG Ghalib Fissah, a bien voulu revenir sur cette expérience hors du commun qui leur a été présentée, eux qui sont encore étudiants. A travers cet entretien, il reviendra sur le déroulement de l’événement, l’apport de cette expérience et la finalité tant attendue, parcours qui les a menés au sommet.

Par Sonia Dahbi

 «L’expérience INJAZ nous a appris à être réactif, à défendre une idée, à parler en public en différentes langues,… à devenir des « rois de la communication  !»

 Vous venez de participer au programme international INJAZ, en quoi cela a-t-il consisté ?

Le programme INJAZ est un programme qui vise à développer les compétences entrepreneuriales des jeunes étudiants, dans les universités des pays arabes appartenant à la région MENA (Middle East & North Africa). Ce programme est ponctué par une finale afin de désigner l’équipe gagnante. Pour sa sixième édition, cette dernière s’est tenue à Doha (Qatar) les 5 et 6 novembre derniers, et a marqué la présence de 14 pays, chacun représenté par la jeune entreprise ayant remporté le concours au niveau national. L’événement s’est déroulé en 3 importantes phases et sur deux jours de compétition : « the sales pitch », « the booth » et « the interview». Le premier jour, nous avons installé tous les équipements nécessaires pour la phase des stands (booths) pendant la matinée et le soir nous avons présenté l’entreprise en 8 minutes devant les membres du jury et le public (the sales pitch). Le 2ème jour a été réservé à la visite des stands par le jury (8 min pour chaque équipe); pendant la matinée, le soir, nous étions soumis à la session de questions-réponses du jury. La cérémonie de clôture et de remise des prix s’est tenue le 6 novembre pendant la soirée, afin de remettre les 5 prix; le jury devait nominer 3 équipes candidates pour chaque prix et ensuite déclarer le vainqueur.

ALGreenIA a été nominée pour le deuxième meilleur prix « the best marketing campaign » aux cotés de la Palestine et de l’Egypte. Le prix étant revenu à l’équipe palestinienne, pour qu’elle soit réélue après, afin de remporter le premier prix « the best company ». Les 3ème, 4ème et 5ème prix ont été remportés respectivement par le Liban, l’Egypte et Oman.

Qu’est-ce-que cela vous a-t-il apporté ?

L’expérience INJAZ nous a apporté beaucoup de choses que ce soit sur le plan personnel, professionnel ou humain. Au fil du temps, la pression n’a pas cessé d’augmenter. Une pression « positive » puisque elle nous a rendus plus forts et plus soudés. Les épreuves du concours régional étaient difficiles. Le staff du jury se composait de personnalités importantes, tous hommes d’affaires de nationalités différentes; donc nous étions amenés à fournir le double effort de parler notre 3ème langue « l’anglais » pour les impressionner, les convaincre et leur vendre notre idée. Aussi, nous avons appris de ce côté-là, à être réactif, à défendre une idée, à parler en public en différentes langues,… à devenir des « rois de la communication » ! Tout cela est hors de prix car

c’est le genre d’opportunité qui surgit une fois dans la vie quand on est si jeune. C’est avant tout un accomplissement personnel, et après, la victoire, c’est un beau cadeau qu’on a offert à nos proches, à notre école, et surtout à notre pays !

Quels objectifs vous êtes-vous assignés au sortir de cette expérience ?

Notre objectif au début de l’aventure INJAZ était bien clair :

apprendre à devenir des entrepreneurs. Nous avons travaillé sur ALGreenIA et nous avons réussi à atteindre cet objectif : c’est un accomplissement personnel pour chacun d’entre nous. Maintenant que l’expérience INJAZ s’achève, notre vision est plus large. Et cela concerne au premier degré l’entreprise elle-même. Etant déjà des entrepreneurs et espérant être des futurs ingénieurs, nous comptons entamer actuellement une étude approfondie sur notre projet, une étude à la fois économique, technique et financière qui va traiter tous les aspects du projet en vue de le lancer dans un cadre légal en Algérie et en faire un projet économiquement viable et rentable. L’étude, de par son importance, va durer plusieurs mois, et sera réalisée par les membres d’ALGreenIA.
Sur le plan juridique, nous nous sommes limités jusqu’à présent à l’enregistrement d’ALGreenIA comme une marque. Ceci a uniquement pour but de protéger le nom, et sans offrir la possibilité de lancer l’activité dans un cadre légal. Notre projet est porteur et beaucoup de gens s’intéressent à son financement. Pour le moment, notre préoccupation est d’accomplir une bonne étude technico-économique et préparer des stratégies et des actions bien claires dans un horizon de temps plus éloigné, avant d’accepter un quelconque financement. Car nous voudrions que l’investissement soit rentable et le moins risqué possible.Comment comptez-vous lancer juridiquement votre entreprise? Sur fonds propres ou bien avez-vous pu récolter des fonds d’organismes ou de sociétés ?

C’est le nouveau modèle qui sera exposé aux investisseurs puis concrétisé sur le marché algérien. Il sera prêt, comme je viens de le dire, dans quelques mois.

Depuis la création de votre entreprise à ce jour, avez-vous constaté une progression des bénéfices réalisés sur la vente du papier ?

Dans le cadre du programme Injaz, nous étions contraints des réaliser des bénéfices ! Notre stratégie financière était un bon atout pour nous démarquer des autres. Nous sommes tous des étudiants et nous travaillons tous à mi-temps, et pourtant cela ne nous a pas empêchés d’atteindre un retour sur investissement six fois plus important! Nos moyens, lors du lancement de l’entreprise étaient médiocres mais les bénéfices étaient au rendez-vous, toujours en croissance, car notre département logistique n’a pas cessé de fournir des efforts énormes pour collecter la matière, et le service commercial, par son travail acharné, a réussi à vendre la totalité du papier collecté.

Pouvez-vous nous quantifier votre chiffre d’affaires comparativement à celui opéré à vos débuts ?

Le rapport entre le bénéfice net (charges retranchées du chiffre d’affaires) et le capital initial s’élève à 693 %. Mais ça reste un modèle qui a été établi pour la compétition du programme. Le modèle futur sera plus réaliste et plus pointu.

Votre clientèle est-elle bien déterminée aujourd’hui ? Qui est-elle plus précisément ?

Depuis le début, nous avons toujours travaillé avec le même client, c’est une entreprise qui fait la collecte, le tri et le compactage du papier à très grande échelle. Une partie de ce papier est revendue aux entreprises de recyclage (Tonic industrie, en Algérie) et l’autre partie est exportée. C’est une entreprise qui encourage la collecte de papier par les organismes non-légaux. Par conséquent, le prix de vente de notre papier est inférieur à celui offert par les entreprises de recyclage, qui elles ne travaillent qu’avec les entreprises de collectes agréées. Quand nous lancerons ALGreenIA dans un cadre juridique, et non pas dans le cadre d’un programme de formation, nous pourrons alors collaborer avec le géant du recyclage en Algérie : Tonic qui nous connait déjà.

Le marché du recyclage du papier fait à peine son entrée en Algérie, comment comptez-vous apporter votre pierre à l’édifice pour le développer ?

Notre atout fort, c’est que nous avons été mis en place pour une cause, et pour répondre à un besoin qui existe en Algérie. Lemaillon manquant dans la chaîne de recyclage est flagrant; aucun lien n’unit le consommateur du papier à l’entreprise qui fait le recyclage, et du coup, des quantités faramineuses de papier sont abandonnées après usage. Les entreprises à grande échelle qui existent déjà sur le marché ne s’adressent pas au simple individu et là on ne fait aucun geste pour le sensibiliser. C’est ici où nous nous plaçons, car notre rôle est tout d’abord de changer le comportement de l’individu, de le sensibiliser sur les bienfaits du recyclage et de lui proposer nos services. A plus grande échelle, nous nous adressons aux établissements scolaires et universitaires, aux administrations, aux industries,…etc. pour la même cause. Notre réseau est très dense et compte déjà plusieurs partenaires qui reconnaissent la qualité de nos services ce en nous sollicitant continuellement. Bref, nos partenaires sont fidèles ! En quelque sorte, nous sommes là, pour rapprocher les deux extrémités de la chaîne : consommateur/recycleur.

Quel impact sociétal ALGreenIA pourrait avoir sur l’environnement économique algérien ?

L’Algérie a plus que jamais besoin d’entreprises tournées vers l’économie durable, d’entreprises dont l’impact sociétal est positif.ALGreenIA est une entreprise où l’écocitoyenneté prime, sa mise en place réelle impacterait positivement l’environnement économique algérien de par la création d’emplois que cela génèrerait mais également de par ce que voudrait dire sa mise en place : nous pouvons créer de la richesse à partir de matières sous-estimées jusqu’alors; nous pouvons prouver qu’un projet tourné vers l’économie verte peut être économiquement viable en Algérie.Cela ouvrirait la voie à d’autres entrepreneurs, comme nous, qui ont des idées tournées vers le développement durable ou d’autres secteurs mais qui n’osent pas passer à la réalisation de leur projet du fait d’appréhensions.

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