La dépense de fonctionnement de plus en plus pesante. L’équilibre budgétaire du pays mis à rude épreuve.

La dépense de fonctionnement de plus en plus pesante. L’équilibre budgétaire du pays mis à rude épreuve.

Bien qu’elle soit caractérisée par une dépense publique comprimée à 6.879,8 milliards de dinars, soit en baisse de 11% par rapport à la Loi de finances 2012, la principale Loi budgétaire du pays pour 2013, adoptée comme une lettre à la poste par les deux chambres du Parlement, renseigne bon gré, mal gré de l’absence de volonté au niveau des institutions de l’Etat à remettre en cause cette politique qui consiste à brûler la chandelle par les deux bouts.

Par Sofiane Bensaid

Les dépenses publiques continuent de se maintenir à des niveaux très dangereux malgré les rappels à l’ordre du FMI (Fonds monétaire international) et de tous les experts les plus avertis sur les questions financières. Suivant une simple arithmétique, les concepteurs de la Loi de finances 2013 sont allés droit dans leurs bottes car la base de données sur laquelle elle a été calculée inflige au Trésor public un déficit de plusieurs centaines de milliards de dinars. En chiffres, la loi budgétaire pour l’exercice 2013 prévoit une hausse de 10% des recettes à 3.820 milliards de DA et une baisse de 11% des dépenses à 6.879,8 milliards de DA, soit un déficit budgétaire de 3.095,8 milliards de DA (18,9% du PIB). La volonté de faire rééquilibrer la balance semble faire défaut. Autre risque : le déficit du trésor devrait s’inscrire dans la durée puisque certaines dépenses s’imposeront en constante incompressible, notamment les dépenses de fonctionnement sur lesquelles sont accrochés les salaires et la survie des institutions publiques. A cette constante incompressible s’ajoutera la couverture financière des besoins du pays en produits alimentaires et en équipement qui, elle aussi, s’inscrit désormais à des niveaux historiques qui flirtent avec les 50 milliards de dollars de besoins en importations. La Loi de finances 2013 prévoit justement une augmentation de 2% des importations pour s’établir à la fin de l’exercice à 46 milliards de dollars. La couverture des ces besoins devient alors problématique surtout lorsqu’on rajoute à cette facture le coût des importations des services qui lui, est calculé par la Banque d’Algérie et qui risque d’atteindre la barre des 15 milliards de dollars à la fin 2013, puisque ce coût dépasse aujourd’hui 13 milliards de dollars. La facture totale des importations devrait ainsi peser 61 milliards de dollars environ. La couverture financière de cette facture qui se fait traditionnellement par le moyen des recettes pétrolières deviendrait alors problématique. Car, la principale Loi budgétaire pour le prochain exercice prévoit des gains de 61,3 milliards de dollars seulement, ce grâce aux exportations des hydrocarbures. Un autre risque: la facture des salaires devrait augmenter davantage sous l’effet des recrutements prévus dans la fonction publique. D’ailleurs, le texte de Loi de finances pour 2013 prévoit la création de 52.672 postes dans la fonction publique portant ainsi son effectif à près de 2 millions d’employés. Le jeu d’équilibre deviendra ainsi très dur à maîtriser, d’autant plus que le dernier rattrapage salarial a creusé le déficit du Trésor public depuis janvier 2012. Le déficit était de 2.022 milliards de DA à fin septembre dernier. Il est engendré par l’exécution de la Loi de finances complémentaire de 2012 qui a institué le nouveau régime des salaires et indemnités décidé au profit de certains corps de la fonction publique. A la fin de juin dernier, le déficit du Trésor était de 1.303,1 mds de DA seulement. Passant à 2.022 mds DA à fin septembre, il aura réalisé une croissance de plus de 700 milliards de DA en trois mois, sous l’effet de l’application du nouveau régime salarial et indemnitaire. Le Trésor public à décaissé 3.676,64 mds de DA (environ 50 milliards de dollars) entre janvier et fin septembre 2012 pour les dépenses de fonctionnement et 1.616 mds de DA (environ 22 mds usd) pour l’équipement, selon la même source. La menace vient désormais de la dépense consacrée au fonctionnement, alors qu’elle provenait il y a quelques années des débours investis dans l’acquisition de l’équipement nécessaire pour la conduite du plan d’investissement public. La tendance a changé. Et le risque devient encore plus important et plus grandissant. Le salut tient au seul fil des cours du pétrole.

Salah Mouhoubi, économiste

« Le pays fait fonctionner l’économie par la dépense publique »

Propos recueillis par Sofiane Bensaid

La délégation du FMI qui a séjourné récemment à Alger dans le cadre des consultations annuelles prévues par les statuts de cette organisation a évoqué, à nouveau, la problématique de la hausse de la dépense publique et les autres vulnérabilités auquel est confronté le pays, quelle lecture pouvez-vous en faire ?

Nous ne cessons de dire que l’Algérie est un pays très vulnérable aux chocs extérieurs, traduisant soit une hausse des produits alimentaires et/ou des matières premières dont l’Algérie est un des grands importateurs, ou bien par la chute des prix du pétrole dont l’Algérie est monoexportateur. Nous avons donc une économie fragile dont les revenus proviennent du seul secteur des hydrocarbures, source réputée très éphémère et dont le prix dépend exclusivement de la conjoncture internationale. Face à cette dépendance qui s’accroît d’année en année, l’Algérie jusqu’ici n’a pas agi efficacement pour atténuer un tant soit peu cette dépendance et/ou cette vulnérabilité qui, de surcroît, s’est aggravée au fil des années à tel point que la survie du pays dépend du seul prix du pétrole. Cette situation peut faire comprendre que dans la conjoncture actuelle le pays fait fonctionner l’économie par la dépense publique. C’est-à-dire que l’on injecte de l’argent dans des programmes d’investissement public grâce aux revenus du pétrole, au moment où le secteur productif semble être évincé des calculs au profit des importations qui ne cessent de battre de nouveaux records, d’où les vulnérabilités de l’économie algérienne dont vous parlez et dont le FMI a consacré l’ossature de son dernier rapport. Le FMI recommande à l’Algérie de rationaliser sa dépense, autrement ses équilibres budgétaires risquent d’être remis en cause, quel est votre avis ? Il faut reconnaître qu’à l’heure actuelle, la conjoncture semble être favorable car caractérisée par des prix du pétrole assez élevés, des revenus en devises conséquents et un épargne extérieure confortable. Cette situation permet à l’Etat d’assurer la couverture de ses besoins en équipement et en fonctionnement malgré le coût très élevé de ces derniers. Il faut rappeler, néanmoins, que la Loi de finances 2012 qui se base, une fois de plus, sur un prix du baril de pétrole à 37 dollars, prévoit un déficit même fictif équivalent à 25% du PIB (Produit intérieur brut). Cela dit, si le prix du pétrole venait à connaître une nouvelle chute suivant une conjoncture économique et financière défavorable, laquelle chute serait au dessous de 60 dollars le baril, le pays connaîtra un creusement grave de son déficit budgétaire. Je veux dire par là que le Gouvernement ne doit pas perdre de vue les risques de récession qui planent sur l’économie mondiale et qui étaient prévus, à juste titre, par le Fonds monétaire international dans ses prévisions de 2012. Cette récession qui serait impulsée par la crise de la zone euro et de celle que connaît la première économie mondiale, les USA en l’occurrence, ainsi que le recul de la croissance dans les pays émergents, entraînerait une baisse de la demande mondiale de pétrole et éventuellement un fléchissement des cours de pétrole. L’Algérie, comme en 2008, risque de subir les durs contrecoups de cette Zoom récession. A cette époque , le pays a vu ses recettes chuter de manière vertigineuse, une situation que l’on redoute si les prévisions de récession émises par le FMI venaient à se confirmer en 2012.

La mission du FMI avertit, à nouveau, contre le chômage des jeunes qui demeure élevé… Il faut dire qu’aujourd’hui les secteurs créateurs de richesses, l’industrie et l’agriculture à titre d’exemple, créent peu ou ne créent pas d’emplois. L’investissement public qui s’était orienté vers les infrastructures est pratiquement le seul secteur qui crée de l’emploi, lequel emploi est de nature conjoncturelle, voire vouée à s’éteindre avec la disparition de l’investissement. Il faut préciser qu’il s’agit surtout d’un chômage de diplômés. Les universités algériennes offrent des formations qui sont souvent inadéquates avec les besoins du marché du travail.

 

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